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Opinion La Suisse peut contribuer à désamorcer la crise américano-iranienne

USS Abraham Lincoln

L'USS Abraham Lincoln fait partie des forces américaines prêtes à intervenir dans le Golfe persique.

(Keystone)

La rencontre entre le président de la Confédération Ueli Maurer et le président américain Donald Trump jeudi à Washington a été un événement bilatéral unique qui intervient à un moment où la tension monte entre les Etats-Unis et l'Iran. Bien que l'on ne sache pas exactement ce qui a été discuté dans le Bureau ovale, la presse s'est concentrée sur le rôle que la Suisse pourrait jouer afin d’éviter une confrontation américano-iranienne hautement politisée.

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Si la nature exacte de la rencontre entre les deux présidents reste incertaine, il n'y a pas non plus de position claire du côté américain concernant l'Iran. Depuis le début du mois de mai, les États-Unis dénoncent l'agression croissante de l’Iran dans le golfe Persique, notamment l'aide à des groupes militants et à certaines forces à la solde de Téhéran dans la région.

Des photographies prétendent démontrer que des forces paramilitaires ont chargé des missiles iraniens sur de petits bateaux dans le Golfe. Il y aurait même des signes indiquant que l'Iran se prépare à attaquer les troupes et les intérêts américains. En réponse, le département d'État a ordonné l'évacuation partielle de l'ambassade des États-Unis à Bagdad. Un porte-avions, des bombardiers à long rayon d’action et d'autres matériels militaires ont été envoyés dans la région.

Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, qui est un fervent partisan d’un changement de régime en Iran et au Venezuela, était présent à la réunion des deux présidents dans le Bureau ovale. John Bolton et le secrétaire d'État Mike Pompeo sont les principaux défenseurs de la thèse de l'intensification de l'agression iranienne et appellent à une réponse américaine forte, avec la possibilité d'envoyer 120’000 soldats dans la région.

D’un autre côté, des membres du Congrès, des dirigeants européens, les Irakiens et même certains membres de l'administration Trump sont réticents à considérer l'Iran comme un agresseur. Après tout, ce sont les États-Unis qui se sont retirés de l'accord nucléaire iranien et qui continuent d'imposer des sanctions sévères à ce pays.

Une tension comme celle du Tonkin?

Le débat sur les photographies des missiles chargés sur les bateaux rappelle le tristement célèbre incident du Golfe du Tonkin en 1964, lorsque le gouvernement américain soutenait que l'USS Maddox avait été attaqué par les forces nord-vietnamiennes. Le rapport officiel décrivant ce qui s'est passé reste controversé, avec des indications évidentes que l'«incident» a été faussement présenté pour justifier une implication accrue des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam.

Daniel Warner est un politologue helvético-américain, ancien adjoint au directeur du Graduate Institute (Institut des hautes études internationales et du développement), à Genève.

(Courtesy)

Pourquoi Donald Trump créerait-il des tensions avec l'Iran? Le film «Des hommes d’influence» présente un scénario où une guerre est fabriquée pour détourner l'attention des électeurs d'un scandale sexuel présidentiel. Et si les États-Unis devaient être impliqués dans un conflit violent avec l'Iran, cela pourrait aider le président Trump à se faire réélire. L'Histoire a montré qu'en temps de crise, les électeurs ont tendance à élire le candidat sortant pour préserver la stabilité.

Expertise suisse

Quelle que soit la raison de la réunion Maurer-Trump, l'image de la Suisse en tant que pays neutre important qui offre sa tradition de «bons offices» s'est renforcée (bien que la presse américaine ait à peine mentionné la Suisse et la réunion du Bureau ovale, pour se concentrer plutôt sur les tensions au sein du gouvernement américain).

La Suisse, qui représente les intérêts américains en Iran depuis la prise d'otages en 1979, a une chance réelle de contribuer à désamorcer la crise américano-iranienne. Il est important de rappeler le rôle exceptionnel de l'ambassadeur suisse Erik Lang et de ses collègues dans la libération de 52 diplomates et citoyens américains après 444 jours de détention.

Mais il existe des différences importantes entre le rôle spécifique de la Suisse dans la gestion de la prise d'otages de 1979 et cet affrontement plus vaste et plus complexe. Et on ne peut que spéculer sur les raisons pour lesquelles les deux présidents n'ont pas eu plus à dire sur leur réunion. Quoi qu'il en soit, la visite d'un président suisse au Bureau ovale est un événement important en soi.



(Traduction de l'anglais: Olivier Pauchard), swissinfo.ch

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