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Les nouveaux parlementaires


Hans-Ulrich Bigler, un décideur chrétien qui ne mâche pas ses mots




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«Fier-à-bras», «dur», «menteur»: les critiques n’épargnent pas Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’Union des arts et métiers (USAM), qui se dit chrétien convaincu. Selon lui, les critiques traduisent simplement un manque d’arguments. Nouvellement élu au Conseil national, le Zurichois n’entend pas jouer les faire-valoir. Portrait. 

Hans-Ulrich Bigler ne se prononce plus au sujet de l'initiative de mise en oeuvre de l'UDC sur le renvoi des criminels étrangers.  (Keystone)

Hans-Ulrich Bigler ne se prononce plus au sujet de l'initiative de mise en oeuvre de l'UDC sur le renvoi des criminels étrangers. 

(Keystone)

A peine élu, Hans-Ulrich Bigler s’est opposé à son parti, le Parti libéral-radical (PLR / centre-droit). Ce dernier fait en effet campagne contre l’initiative populaire pour la mise en œuvre d’une autre initiative, réclamant l’expulsion des étrangers criminels. La votation a lieu le 28 février. Le PLR dirige la campagne des opposants. Mais Hans-Ulrich Bigler y est favorable.

Nombre de collègues de parti ont secoué la tête d’incompréhension. Selon de nombreux articles de presse, le chef du groupe parlementaire Ignazio Cassis a convaincu le nouvel élu de s’excuser auprès de son parti.

«Je ne veux plus en parler», affirme Hans-Ulrich Bigler, interviewé par swissinfo.ch, «parce que, d’un point de vue économique, ce n’est pas un sujet.» N’en demeure pas moins que l’homme s’écarte de la ligne du parti sur de nombreux points. Au point que, aux yeux de plusieurs observateurs, il serait accueilli à bras ouverts par l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) s’il voulait changer de parti.

Hans-Ulrich Bigler énumère ses thèmes clés: lutte contre les coûts de régulation, garantie des accords bilatéraux avec l’UE, politique économique étrangère active et renforcement du système éducatif, en particulier de la formation professionnelle. 

Demande de démission

L’homme s’est pourtant profilé sur un autre dossier politique, celui du financement de la radio et télévision suisse (SSR), à laquelle swissinfo.ch appartient. Il fait partie des plus virulents critiques des programmes publics. «Il doit quand même être permis de demander combien d’impôts nous sommes prêts à investir pour le service public de la radio et de la télévision d’Etat», explique-t-il.

«Cela n’a rien à voir avec la qualité rédactionnelle des collaboratrices et collaborateurs», répond-il au journaliste de la SSR en face de lui. «Mais je suis convaincu que la SSR ne devrait pas être active sur internet pour générer encore plus de recettes publicitaires». Dans la Constitution, il n’est question que de radio et de télévision, mais pas de présence sur Internet, précise Hans-Ulrich Bigler. A ceux qui font valoir qu’Internet n’était pas un thème de préoccupation quand l’article constitutionnel concerné a été adopté, il rétorque qu’il faut le changer, et donc voter.

Le directeur de l'Union suisse des arts et métiers s’exprime parfois de façon si criarde que même des personnes proches de lui ont déjà reproché son style. De son côté, le député vaudois Fathi Derder, libéral-radical lui aussi, a demandé sa démission de la tête de l’USAM. «L’équipe dirigeante de l’association a posé des priorités totalement erronées et mène sa propre campagne électorale», a critiqué Fathi Derder dans les médias romands. swissinfo.ch a cherché à connaître ses arguments mais Fathi Derder n’a pas répondu à nos sollicitations. 

«Il n’y a pas de politique plus ou moins chrétienne. Mais les valeurs peuvent intégrer la politique»

Pour le deuxième tube du Gothard

Hans-Ulrich Bigler est également très actif dans la campagne sur le percement d’un deuxième tube routier au Gothard, sur lequel les Suisses votent également le 28 février. Il y est favorable. Comme le tunnel existant doit être fermé pendant des mois pour être assaini, le Conseil fédéral a proposé de construire un deuxième tunnel. Les défenseurs de la protection des Alpes craignent que l’objectif de transférer le trafic de la route au rail ne soit, ainsi, enterré. Ils demandent qu’en lieu et place d’un nouveau tunnel, l’offre de transfert sur le rail soit étendue.

Mi-janvier, Hans-Ulrich Bigler, pour une fois du même avis que le Conseil fédéral, a mobilisé les représentants de l’économie des deux côtés des Alpes pour expliquer aux médias que le lien commercial le plus important entre la Suisse et l’Italie ne pouvait être maintenu qu’avec un deuxième tube. «L’économie n’est pas prête à gaspiller les impôts des citoyens avec des infrastructures provisoires insuffisantes portant sur plusieurs milliards de francs et de les voir ensuite démonter, après l’assainissement, sans plus-value», a-t-il déclaré devant la presse.

Selon lui, la construction d’un deuxième tube serait plus avantageuse et l’infrastructure pourrait être utilisée, sans nouveaux coûts, lors de prochains assainissements. Mais c’est surtout un investissement dans la sécurité, parce que le trafic ne sera plus bidirectionnel, mais unidirectionnel dans chaque tunnel.  

Qu’est-ce qu’une politique chrétienne?

Bien que son nom apparaisse plusieurs fois par semaine dans les médias, le grand public sait très peu de choses de la vie privée de Hans-Ulrich Bigler, âgé de 58 ans. Il dit ne pas être extraverti et ne dévoile pas grand-chose de sa vie privée. Il lâche seulement être un «homme de famille», père de trois enfants aujourd’hui adultes. «On sait aussi que j’aime la moto», rappelle-t-il. Des photos de lui sur sa Harley-Davidson ont en effet été publiées.

Hans-Ulrich Bigler est aussi membre du Forum des décideurs chrétiens, ce qu’il ne dévoile pas facilement. Interrogé sur ce qui est chrétien dans la politique, il rétorque par une autre question: «Qu’est-ce qui n’est pas chrétien dans la politique?» Le fait que les partis portant une étiquette religieuse soient rarement soutenus n’est pas une contradiction, selon lui. «Il n’y a pas de politique plus ou moins chrétienne. Mais les valeurs peuvent intégrer la politique.»

Mais encore? «Il s’agit par exemple d’assumer des responsabilités vis-à-vis de la société ou d’aborder des problèmes sociaux et de les régler.» Les contours précis de ces solutions peuvent être l’objet d’avis contradictoires.

Quant aux personnes les plus faibles de la société, Hans-Ulrich Bigler estime que la Suisse peut compter sur un système d’assurances sociales extrêmement développé qui permet aux personnes dans le besoin de reprendre pied et de réintégrer la vie active. «Le travail est un élément important de la dignité personnelle», conclut Hans-Ulrich Bigler.   

Hans-Ulrich Bigler

Né à Berne en 1958, marié et père de trois enfants adultes, Hans-Ulrich Bigler habite à Affoltern am Albis (canton de Zurich). Il a étudié l’économie publique et l’économie d’entreprise à l’Université de Berne puis a effectué une formation à la Harvard Business School.

Hans-Ulrich Bigler dirige l’Union suisse des arts et métiers (USAM) depuis 2008. L’association faîtière compte 250 organisations membres et représente, selon ses propres indications, quelque 300'000 entreprises. Membre de l’Association des propriétaires immobiliers du canton de Zurich, il a été élu au Conseil national sur une liste du PLR en 2015.


(Traduction de l'allemand: Ariane Gigon), swissinfo.ch

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