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Le succès grandissant des musées d’ethnographie




Pour la deuxième fois, les Genevois se prononcent le 26 septembre sur l’avenir du Musée d’ethnographie de Genève. Si le projet de modernisation du musée passe la rampe, Genève pourra régater avec les autres musées du genre en Europe, qui tous attirent les foules.

Démocratie directe et culture font-elles bon ménage? La question se pose régulièrement dans les cantons et les villes de Suisse où nombre de nouvelles infrastructures muséales ou artistiques – contestées par une partie des citoyens via un référendum – font l’objet d’un vote au niveau de la commune ou du canton, des circonscriptions qui déterminent l’essentiel de la politique culturelle en Suisse.

Ce fut le cas à Lausanne en 2008 où le projet de nouveau Musée cantonal des beaux-arts fut rejeté par les Vaudois. Dimanche prochain, c’est au tour des Genevois d’approuver ou non un crédit d’un peu plus de 67 millions de francs pour la rénovation et l’agrandissement du Musée d’ethnographie de Genève. Un vote communal qui fait suite à un référendum signé par plus de 6000 citoyens.

Les arbres de la discorde

Cheville ouvrière de ce référendum, l’association «Pour la défense des arbres de Carl-Vogt» s’oppose à la coupe d’une trentaine de tilleuls centenaires, prévue dans le projet. Ce qui fait dire à Jacques Hainard qu’avec ce vote, on atteint les limites de la démocratie.

«Tout le monde aime les arbres. Mais prendre ce prétexte pour mettre en question l’ensemble du projet est regrettable, puisque l’objet du vote porte uniquement sur l’acceptation du crédit pour le projet, alors que la pétition disait oui au musée et non à l’abattage des arbres», constate l’ancien directeur des musées d’ethnographie de Neuchâtel et de Genève, deux des trois principales institutions ethnographiques de Suisse, la plus importante étant le ‘Museum der Kulturen’ de Bâle.

Le vote est d’autant plus critique pour l’avenir du musée qu’en 2001, 62% des Genevois avaient déjà refusé la construction d’un nouveau musée d’ethnographie dont l’apparence – un bloc de béton – n’était pas des plus convaincantes. Cette fois-ci - fait exceptionnel à Genève - l’ensemble de l’éventail politique soutient le projet, de la droite populiste à la gauche radicale.

Répondre aux attentes des visiteurs

Une chose est sûre. L’actuel musée - une ancienne école de quartier agrandie en 1948 - ne permet de présenter qu’une petite partie de ses riches collections. Et le public s’y trouve rapidement à l’étroit. Retenant la leçon du vote de 2001, puis des préoccupations des habitants du quartier - le gros des opposants - où se trouve le musée, le projet soumis au vote ce dimanche propose un vaste espace d’exposition avec une faible emprise architecturale sur le quartier et la pose de nouveaux arbres sur et aux alentours du site

Piloté au départ par Jacques Hainard, dont le mandat de 3 ans à la tête du MEG était de «remettre de la bonne humeur dans la maison et de préparer la rénovation et l’agrandissement du musée», selon ses mots, le projet offre une salle d’exposition de plus de 2000 mètres carré d’un seul tenant, un centre de conférence, des loges pour artistes, des bibliothèques et des espaces d’accueil pour le public et les écoles.

L’essentiel de ces agrandissements se feront sous terre. «Les salles éclairées uniquement par des lumières artificielles offrent une grande souplesse pour les scénographies des expositions», relève Jacques Hainard.

Un public passionné

En outre, le projet a tiré le meilleur des expériences menées dans le domaine en Europe, comme le précise l’actuel directeur du MEG. «Nous avons suivi la rénovation d’un certain nombre de musées d’ethnographie en Angleterre, en Suède, aux Pays-Bas, en Belgique ou en France», précise Boris Wastiau.

Et l’actuel directeur du MEG d’ajouter: «Les choix et les scénographies de ces musées sont très variés. Mais ils rencontrent toujours le succès. A Paris, le musée du Quai Branly a attiré 6 millions de visiteurs en 4 ans. Une foule qui se presse également au British Museum de Londres pour visiter ses nouvelles salles consacrées à l’ethnographie.»

Un intérêt du public qu’explique Jacques Hainard, passé maître dans l’art d’interroger les sociétés humaines en entrechoquant leurs objets profanes ou sacrés: «Il y a bien sûr le côté esthétique des objets qui a toujours un impact très fort. Mais aujourd’hui, on peut dans les musées d’ethnographie traiter de problèmes d’actualité, comme le sort réservé aux Roms ou l’assistance au suicide, avec des références et des regards autres. Même si on ne comprend pas, on peut expliquer pourquoi on ne comprend pas. Et c’est ça qui passionne les gens.»

Déjà fort couru, le MEG promet donc – si le projet d’agrandissent est accepté – d’attirer un vaste public et des touristes en nombre, puisqu’il sera en mesure de répondre aux attentes et aux besoins des promoteurs de circuits touristiques.

Un musée universel

Car, ce qui différencie le musée genevois de la plupart de ses équivalents en Europe, c’est son universalité. «Le Quai Branly, lui, s’est débarrassé de l’Europe, des collections qui devraient aller à Marseille (au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, NDLR) si tout va bien», précise Jacques Hainard, avant de souligner que la plupart des cultures du monde se retrouvent dans les 80'000 objets des collections genevoises issus des 5 continents.

«Les collections genevoises documentent l’ouverture au monde de Genève depuis des siècles et de son caractère cosmopolite depuis au moins la Réforme. Bien que petite ville, Genève a tenu à constituer depuis au moins le XVIIIe siècle des collections ethnographique, comme les grandes métropoles européennes», ajoute Boris Wastiau.

Le musée genevois n’est pas en reste non plus face à la problématique de plus en plus pressante de la restitution de certains objets aux pays d’origine, nombre de collectes datant de la période coloniale.

«Nous tenons à faire preuve de transparence et d’ouverture. Raison pour laquelle, nous travaillons dans la légalité et l’équité à l’égard des pays d’origine de ces objets», assure Boris Wastiau qui cite le travail accompli par la commission d’éthique mise sur pied par la Ville de Genève.

«Les expositions actuelles et futurs se font en collaboration avec les pays source, leur musées nationaux et leurs organismes concernés», ajoute le directeur du MEG.

«Nous voulons anticiper les demandes et garantir la transparence en communiquant avec les autorités des pays sources. Restituer 10, 100 ou 1000 objets ne diminue en rien la valeur des collections du musée, surtout si on développe la coopération internationale qui permet de faire venir certains objets pour telle ou telle exposition », plaide Boris Wastiau en prônant ainsi une sortie par le haut de l’épineux problème des restitutions.

Les collaborations du MEG

En 2013, le MEG présentera une exposition d’objets précolombiens issus de fouilles de ces 4 ou 5 dernières années et qui font partie des collections nationales péruviennes. «L’office suisse de la culture nous a donné une bourse pour la restauration de ces œuvres in situ au Pérou avec des archéologues péruviens », précise Boris Wastiau.

Le MEG prépare une exposition organisée avec le Maroc qui vient d’acquérir une collection d’artisanat très riche. «Cette collection montre les influences andalouses, juives, arabes et berbères à l’œuvre au Maroc. Elle complète une collection très importante du MEG constituée par Eugène Pittard, le fondateur du Musée d’ethnographie de Genève.

Le MEG en quelques dates

Le Musée d'ethnographie de la Ville de Genève, inauguré le 25 septembre 1901, fut créé à l'initiative du professeur Eugène Pittard (1867-1962), également fondateur de la chaire d'anthropologie de l'Université de Genève.

En 1939, le Musée d'ethnographie déménage boulevard Carl-Vogt, dans le bâtiment désaffecté d’une école primaire.

Agrandi en 1949, le bâtiment n’a guère bougé depuis.

Genève, swissinfo.ch



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