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COP21, la parole aux jeunes

La Conférence sur le climat de Paris conditionnera l'avenir des jeunes générations. Dans le blog de swissinfo.ch, des membres de l'association Swiss Youth For Climate, présents à la Cop21, commentent l'actualité des négociations et partagent leurs réflexions. 

Giovani e clima - blog di swissinfo.ch

12 décembre, Minuit

La fin du début

Ça y est, c’est fait! Après une attente interminable, Laurent Fabius a pu abattre son petit marteau spécialement confectionné pour l’occasion et officialiser l’adoption de l’Accord de Paris. C’est un moment historique dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Et maintenant? Maintenant, le plus dur commence. Les défis sont nombreux, à commencer par l’implémentation de l’Accord de Paris. Les pays développés devront prendre leurs responsabilités, montrer l’exemple et surtout aider les pays en développement à combattre également les changements climatiques et à s’y adapter.

La question du financement climatique n’a pas encore trouvé de réponse claire. Les 100 milliards de dollars par an à mobiliser d’ici 2020 sont un seuil (et non pas un plafond), ce qui est positif, mais leur provenance reste vague. Quant au mécanisme lié aux pertes et dommages dus aux changements qui auront lieu malgré tout, il n’est pas encore clairement défini.

Nous devons agir, et vite. Comme le Nicaragua l’a rappelé, les engagements de réduction, tels qu’ils sont aujourd’hui, nous mènent au-delà des trois degrés de réchauffement et condamnent les pays les plus vulnérables. Le mécanisme de révision de ces engagements tous les cinq ans constitue l’une des victoires de cette COP21. Il doit nous servir à augmenter nos ambitions et à changer de trajectoire, pour prendre celle qui nous permettra de limiter le réchauffement climatique à 1.5 °C.

L’objectif de réduction des émissions globales, non chiffré et très vague, est une faiblesse notoire. Or, pour rester en-dessous de 1.5 °C, il nous faudra réduire de 80% nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Cela passera par une décarbonisation totale de notre économie. Les nouvelles technologies nous aideront, mais ne résoudront certainement pas tout. Les subventions pharaoniques dont bénéficient les énergies fossiles doivent cesser et les énergies renouvelables doivent être soutenues.

Ce 12 décembre 2015 ne constitue non pas une fin en soit, mais bien la base sur laquelle nous devrons bâtir une nouvelle ère: celle de la durabilité.

David Tschan (Délégation COP21 Swiss Youth for Climate) et Océane Dayer (Présidente de Swiss Youth for Climate)

Le sujet du Téléjournal de la RTS (12.12.2015)

11 décembre, 07:15

Fragile ambition

"Nous sommes très près du but", a dit jeudi Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et président de la COP21, à propos du texte final de l'accord sur le climat. (Keystone)

"Nous sommes très près du but", a dit jeudi Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et président de la COP21, à propos du texte final de l'accord sur le climat.

(Keystone)

L’ambition. Un terme qui a pesé de tout son poids à Paris. Acquis depuis longtemps, rappelé tout au long de la COP21, le mot d’ordre était clair: l’Accord qui sera adopté ce soir devra être ambitieux.

De manière assez inattendue, il y a eu une poussée pour fixer la limite à ne pas dépasser à 1.5 °C, et non plus 2 °C. Mise sur la table par les petits Etats insulaires (les plus vulnérables au réchauffement climatique et à la montée des océans qui en résulte), cette limite a trouvé un soutien de plus en plus important, et ce aussi chez les pays développés. Si les questions du financement divisaient (et divisent encore), un certain consensus semble émerger sur le besoin d’avoir un objectif à long terme clair et ambitieux. Mercredi, une «High Ambition Coalition», regroupant pays développés et pays en développement, a été créée (voir notre post d’hier). La Suisse l’a d’ailleurs rejointe hier.

Cette montée d’optimisme a pourtant connu un gros coup d’arrêt hier soir, lorsque la dernière version de l’Accord («draft agreement») a été dévoilée. Certes, il est écrit que le but est de rester "bien en-dessous de 2 °C" et de "poursuivre les efforts pour limiter le réchauffement à 1.5 °C" et cela constitue une avancée. Mais pour se concrétiser, cet objectif de température doit être soutenu par une feuille de route indiquant clairement de combien les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites et avant quelle année. Ce qui n’est pas le cas dans ce nouveau texte, même si les grandes lignes sont toujours là.

Selon l’Article 3.1 contenant les objectifs de réduction des émissions, il faut désormais «atteindre le pic d’émissions le plus vite possible» et ensuite les «réduire rapidement pour atteindre la neutralité des émissions dans la deuxième moitié du siècle». Ces termes purement qualitatifs risquent de sonner bien creux au moment de les appliquer dans les différents pays. En définitive, ce nouveau texte constitue une base bien fragile pour un accord qui se veut ambitieux.

David Tschan, Délégation COP21 Swiss Youth for Climate

Les pays en voie de développement, un des enjeux clés des négociations (Téléjournal RTS)

10 décembre, 09:30

Les nouveaux sauveurs?

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a annoncé mercredi la participation de son pays à la "High ambition Coalition". (Reuters)

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a annoncé mercredi la participation de son pays à la "High ambition Coalition".

(Reuters)

L’échéance finale approche à grands pas, les délégués et ministres consacrent désormais leurs journées, soirées et une bonne partie de leurs nuits à travailler sur cet accord tant attendu. Malgré l’effort fourni, la proposition de texte publiée par la présidence française révèle encore un grand nombre de désaccords au sein des parties.

Lors d’une conférence de presse, nous avons appris l’existence d’une coalition formée dans le but de prévenir une potentielle impasse dans les négociations. La «high ambition coalition», regroupant notamment l’Union européenne, les Etats-Unis, le Mexique, la Norvège et plusieurs pays d’Afrique, du Pacifique et des Caraïbes, veut faire pression pour que la Conférence de Paris donne naissance à un accord ambitieux. Tony de Brum, ministre des affaires étrangères des ìles Marshall, qui dirige ce groupe composé de pays «riches et pauvres», «petits et grands», a déclaré: «We will not accept a minimalist or bare bone agreement».

Si cette nouvelle entente est à priori un signe positif, l’unité de ses membres ne s’est malheureusement pas matérialisée en séance plénière, où de nombreux désaccords ont fait surface. Il faudra donc attendre la prochaine proposition de texte pour savoir si ces «nouveaux sauveurs» seront capables de contrecarrer les tentatives de blocage de certaines autres coalitions (OPEP, Conseil de Coopération du Golfe, etc.).

En définitive, avec ou sans cette nouvelle coalition, il faut encore s’attendre à de longues nuits de discussions si l’on veut arriver à un accord ambitieux.

Baudouin Noez, Délégation COP21 Swiss Youth For Climate

9 décembre, 10:15

Scènes de notre quotidien au Bourget

«L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt». La diane est à 06:00 heures. Ensuite, il faut se rendre en métro au Bourget, un peu en dehors de la ville, là où se déroulent les négociations. Juste le temps de descendre un premier café avant 07:50, heure de la rencontre habituelle avec «Youngo», une plateforme des organisations de jeunesse.

Lors de ces rencontres, nous pouvons nous rassembler et échanger avec d’autres jeunes du monde entier au sein de groupes de travail consacrés à différents thèmes.

Aujourd’hui, nous avons participé à deux actions relatives à la décarbonisation jusqu’en 2050 et à la mention de la justice intergénérationnelle dans l’accord. Cette mention a été retirée de l’article 2 et devrait maintenant être au moins maintenue dans le préambule. Quelques délégués se sont montrés intéressés, ont fait des photos et se sont entretenus avec nous.

A l’échelle nationale, nous participons régulièrement à des rencontres avec la délégation suisse. De telles rencontres ne vont pas de soi, d’après ce que nous entendons. Les déléguées des Etats-Unis, par exemple, ne peuvent pas rencontrer personnellement leur délégation et lui soumettre leurs demandes. Nous en revanche, lors de notre rencontre de hier, nous avions la possibilité de poser nos questions à la conseillère fédérale Doris Leuthard en personne.

Pour atteindre les jeunes en Suisse et attirer l’attention des médias, outre le lobby, nous mettons aussi fortement l’accent sur la communication. Nous sommes actifs sur les réseaux sociaux, sur Facebook et Twitter, ainsi que sur des blogs tels que celui-ci. Nous donnons des interviews ou organisons des conférences de presse. Jusqu’à présent, ce travail rencontre un certain succès et nous motive.

L’atmosphère sur place est très dynamique. Il règne une agitation de travail dans les couloirs et les halles: des centaines de personnes venues du monde entier négocient, conversent entre elles, écrivent, twittent, gèrent des stands, distribuent du chocolat, en appellent à la justice et se précipitent d’un événement à un autre.

Les rencontres se prolongent jusque tard dans la nuit, particulièrement en cette seconde semaine. Les négociations entrent dans leur dernière phase, les Etats posent leurs cartes sur la table. Swiss Youth for Climate s’est bien implanté ici et donnera encore tout cette semaine à Paris.

Xenia Keller, Délégation COP21 Swiss Youth for Climate

8 décembre, 07:30

Au nom de la sacro-sainte économie

Le «greenwashing», ou écoblanchiment, une pratique qui consiste à utiliser des arguments écologiques pour vendre des produits qui ne le sont pas forcément, a la cote chez nombre d'industriels.  (Keystone)

Le «greenwashing», ou écoblanchiment, une pratique qui consiste à utiliser des arguments écologiques pour vendre des produits qui ne le sont pas forcément, a la cote chez nombre d'industriels. 

(Keystone)

Ça y est, on est entré dans la dernière ligne droite. Après les beaux discours des chefs d’Etat, après une semaine de négociations laborieuses sous la houlette des «co-chairs», les ministres ont pris le relais. Sur le papier, ils sont venus pour parler climat. Après tout, ils sont presque tous «Ministre de l’Environnement», «Ministre de la Protection de la Nature» ou «Ministre des Changements Climatiques». Pour la Suisse, c’est Doris Leuthard, Cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), qui est en charge.

Et pourtant, force est de constater que l’économie reste au cœur des débats. La question du financement climatique n’est toujours pas réglée. Les pays en développement veulent s’assurer que le mécanisme d’aide à la mitigation et à l’adaptation, financé par les pays industrialisés et qui doit atteindre 100 milliards de dollars par an en 2020, continue à augmenter après cette échéance. Les pays industrialisés se chamaillent pour savoir qui doit mettre combien sur la table. Et l’Arabie saoudite, dont l’économie est presque exclusivement basée sur le pétrole (et qui est elle représentée par son ministre… du pétrole), fait tout pour ralentir les négociations.

À l’extérieur des salles de conférence, le constat est le même. L’exposition «Solutions COP21», ouverte au grand public en plein centre de Paris, pue le «greenwashing». Des entreprises comme Engie, Veolia ou Coca-Cola font la promotion de leurs solutions «vertes» à grands coups de slogans accrocheurs, de nouvelles technologies tape-à-l’œil… et de gros sous! Certaines firmes ont dépensé jusqu’à 250’000 euros pour leurs stands. Mais derrière cette vitrine verte, il y a des investissements tout sauf écolos, en témoignent les trente centrales à charbon qu’Engie possède.

Le développement durable a, dit-on, trois piliers: économique, social et environnemental. Certains semblent pourtant plus soutenus que d’autres…

David Tschan, membre de la délégation Swiss Youth for Climate à la COP 21


Les jeunes se sentent souvent exclus des négociations (Téléjournal de la RTS du 07.12.2015)

7 décembre, 08:45

Transparent, vous avez dit?

Le texte qui servira de base aux négociations par les ministres a été remis à la présidence française. Il contient encore un nombre affolant de points épineux. Rien n’est encore joué.

Alors que la COP21 entre dans sa dernière ligne droite, la peur d'un échec plane sur Paris.  (Keystone)

Alors que la COP21 entre dans sa dernière ligne droite, la peur d'un échec plane sur Paris. 

(Keystone)

Dans les couloirs du Bourget flotte l’appréhension d’un Copenhague II [en référence à la conférence de Copenhague sur le climat de 2009, considérée comme un échec]. Les négociations avancent-elles assez vite? Peut-on voir les dénominateurs communs se dessiner? Il n’est pas évident de répondre à ces questions car nous sommes maintenus à l’écart de la majorité des négociations. A l’instar de la dernière séance préparatoire à Bonn, la société civile n’est pas autorisée dans les salles. Défendue par les pays en développement, fustigée par ceux industrialisés, la présence de la société civile est toutefois fondamentale.

Tout d’abord, la société civile joue un rôle de garde-fou. Lorsqu’elle est présente, les gouvernements qui trainent des pieds sont montrés du doigt par la population, particulièrement la leur. Ainsi, la délégation de Norvège, qui s’était opposée à la mention des Droits de l’Homme dans les objectifs de l’Accord, s’est vue faire la première page d’un bon nombre de ses journaux nationaux. Le comportement de l’Arabie Saoudite est, lui, quotidiennement dénoncé. Ensuite, la société civile apporte un soutien aux petites délégations dont les moyens sont plus limités. Ces dernières comptent souvent sur son expertise (légale et stratégique) pour les aider à rester à niveau dans les négociations. Par ailleurs, l’accès à la société civile permet d’éviter les malentendus et les rumeurs d’échec, qui maladroitement relégués dans la presse n’aident certainement pas le travail des négociateurs.

Finalement, et principalement, nous rappelons quotidiennement aux gouvernements que le monde dont ils négocient la trajectoire a une réalité en-dehors des salles du Bourget. Les mots et chiffres hautement politisés sont déjà la réalité de ceux qui voient leur terre disparaître sous les eaux ou se craqueler de sécheresse, dans l’ombre des millions de réfugiés climatiques qui se préparent. 

Océane Dayer, présidente Swiss Youth for Climate 

6 décembre, 09:45

L'équité vient du coeur

équité : principe selon lequel chacun peut prétendre à un traitement juste, égalitaire et raisonnable.

Ce principe est au coeur des négociations climatiques. Sur le site du Bourget, il y a peut-être autant de perceptions différentes de l’équité que de personnes déçues par le choix de sandwichs sans viande.

Pour les pays industrialisés, il s’agit peut-être surtout de trouver une clé de répartition équitable des objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Les pays en voie de développement chercheront plutôt une manière équitable de départager la responsabilité pour les pertes et dommages liés aux changements climatiques. Vraisemblablement, aucun mécanisme de compensation ne sera instauré. La Suisse s’y était notamment opposée.

Si l’Accord de Paris n’est pas équitable sur le plan des différentiations entre pays, qu’il le soit au moins pour leurs populations. C’est ce que défendent de nombreuses ONG, inquiètes de voir la mention des Droits de l’Homme disparaître de l’Article 2.

À ce principe d'équité intra-générationnelle, on oppose le principe d’équité intergénérationnelle qui soutient, quant à lui, l’idée que les générations passées, présentes et futures ont les mêmes droits. Ce principe fait une timide apparition dans le préambule du texte de l’Accord de Paris, pour la première fois.

Mais les enjeux d’équité dépassent ceux des mots glissés dans un accord. La représentation au sein des processus décisionnels est elle aussi d’une grande importance. Parmi les personnes les plus touchées par les changements climatiques figurent les populations les plus démunies de cette planète. Comment représenter leurs intérêts? De nombreuses ONG se penchent sur des segments de la population particulièrement vulnérables. Mais qui va donc se battre pour représenter, ici, les intérêts de mes futurs enfants ou petits-enfants, dont la vie sera à jamais conditionnée  par les conséquences du changement climatique? J’ose croire qu’ils seront davantage outrés par notre utilisation compulsive d’énergie fossile qu'ils ne le seront de nous voir encore utiliser Facebook.

Parmi les instruments à disposition figure l'idée d’instaurer des représentants spéciaux des générations futures au sein des structures onusiennes, qui pourraient se faire garants de leurs intérêts. Encore faudra-t-il obtenir une voix au chapitre lors des négociations. Est-ce aux organisations de jeunes de répondre à l’appel?

Lydie-Line Paroz, Délégation COP21 Swiss Youth for Climate

5 décembre, 09:30

Serons-nous entendus?

Les conséquences du changement climatique, que l’on ressent déjà aujourd’hui, vont encore s’accentuer de manière significative à l’avenir. Cela veut dire que nous-mêmes ainsi que les générations suivantes, serons fortement affectés par ses effets. Plus fortement encore que la plupart des ministres et membres de délégations qui négocient actuellement l’accord de Paris.

Maintenant, il s’agit de se demander comment nous pouvons influencer ces négociations? Car nous voulons avoir un impact, afin de construire notre futur de manière durable.

Beaucoup de nos efforts restent cependant lettre-morte. Lorsque nous exprimons nos opinions, que ce soit sur les réseaux sociaux ou lors d’actions de protestations au Bourget, le site des négociations, nous n’atteignons en fait pas vraiment les bonnes personnes. Et lorsque nous parlons directement avec les délégations, celles-ci répondent presque toujours qu’elles sont liées par le mandat de leur pays et qu’elles ne peuvent dévier de leur position.

Alors, que faire? Je l’avoue, ça peut être frustrant d’avoir le sentiment de ne pas être entendu. La COP21 offre cependant aussi beaucoup de moments d’inspiration. Par exemple lors de cette conférence de l’ancien vice-président américain Al Gore:

«C’est un fait: dans toutes les grandes réformes de société que le monde a connues, les jeunes ont eu un rôle de précurseurs»

Et c’est justement à cause de cela que nous ne lâcherons pas. Nous n’en avons pas le droit. Parce qu’il s’agit ici d’un procès de réforme de la société et que la patience vient à bout de tout. Ainsi ce vendredi, nous avons participé à la planification d’une action, afin de montrer que nous avons besoin d’un objectif ambitieux et durable pour protéger les générations futures. Pour la troisième fois cette semaine, nous avons rencontré la délégation suisse pour lui rappeler nos priorités. Et nous avons également eu quatre réunions avec des jeunes du monde entier afin d’envisager de nouvelles mesures. De nouveaux pas pour mettre en route une réforme. Peut-être déjà ici à Paris.

Felix Weber, Swiss Youth for Climate COP21 Delegation

4 décembre, 08:17

Le climat à l’heure des choix

Les négociateurs n’ont plus beaucoup de temps pour proposer à la COP21 un texte s’approchant le plus possible du consensus. Pour l’instant, les tensions restent nombreuses. A nos yeux, un accord ambitieux se doit de définir un objectif quantifié de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or, deux options sont actuellement sur la table: la décarbonisation (fin des émissions de sources fossiles) ou la neutralité climatique (des puits de carbone équivalents aux émissions). Seule la première option garantit d’envoyer le message clair: l’ère des énergies fossiles touche à sa fin.

La pollution de l'air est une véritable calamité dans certaines grandes villes asiatiques. (swissinfo.ch)

La pollution de l'air est une véritable calamité dans certaines grandes villes asiatiques.

(swissinfo.ch)

On se raccroche aux +2°C, seuil reconnu à ne pas dépasser. Reconnu? Les Etats ne se sont en réalité pas accordés sur ce point. Au-delà des chiffres, il y a une réalité humaine d’une rare violence: ces 2°C suffiraient pour rayer de la carte certains petits Etats insulaires. La majorité des Etats du monde soutiendrait-elle ce sort? Dans le texte figure une deuxième option: un seuil à 1,5°C.

La différenciation des responsabilités entre pays développés et pays en voie de développement demeure sans doute la question la plus épineuse et la plus systémique. Or, elle est intimement liée aux enjeux de finance climatique. Au Bourget comme ailleurs, la société civile dénonce l’hypocrisie des pays industrialisés et les milliards qu’ils accordent aux subventions des énergies fossiles.

On compte dans l’accord encore plus de 250 options ouvertes. Les facilitateurs des négociations poussent au compromis, quitte à parfois couper court. Qu’importe, on vient de gagner deux heures de va et vient diplomatique.

Le temps presse. La semaine prochaine, ce seront les ministres du monde entier qui prendront le relai des négociations. Ils possèdent une plus grande marge de manœuvre et peuvent ainsi plus facilement faire des compromis. Toutefois, au stade tardif des négociations, les discussions ministérielles peuvent donner lieu à des décisions de dernière minute, et des points essentiels peuvent être rayés de l’accord. L’heure est au compromis.

Lydie-Line Paroz, Délégation COP21 Swiss Youth for Climate

3 Décembre, 10:15

Quel lien entre droits de l’homme et lutte contre le réchauffement climatique?

Le président français François Hollande serre la main du Premier ministre indien Narendra Modi, sous les yeux du président américain Barack Obama, à la COP21. (Keystone)

Le président français François Hollande serre la main du Premier ministre indien Narendra Modi, sous les yeux du président américain Barack Obama, à la COP21.

(Keystone)


Aujourd’hui, nous souhaitons commencer avec une petite anecdote sur le quotidien des négociations climatiques à Paris.

La Norvège a demandé de remplacer complètement l’article 2.1 concernant l’objectif de l’accord de Paris. L’alternative était fortement raccourcie et laissait tomber toute référence aux droits de l’homme – un cauchemar pour les organisations de la société civile qui surveillent et observent le processus. Pourtant, lorsque le Canada s’est engagé dans les négociations pour ancrer les droits humains dans l’accord, l’espoir est revenu au sein de la société civile. Les hauts et les bas autour de cette question vont certainement continuer dans les prochains jours.

Ce n’est pas étonnant que des droits comme l’égalité des sexes ou l’égalité entre les générations passent un moment difficile dans un accord international en dehors du secteur des droits humains. Comme les négociations fonctionnent sur la base du consensus, toutes les parties doivent valider le texte. Chaque mot.

Les négociations sont bloquées si l’opposition d’une seule partie empêche de trouver un consensus. Dans le domaine des droits humains, un consensus est particulièrement difficile à trouver. D’une part, les opinions des différentes parties sur l’interprétation des droits humains divergent grandement. D’autre part, beaucoup d’acteurs estiment qu’un accord sur le climat ne doit pas se préoccuper des droits humains.

Les droits humains n’ont-ils vraiment rien à faire dans ce débat? Ils sont étroitement liés à la problématique climatique. Si nous prenons en compte ce lien dans l’accord, nous pouvons anticiper les conflits d’intérêt et trouver des solutions appropriées. Voulons-nous des déplacements de populations forcés au nom de la protection du climat? Une pénurie d’eau en raison de l’irrigation agricole? Des conditions climatiques instables pour les générations futures, qui ne peuvent pas influencer les négociations actuelles ?

Non, nous ne voulons pas être responsables de cela. Nous voulons une lutte ambitieuse contre le réchauffement climatique pour tous et en accord avec les droits humains. 

Felix Weber, Swiss Youth for Climate COP21 Delegation

2 Décembre, 07:21

Un accord encore truffé de parenthèses

Vue d'avion de Funafuti, la capitale de Tuvalu. Confrontés à la montée des eaux, les habitants de l'île sont déjà en train de s'en aller.  (Keystone)

Vue d'avion de Funafuti, la capitale de Tuvalu. Confrontés à la montée des eaux, les habitants de l'île sont déjà en train de s'en aller. 

(Keystone)


Nous parlons généralement de la COP21, mais ici au Bourget, il s’y déroule aussi la rencontre de divers organes de la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques), dont le Groupe de travail spécial sur la plateforme de Durban pour une action renforcée (ADP). Ce dernier, qui est chargé depuis quatre ans de préparer l’Accord de Paris, est divisé en plusieurs groupes de contact, eux-mêmes divisés en rencontres informelles, et en rencontres informelles-informelles!

Le but? Avancer le plus rapidement possible dans les négociations et être capable de proposer à la COP21, déjà à la fin de cette semaine, un texte s’approchant le plus possible du consensus.

Mardi 1er décembre, un groupe de contact s’est penché sur la première partie de la décision de la COP21, qui concerne l’adoption de l’Accord de Paris. Cet article pose la question de la forme juridique: protocole (et donc légalement contraignant)? Les pays ne s’entendent pas sur la question.

Tuvalu, un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, a ajouté une référence à l’article 17 de la CCNUCC qui stipule que les parties adoptent des protocoles. Les Etats-Unis ne sont vraiment pas à l’aise avec cette proposition et l’Arabie Saoudite intervient constamment, avec des remarques sur la procédure des négociations, pour ralentir le plus possible le processus.

Finalement, le groupe s’est retrouvé avec 8 parenthèses en plus (les parties du texte qui ne font pas l’objet d’un consensus sont mises entre parenthèses) et trois nouveaux ajouts de texte. Le groupe de contact chargé du préambule ainsi que de l’article 2 n’a quant à lui pas fait beaucoup plus de progrès, bien que la séance ait duré jusqu’à passé 23h00. Nous restons confiants et espérons que la pression du temps ne mènera pas à de demies ambitions.

Océane Dayer, Présidente Swiss Youth for Climate

1er décembre, 07:08

Le Sommet de l’ambition

La COP21 s’est ouverte sur les discours des chefs d’Etat. La présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga a assuré que la Suisse était en première ligne pour agir contre les changements climatiques. Grandes ambitions pour notre pays donc. Cependant, la société civile présente à la COP21 n’est pas tout à fait de cet avis et reproche à la Suisse son opposition à inscrire dans un paragraphe spécifique de l’Accord de Paris la problématique des pertes et dommages dus aux changements climatiques.

Simonetta Sommaruga a exposé les ambitions élevées de la Suisse (RTS, Téléjournal du 30 novembre 2015)

Simonetta Sommaruga a également annoncé que la Suisse était venue négocier un accord contraignant, dynamique et juste, qui permettrait de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 degrés. Pour ce faire, un objectif de réduction des émissions global et à long terme est nécessaire. Dans ce sens, le Forum de la Vulnérabilité Climatique (FVC), une coalition de pays particulièrement vulnérables aux changements climatiques, a adopté lundi 30 novembre la Déclaration de Manila – Paris. Il y demande une «décarbonisation» totale de l’économie mondiale, zéro émission et 100% d’énergies renouvelables d’ici à 2050, dans le but de maintenir l’augmentation de la température en dessous de 1,5 degré. Bien que louable, cette vision sera probablement rejetée par de nombreux pays.

La présidente de la Confédération a finalement rappelé que nous devions protéger la planète pour les générations futures. Cela ne pouvait pas mieux tomber, car justement, nous travaillons dur pour nous assurer que le principe d’équité intergénérationnelle reste mentionné dans le texte de l’Accord. Ce principe stipule que les besoins et les intérêts de toutes les générations, passées, présentes ou futures ont la même valeur et les mêmes droits. Ainsi, nous avons la responsabilité de préserver le climat et la planète pour les générations à venir. Il n’est tout simplement pas juste, et certainement pas raisonnable, de transmettre ce terrible fardeau aux générations futures.

Océane Dayer, Présidente Swiss Youth for Climate

30 novembre, 08:19

La COY11 est finie, place à la COP21 !

La COP21 s’ouvre aujourd’hui à Paris en présence des négociateurs et des chefs d’Etat de tous les pays. Les délégations et les coalitions commencent leurs séances de coordination. Quant à nous, nous retrouvons les autres jeunes gens engagés dans le cadre de YOUNGO, la plateforme de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) pour la jeunesse. Le but est de mettre en place des stratégies pour s’assurer que nos intérêts soient pris en compte dans le texte de l’Accord de Paris. Nos outils: le lobbying, les actions et la communication. Notre collaboration a déjà commencé la semaine passée, lors de la COY11, la onzième conférence des jeunes, qui s’est tenue de jeudi à samedi.

La COY rassemble chaque année depuis onze ans, juste avant la COP, des jeunes des quatre coins de la planète qui s’engagent pour le climat. Les nombreuses conférences, ateliers et groupes de travail leur permettent de se rencontrer, d’échanger et de se préparer pour la COP. Cette année, un groupe de jeunes provenant de plus de 55 pays différents a rédigé un manifeste regroupant les valeurs et aspirations de la jeunesse du monde. Celui-ci a été remis à Nicolas Hulot, envoyé spécial de la France pour la protection de la planète, ainsi qu’au ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, président de la COP21. En parallèle, un autre groupe a participé à un atelier de trois jours avec l’objectif de développer des solutions concrètes pour l’avenir, dans des domaines tels que l’énergie, la mobilité ou encore l’agriculture.

Au final, la COY est surtout une magnifique expérience où la jeunesse du monde entier s’unit pour son avenir. À nous maintenant d’aller le défendre à la COP21!

A demain!

Océane Dayer, Présidente Swiss Youth for Climate

9 décembre, 08:15

Scènes de notre quotidien au Bourget

«L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt». La diane est à 06:00 heures. Ensuite, il faut se rendre en métro au Bourget, un peu en dehors de la ville, là où se déroulent les négociations. Juste le temps de descendre un premier café avant 07:50, heure de la rencontre habituelle avec «Youngo», une plateforme des organisations de jeunesse.

Lors de ces rencontres, nous pouvons nous rassembler et échanger avec d’autres jeunes du monde entier au sein de groupes de travail consacrés à différents thèmes.

Aujourd’hui, nous avons participé à deux actions relatives à la décarbonisation jusqu’en 2050 et à la mention de la justice intergénérationnelle dans l’accord. Cette mention a été retirée de l’article 2 et devrait maintenant être au moins maintenue dans le préambule. Quelques délégués se sont montrés intéressés, ont fait des photos et se sont entretenus avec nous.

A l’échelle nationale, nous participons régulièrement à des rencontres avec la délégation suisse. De telles rencontres ne vont pas de soi, d’après ce que nous entendons. Les déléguées des Etats-Unis, par exemple, ne peuvent pas rencontrer personnellement leur délégation et lui soumettre leurs demandes. Nous en revanche, lors de notre rencontre de hier, nous avions la possibilité de poser nos questions à la conseillère fédérale Doris Leuthard en personne.

Pour atteindre les jeunes en Suisse et attirer l’attention des médias, outre le lobby, nous mettons aussi fortement l’accent sur la communication. Nous sommes actifs sur les réseaux sociaux, sur Facebook et Twitter, ainsi que sur des blogs tels que celui-ci. Nous donnons des interviews ou organisons des conférences de presse. Jusqu’à présent, ce travail rencontre un certain succès et nous motive.

L’atmosphère sur place est très dynamique. Il règne une agitation de travail dans les couloirs et les halles: des centaines de personnes venues du monde entier négocient, conversent entre elles, écrivent, twittent, gèrent des stands, distribuent du chocolat, en appellent à la justice et se précipitent d’un événement à un autre.

Les rencontres se prolongent jusque tard dans la nuit, particulièrement en cette seconde semaine. Les négociations entrent dans leur dernière phase, les Etats posent leurs cartes sur la table. Swiss Youth for Climate s’est bien implanté ici et donnera encore tout cette semaine à Paris.