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Minarets: l'indignation ne s'estompe pas




Au surlendemain de l'acceptation de l'initiative anti-minarets par le peuple suisse, les critiques continuent de pleuvoir à l'étranger. La Turquie et le Pakistan demandent à la Suisse de revenir sur sa décision alors que l'ONU juge ce vote «clairement discriminatoire».

L'ONU, le Conseil de l'Europe, le Pakistan, l'Iran, la Turquie, ... Mardi, la Suisse a continué d'essuyer les foudres de la communauté internationale. L'interdiction votée dimanche par le peuple suisse (57,5%) d'ériger de nouveaux minarets sur son territoire ne passe ni parmi les gouvernements des pays musulmans ni dans les rangs des instances internationales.

En Turquie, les réactions ont été particulièrement fortes. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté la Suisse à réparer cette «erreur» et à «faire marche arrière dans les plus brefs délais». Pour le chef du gouvernement turc, ce référendum est «le reflet d'une montée d'une vague de racisme et de l'extrême-droite en Europe». Le chef de l'Etat Abdullah Gül a parlé de décision «honteuse» pour les Suisses alors que le ministère turc des Affaires étrangères s'est déclaré «consterné» par ce vote.

Au Pakistan également, le ministère des Affaires étrangères a demandé au gouvernement suisse de revenir sur cette décision. Un souhait partagé par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. L'Iran dénonce pour sa part un vote «discriminatoire». Le résultat des votations fédérales de dimanche contredit le principe de liberté religieuse prôné par l'Occident, a fait savoir le ministère iranien des Affaires étrangères.

En Jordanie, le Front de l'action islamique (FAI), branche politique des Frères musulmans et principal parti d'opposition du pays, voit dans ce vote une «insulte aux musulmans et une violation des droits de l'Homme». Pour le grand mufti de Bosnie, la Suisse démontre là son «incapacité à faire respecter les droits de l'Homme qui sont la pierre fondatrice des valeurs européennes».

«Clairement discriminatoire»

L'ONU a fait savoir lundi qu'elle avait mandaté des experts pour se pencher sur la légalité de cette votation. Mais Navi Pillay, Haut Commissaire aux droits de l'homme, n'a pas attendu le résultat de cette expertise pour donner clairement son avis. L'interdiction des minarets décidée par le peuple suisse est «clairement discriminatoire», a-t-elle fait savoir mardi, ajoutant qu'il y avait un «risque de mettre le pays en contradiction avec ses obligations internationales».

Dans un communiqué, la Haut Commissaire affirme que l'interdiction des minarets est le résultat d'une campagne électorale «attisant la peur». «J'hésite à condamner un vote démocratique mais je n'ai aucune hésitation à condamner des campagnes politiques alarmistes anti-étrangers qui ont lieu dans certains pays, y compris la Suisse, et qui contribuent à produire de tels résultats».

«Les politiques fondées sur la xénophobie et l'intolérance sont extrêmement préoccupantes, où que ce soit», a-t-elle poursuivi, dénonçant «la tendance extrêmement inquiétante» révélée par «les affiches ouvertement xénophobes utilisées (en Suisse) pour ce référendum et d'autres campagnes récentes visant les demandeurs d'asile, les migrants ou les étrangers en général».

Strasbourg inaccessible?

Navi Pillay a également rappelé que le comité des droits de l'homme, une instance qui compte 18 experts indépendants, a clairement indiqué le 3 novembre dernier que cette initiative, si elle était acceptée, mettrait la Suisse en contradiction avec le Pacte de l'ONU sur les droits civiles et politiques.

Le président de la Cour européenne des droits de l'homme, Jean-Paul Costa, doute pour sa part que l'interdiction des minarets finisse devant les juges de Strasbourg. Avant de pouvoir saisir la Cour, les plaignants doivent d'abord avoir épuisé toutes les voies de recours dans leur pays. Or, en Suisse, «il n'est pas possible de saisir le Tribunal fédéral contre le résultat d'un vote populaire».

Dès dimanche, la Communauté islamique de Langenthal (Berne) avait annoncé qu'elle était prête à aller jusqu'à Strasbourg pour défendre son droit au libre exercice de la religion. Les Verts envisagaient également de recourir, mais Jean-Paul Costa a rappelé qu'«un cas ne peut être porté devant la Cour que par quelqu'un qui est la victime directe de la décision».

Le CICR «attentif»

La Commission européenne contre le racisme et l'intolérance, une agence du Conseil de l'Europe, estime toutefois que ce vote, organisé suite à une «initiative qui viole les droits de l'homme», risque «de stigmatiser davantage les personnes appartenant à la communauté musulmane et d'augmenter les préjudices à leur encontre».

Le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, craint que le vote suisse ne constitue, pour le reste du monde, le signal déplorable d'un parti-pris européen. Cette décision pourrait également remettre en cause les activités de l'ONU à Genève, estime Carl Bildt, dont le pays assure la présidence de l'Union européenne.

A Genève justement, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé à ses délégations dans les pays musulmans, où se déroulent 60% de ses opérations, d'être «attentives» et d'observer la situation. Son président Jakob Kellenberger a néanmoins relevé que le CICR est une organisation indépendante des Etats, dont la Suisse, et que ce «vote ne pose pas de problème particulier de sécurité pour les délégués de l'organisation».

Samuel Jaberg, swissinfo.ch et les agences

un danger pour la sécurité

La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a affirmé mardi devant ses homologues de l'OSCE réunis à Athènes que le vote interdisant la construction de minarets en Suisse mettait en danger la sécurité de la Suisse.

«Chaque atteinte à la coexistence de différentes cultures et religions met aussi en danger notre sécurité. Car la provocation risque d'appeler d'autres provocations, l'outrage d'attiser l'extrémisme», a-t-elle déclaré.

«La liberté d'exercer la religion musulmane est restreinte en ce qui concerne son expression publique», a regretté la ministre. Elle a noté qu'il «appartiendrait à la Cour européenne des droits de l'homme (si elle était saisie) de décider de la compatibilité de la nouvelle norme constitutionnelle suisse avec la Convention européenne des droits de l'homme».

Le résultat du vote «va nous motiver à poursuivre davantage à rechercher l'ouverture, et le partenariat entre pays musulmans et non musulmans», a-t-elle assuré. Comme lors de ses autres déclarations depuis dimanche, elle a souligné que le vote sur les minarets constituait «une réaction de repli» dans un contexte de crise économique et un profond malaise, mais n'était pas tourné contre les musulmans de Suisse.

Les résultats du vote

57,5% des Suisses ont accepté dimanche l'initiative anti-minarets.

Le taux de participation a été inhabituellement élevé (53%) lors de ce scrutin.

Seul un canton alémanique, le demi-canton de Bâle-Ville, a refusé l'initiative.

Trois cantons romands ont également dit non: Genève (59,7%), Vaud (53,1%) et Neuchâtel (50,8%).

Avec un taux d'approbation dépassant les 70%, Appenzell Rhodes-intérieures (71,5%) se pose en champion du oui à l'initiative, suivi par Glaris (68,8%) et St-Gall (65,9%).

Le Valais, le Jura et Fribourg figurent aussi dans le camp des anti-minarets, bien qu'avec des scores plus modestes (respectivement 58%, 51,2% et 55,9%).



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