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PlanetSolar face aux pirates du Golfe


Par Olivier Grivat


PlanetSolar est accueilli en triomphe tout au long de son tour du monde. (Keystone)

PlanetSolar est accueilli en triomphe tout au long de son tour du monde.

(Keystone)

Après avoir dû se réfugier dans l’embouchure d’une rivière à Bombay en raison d’une forte tempête, le bateau solaire suisse PlanetSolar est attendu à Bombay. A Noël, il sera dans le Golfe d'Arabie et se prépare à déjouer d’éventuelles attaques des pirates qui sévissent dans les parages du Golfe d’Aden.

Initiateur et chef d’expédition de PlanetSolar, le Neuchâtelois Raphaël Domjan évoque les nombreux défis qui l’attendent mais aussi l’accueil incroyable réservé au bateau qui a pour objectif de faire le tour du monde à la seule force de l’énergie solaire.

swissinfo.ch: De passage en Suisse pour quelques jours, vous allez rejoindre l’équipage de Planet Solar dans le port de Mumbai (Bombay). Où est le bateau en ce moment?

Raphaël Domjan: Planet Solar est en train de remonter les côtes ouest de l’Inde après une escale au Sri Lanka. Il s’est arrêté à Goa pour se mettre à l’abri d’une grosse dépression venue du sud. Il va attendre quelques jours dans l’estuaire d’une rivière, à l’abri pour laisser passer la tempête et recharger ses batteries. Il a cinq personnes à bord sous les ordres du capitaine Erwan Le Rouzic, un marin professionnel français. Il y a un autre Suisse à bord, Christian Oechsenbein, l’ingénieur de bord qui vient de Thoune. L’arrivée à Bombay est prévue pour le 2 décembre, devant le Taj Mahal, l’hôtel qui a subi une attaque terroriste il y a deux ans. C’est dire que les formalités ne sont pas simples…

swissinfo.ch: Votre catamaran n’est pas conçu pour affronter de fortes tempêtes…

R.D.: Jusqu’à présent, le bateau n’a jamais dû se réfugier dans un port à cause d’une tempête. Quand Planet Solar a dû affronter de très forts vents, il était en navigation océanique. En Australie, nous avons subi des vents de 50 nœuds (près de 100 km/h) avec des creux impressionnants de 7 à 8 m. Au-delà, il est difficile de savoir ce que le bateau peut supporter, mais aux deux tiers du parcours, il a montré qu’il était solide et très sûr. Les seules casses que nous pouvons déplorer, ce sont des piles d’assiettes !

Le principal danger en cas de vents encore plus forts, ce serait de voir le bateau drossé contre la côte. Avec des batteries vides et sans moteur, ce serait périlleux. Nous devons bien examiner la météo pour pouvoir manoeuvrer avec l’énergie dont nous disposons. Aux côtés du capitaine, je m’en occupe personnellement avec l’aide de Météo-France, à Toulouse, qui nous assiste pour trouver les courants et les routes favorables.

swissinfo.ch: Quel accueil vous est-il réservé dans les ports où vous débarquez?

R.D.: Partout où Planet Solar arrive, il fait la «Une» des médias locaux.  Nous avons toujours bénéficié d’un accueil incroyable, sauf peut-être à Singapour. Ailleurs, tout le monde avait entendu parler de nous. Dans le Pacifique, et notamment aux îles Galapagos, nous avons connu des moments incroyables. Au milieu du Pacifique, nous avons été abordés par des pêcheurs, qui nous avaient vu quelques jours auparavant à la télévision de Quito (Equateur). Cela est aussi dû au design futuriste de ce bateau. Avec ses 35 m de long, 26 m de large et la hauteur d’une maison de 3 étages, ce n’est pas un cargo ou un paquebot, mais il fait trois à quatre fois la taille d’un bateau de l’America’s Cup.

swissinfo.ch: Tout comme Alinghi, vous arborez le pavillon suisse…

R.D.: Le bateau est immatriculé à Bâle comme tous les cargos et yachts de haute mer. L’équipage hisse le pavillon à croix blanche quand il arrive dans un port, où la presse, des personnalités politiques et des industriels sont invités à découvrir ce que l’on peut faire avec la technologie photovoltaïque. Nous leur disons: nous avons accompli 45'000 km – la circonférence de la Terre - depuis le départ de Monaco avec la seule énergie du soleil. Sans une goutte de fuel, en nous éclairant à bord, chauffant nos mets ou notre café.

swissinfo.ch: Les océans sont derrière, mais les dangers devant avec Aden et ses pirates.

R.D.: Depuis Mumbay, nous allons traverser la mer d’Arabie où nous serons à Noël. Planet Solar est ensuite attendu au Sommet mondial de l’énergie d’Abu Dhabi à mi-janvier. Puis nous traverserons la zone très dangereuse du Golfe d’Aden. On ne pourra pas la traverser sans un système de sécurité en cours de préparation. Plusieurs moyens de prévention contre les attaques éventuelles des pirates existent. Après, il ne nous restera plus que de la navigation côtière. Une fois Aden et Djibouti derrière nous, nous allons remonter la mer Rouge et traverser le canal de Suez. A partir de là, nous serons pratiquement chez nous dans la «Mare Nostrum», puis à Monaco où l’arrivée est prévue au printemps 2012.

swissinfo.ch: Il existe deux projets de tour du monde à l’énergie solaire, celui de Bertrand Piccard et le vôtre. N’est-il pas incroyable que ce petit pays lance deux défis planétaires?

R.D.: La Suisse est une pionnière de l’aventure solaire: la première course de bateau solaire a eu lieu sur le lac de Neuchâtel en 1960. La première course de voitures solaires photovoltaïques – le Tour de Sol - a eu lieu en 1985 entre Romanshorn et Genève. La Suisse a toujours eu un excellent niveau de recherche et développement dans le photovoltaïque avec le système Graetzel développé par le professeur de chimie de l’EPFL.

Ce qui est fou, c’est que nos deux défis sont nés à 60 km de distance, l’un à Lausanne et l’autre à Neuchâtel. Un mouchoir de poche à la taille de notre planète. La Suisse devrait en être fière. La Suisse a une image à défendre à l’étranger. Une autre image que celle de la neutralité et de nos banques. Il est important de montrer que la Suisse s’implique aussi dans des défis technologiques et qu’il est dans notre responsabilité internationale de protéger notre planète, le futur de nos enfants et de donner un sens positif et optimiste au mot progrès. Pas seulement une technologie mettant en danger notre civilisation.

Technologie de pointe

Fibre de carbone. Le bateau PlanetSolar avance sous l’action de deux hélices jumelles en fibre de carbone, dont le diamètre atteint près de deux mètres, soit deux fois la taille habituelle pour un navire de cette grandeur. La propulsion s’en trouve améliorée.

Précision. «Comme les pales en carbone sont réglables et que la force de propulsion peut ainsi être régulée exactement, il a été possible de renoncer à l'installation de safrans conventionnels», explique le site internet techno-science.net

Puissance. Les quatre moteurs électriques, deux par coque, ont une puissance maximale de 120 kW et une efficacité énergétique de plus de 90%.

De nuit. Le principal défi posé par la navigation solaire est de combler les heures nocturnes. Les nouvelles technologies permettent d’engranger cette énergie, y compris grâce à des batteries spéciales.

L’équipe à bord

- Capitaine: Patrick Marchesseau (France)

- Second: Mikaela von Koskull (Finlande)

- Maître d'équipage: Jens Langwasser (Allemagne)

- Gestion de l’énergie: Christian Ochsenbein (Suisse)

- Electricien: Daniel Stahl (Allemagne)

- Initiateur et président de la Fondation: Raphaël Domjan (Suisse)

Le bateau PlanetSolar appartient à l’entrepreneur allemand Immo Ströher. Il a été construit à Kiel, en Allemagne, en 14 mois. Il a été conçu par le néo-zélandais Craig Loomes.

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