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Une femme à la présidence


Les Suisses de France retrouvent la concorde


Par Marc-André Miserez



Un bureau entièrement renouvelé et une nouvelle présidente: l’Union des associations suisses de France (UASF) a tourné à Paris la page des turbulences qui l’agitaient depuis l’été dernier. Même si des tensions demeurent, l’organisation veut aller de l’avant, surtout après la votation du 9 février en Suisse contre l’immigration de masse.

C’est dans le cadre prestigieux de l’Assemblée nationale que l’UASF tenait ce 28 février son assemblée générale. Pas dans l’hémicycle, réservé aux députés, mais plus simplement dans une des 65 salles du vaste complexe du Palais Bourbon, dévolu aux travaux des élus et décoré des ors flamboyants de la République.

Une salle qui dès l’ouverture des débats s’avère trop petite pour le nombre des participants. Ce qui ajoute une certaine confusion à des débats déjà passablement houleux. C’est que les assises annuelles de l’UASF, qui se tiennent sur trois jours, sont aussi occasion de rencontres et de visites pour les présidents de la soixantaine de clubs, associations et amicales suisses de France et leurs accompagnants et accompagnantes. Et cet afflux excède rapidement la capacité de la salle, limitée à 70 personnes.

Serge Lemeslif, organisateur local de l’assemblée, passera donc la première heure de celle-ci à essayer de faire sortir celles et ceux qui n’ont pas le droit de vote et à négocier avec le très intransigeant service de sécurité du Palais Bourbon pour laisser entrer les autres. De quoi ajouter à la mauvaise humeur ambiante, encore attisée par le style plutôt expéditif avec lequel Elisabeth Etchart, présidente par intérim, conduit les débats.

«Panier de crabes!», «Dictature», «Mais laissez-moi parler!» entend-on dans les rangs. Mais quelle mouche a donc piqué les Suisses de France?

Bisbilles

Pour essayer de le comprendre, il faut remonter à l’été dernier. Serge Lemeslif, un des piliers de l’UASF, qu’il a notamment présidée pendant huit ans, rate de peu sa réélection comme délégué au Conseil des Suisses de l’étranger (CSE), le «parlement de la 5e Suisse», qui se réunit deux fois l’an au pays. Il accuse alors Jean-Paul Aeschlimann, autre ancien président et pilier de l’organisation, d’avoir «triché» en votant avec une procuration au nom d’une association en liquidation judiciaire.

«Il n’a pas été élu et il a voulu se venger», explique aujourd’hui Jean-Paul Aeschlimann. «Je n’en ai rien à fiche d’être élu, mais les tricheurs ne doivent pas l’être non plus», réplique vertement Serge Lemeslif. Face à cette méchante querelle, le président d’alors, Jean-Michel Begey préfère démissionner. Elisabeth Etchart reprend les rênes, mais uniquement jusqu’à l’assemblée de Paris, où l’on devra remettre de l’ordre dans la maison.

La personne investie de cette tâche est une autre femme, Annie Agrapart, présidente du Club suisse de Lille. Confortablement élue en compagnie d’un bureau de deux femmes et deux hommes - tous nouveaux -, elle devient donc la première femme à diriger l’UASF.

Tant l’éphémère présidente ad interim Elisabeth Etchart que son prédécesseur Jean-Michel Begey semblent soulagés. Si la première se dit «ravie de se décharger de cette tâche», qui lui a «presque causé des nuits blanches», le second se refuse à toute déclaration, après les mois pénibles qu’il vient de vivre. L’assemblée, elle, estime qu’il n’a pas démérité et le nomme spontanément président d’honneur. Par acclamation.

«Les rancunes à la rivière!»

Annie Agrapart, de son côté, promet de travailler à restaurer la sérénité et à ouvrir l’UASF aux jeunes adultes, afin d’assurer la relève. Mais qu’est-ce qu’il l’a poussée à se lancer dans cette aventure, alors que, comme l’énonce crûment Elisabeth Etchart, «tout le monde veut être délégué au CSE, mais personne ne veut de la présidence d’une union tiraillée entre cinq ou six clans»?

«Je ne suis pas Jeanne d’Arc, répond cette petite femme énergique. Mais je refuse de voir mourir une chose qui a sa raison d’être et au service de laquelle je suis depuis 40 ans. Les bénévoles qui s’engagent se doivent d’être unis, et de travailler avec leur association, et pas pour eux-mêmes».

«Et puis, ajoute Annie Agrapart, vu que nous avons maintenant deux femmes à la direction de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE), je me suis dit ‘jamais deux sans trois’»

C’est le président de l’OSE justement, fidèle des assemblées de l’UASF, qui aura le mot de la fin sur ce triste chapitre. «Désormais, les rancunes à la rivière!», lance Jacques-Simon Eggly, citant Jacques Chaban-Delmas, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle française de 1974. Et d’ajouter qu’«en vertu du principe d’Archimède, quand on est au fond, on ne peut que remonter».

Nomades globaux

Plus détendue, la suite de la journée est notamment consacrée à une table ronde. Les Suisses de France, plus grande communauté de la diaspora helvétique, y apprennent qu’ils sont désormais plus de 191'000, un chiffre qui croît de plus de 2% par année. Pourtant, les associations membres de l’UASF n’en réunissent que 15 à 20'000, selon Jean-Paul Aeschlimann.

C’est que «le temps de l’immigration définitive à sens unique est révolu. On a désormais de plus en plus de nomades globaux», explique Peter Zimmerli, responsable des relations avec les Suisses de l’étranger au Département fédéral des Affaires étrangères. Le phénomène n’est pas propre aux Helvètes. «Les Français de Suisse aussi ont changé, ils ne vont plus dans les associations», confirme Claudine Schmid, députée française de la diaspora, résidant à Zurich.

La Suisse, cette inconnue

A Zurich? «Quand je suis à Paris, personne ne comprend ça, raconte l’élue. Pour mes collègues, la Suisse c’est Genève. Après la votation du 9 février contre l’immigration de masse, on m’a demandé ce que les Zurichois avaient contre les Français. Et j’ai dû expliquer que la Suisse allemande avait plutôt voté contre les Allemands, et le Tessin contre les Italiens. Les Français connaissent très mal la Suisse».

Historienne des Suisses de France, Stéphanie Leu confirme: «La Suisse est totalement absente des programmes scolaires français. Pour les élèves, c’est une tache blanche qu’ils ne savent comment colorier quand ils doivent dessiner une carte de l’Europe».

Mais ignorance ne veut pas dire désamour. «Quand on a voté sur les bilatérales au Sénat, se souvient Pierre Hérisson, élu de Haute Savoie à la Chambre haute du parlement français et président du Groupe amitié franco-suisse, il y a eu 319 voix pour, une voix contre et une abstention. Alors aujourd’hui, on espère que le législateur suisse arrive dans les trois ans à venir à faire oublier ce qui s’est passé le 9 février».

Par Marc-André Miserez, Paris, swissinfo.ch



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