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Marché du travail


Un apprentissage en anglais taillé sur mesure pour les multinationales


Par Veronica DeVore, Zoug


Les apprentis en informatique travaillent ensemble sur un projet de classe pour un cours donné en anglais. (swissinfo.ch)

Les apprentis en informatique travaillent ensemble sur un projet de classe pour un cours donné en anglais.

(swissinfo.ch)

L’anglais n’est pas une langue nationale suisse, mais il est devenu la lingua franca de la plupart des entreprises internationales établies dans le pays. Un nouveau programme propose de former leurs futures forces de travail presque exclusivement dans la langue de Shakespeare.

On entendrait voler une mouche. Nous sommes dans les couloirs du siège de l’entreprise Roche Diagnostics, lors d’un paisible jeudi après-midi. Dans une salle de classe, les apprentis écoutent très attentivement leur professeur Reto Seiz, qui explique le prochain exercice en anglais avec un accent suisse allemand. Ces étudiants sont les premiers à tester une nouvelle offre d’apprentissage international, destinée aux apprentis employés de commerce et informaticiens et proposée par le canton de Zoug

Qui sont les candidats idéaux pour ce programme? Selon le responsable du projet Bruno Geiger, les jeunes Suisses avec un haut niveau d’anglais sont l’un des groupes cibles. Les enfants des expatriés, qui travaillent pour des compagnies internationales basées en Suisse, en sont un autre. «Ce type de travailleurs a désormais tendance à rester pour une plus longue période et essaie d’intégrer davantage sa famille au sein du système suisse», explique Bruno Geiger.

Néanmoins, les expatriés ont aussi tendance à être les personnes les plus difficiles à convaincre. «Le système suisse de formation dual est compliqué. Ainsi, comme ils connaissent la plupart du temps la filière académique, ils conseillent plutôt à leurs enfants de suivre cette voie», note le responsable du programme, qui travaille pour le service d’orientation professionnel de Zoug et comme conseiller en affaires.

Les apprentis dans la classe de Roche Diagnostics sont véritablement internationaux. L’une vient des Philippines, d’autres sont Suisses, et des Sud-coréens sont même là pour une année spéciale d’échange. Ceux qui suivent le programme complet sont immergés dans un environnement anglophone durant les cours et au sein de leur entreprise.

Voici ce que leurs enseignants ont à dire à propos de la formation en anglais.

Bruno Geiger et l’un de ses collègues ont eu l’idée de ce projet d’apprentissage en anglais, au cours d’une discussion à un événement sur l’innovation. «L’impulsion est venue du désir de rendre les jeunes Suisses plus compétitifs sur le marché du travail international, tout en encourageant les possibilités de recruter du personnel local pour les entreprises internationales», explique-t-il.

Pour ces compagnies, le recrutement est devenu un problème à la suite de l’acceptation par le peuple suisse de l’initiative sur l’immigration de masse, qui demande notamment l'introduction de contingents d'étrangers venant travailler sur le territoire helvétique.

Actuellement, la plupart de ces sociétés basées en Suisse recrutent leurs jeunes employés à l’étranger. Un sondage, réalisé en mars par la télévision suisse alémanique SRF, a montré que les deux tiers du personnel des firmes comme Novartis, Roche ou encore Nestlé sont étrangers.

Même si les multinationales ont la possibilité de former leur personnel en Suisse, Bruno Geiger souligne que leurs directions connaissent peu le système suisse de formation dual. Alors que 70% des jeunes continuent de se lancer dans un apprentissage, la plupart des entreprises sondées par SRF emploient seulement 3% d’apprentis. Ce taux se situe entre 5 et 7% dans les firmes suisses comme ABB ou Swisscom.

Selon Bruno Geiger, les multinationales établies dans le canton de Zoug, comme Glencore ou Johnson & Johnson, se sont montrées très ouvertes à recruter davantage d’apprentis au travers d’un programme de formation en anglais mais elles avaient besoin d’être guidées dans le processus. Les fondateurs du projet ont ainsi créé une structure, appelée Bildxzug, pour mettre en place le projet 

«Lorsqu’une multinationale commence à employer des apprentis, le système dual est pour elle nouveau, tout est nouveau. Nous nous chargeons donc de les conseiller», explique Beat Gauderon, le directeur de Bildxzug.

Il y a actuellement 12 apprentis qui prennent part au projet pilote, sept employés de commerce et cinq informaticiens. Certains se sont spontanément intéressés à cette formation, parce qu’ils avaient déjà participé à un autre programme de Bildxzug qui offrait des cours d’anglais supplémentaires. Toutefois, il a fallu convaincre la plupart d’entre eux un par un.

«Le nombre d’apprentis est encore assez faible, mais de nombreuses personnes nous demandent des renseignements», note Beat Gauderon. Il est convaincu que le programme séduira de plus en plus de jeunes et leurs parents à l’avenir.

Le directeur de Bildxzug prend toujours soin de rappeler que les apprentis peuvent ensuite entreprendre une formation universitaire pour obtenir des diplômes qui sont reconnus dans le monde entier. «Les gens sont toujours un peu sceptiques concernant les projets pilotes. Toutefois, lorsque nous aurons prouvé qu’il fonctionne bien, je suis sûr que ce programme va devenir une offre de formation pérenne dans le canton de Zoug.»

Développements et points d’interrogation

L’apprentissage en anglais à Zoug en détails

Les exigences linguistiques orales et écrites en allemand et en anglais sont élevées pour les apprentis qui souhaitent prendre part au programme. Le niveau requis est toutefois un peu moins élevé pour les informaticiens que pour les employés de commerce. En outre, les employés de commerce doivent aussi avoir des bases en français.

Les apprentis doivent aussi avoir terminé l’école avec de bonnes notes. Ils suivent des cours dans leur domaine deux jours par semaine (organisés par Bildxzug) et travaillent dans une entreprise internationale pendant trois jours.

La formation s’étale sur trois ans pour les employés de commerce, et quatre ans pour les informaticiens. Selon Bruno Geiger, des discussions sont en cours pour introduire le programme dans d’autres cantons comme Genève ou Zurich, mais rien n’est pour l’heure décidé.  

L’idée de mettre en place une formation en anglais au niveau fédéral ne suscite pas l’enthousiasme général de la classe politique. Lorsque le programme zougois a été présenté cette année, certains parlementaires ont estimé qu’une formation en anglais pourrait nuire à l’enseignement de l’allemand. «Les apprentis pourraient penser qu’apprendre l’allemand n’est pas nécessaire», note Verena Herzog, élue de l’Union démocratique du centre (UDC, parti de la droite conservatrice en Suisse).

«Les apprentis devraient pouvoir se concentrer sur le développement de leurs aptitudes professionnelles et ne pas être constamment confrontés à une langue étrangère», commente pour sa part Jürg Stahl, un autre parlementaire UDC. Cependant, Bruno Geiger souligne qu’un excellent niveau d’allemand et d’anglais sont requis pour prendre part au programme.

En 2015, quatre ou cinq candidats n’ont pas été retenus pour commencer la formation, car ils n’avaient pas les qualifications linguistiques requises. De son côté, le directeur de Bildxzug se bat pour que les exigences linguistiques soient revues à la baisse pour que davantage d’anglophones puissent prendre part au programme.

Dans les locaux de Roche Diagnostics, les apprentis passent facilement d’une langue à l’autre, parlant avec leurs collègues en Suisse allemand à la pause et en anglais durant les cours. Yannick, l’un des apprentis explique qu’il prend du plaisir à parler anglais et à évoluer dans un contexte international. La plupart de ses camarades partagent son avis, même s’ils avouent que cela peut être un défi, parfois fatiguant.

Désormais, c’est à Bruno Geiger et Bildxzug de convaincre d’autres jeunes, ainsi que des entreprises de prendre part au programme. «Je suis convaincu que les gens vont se rendre compte que cette formation est une bonne option au sein du système suisse», assure Bruno Geiger.

 


(Traduction de l'anglais: Katy Romy), swissinfo.ch

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