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Politique monétaire


La Banque nationale suisse secoue les marchés


Créant une énorme surprise, la banque centrale suisse a annoncé jeudi l'abolition du cours plancher de 1,20 franc pour un euro. La décision a fait la une de la presse internationale et l'envol du franc a secoué les marchés.

L'abolition du cours plancher de 1,20 franc pour un euro était «une décision inéluctable», a expliqué le président de la Banque nationale suisse (BNS), Thomas Jordan. «Au vu de la situation dans les principales zones monétaires, cela n'a pas de sens de poursuivre une mesure qui ne peut s'inscrire dans la durée.»

Et de rappeler, jeudi face aux médias, que les réserves en devises sont passées de 50 milliards de francs environ en 2010 à quelque 500 milliards récemment, soit 70% du produit intérieur brut (PIB) de la Suisse.

Evoquant l'effet de surprise générale causée par la décision, le président de la banque centrale a relevé qu'il n'était pas possible de procéder autrement. «Il en est allé de même lorsque la BNS a introduit le taux plancher», le 6 septembre 2011.

Ces derniers mois, l'institution d'émission monétaire suisse avait acheté des euros en grande quantité pour tenter d'affaiblir le franc face à la monnaie unique. En vain.

Les effets de l'abandon du taux plancher ne se sont pas faits attendre, tant à la Bourse suisse, qui a clotûré à -8,67%, que sur les cours de change puisque le franc suisse s'est envolé et a gagné près de 30% par rapport aux autres devises avant de se stabiliser à 1,04 franc pour un euro. La décision a aussi influencé la relation dollar-franc, puisque ce dernier s'est apprécié jeudi de plus de 10%.

L'économie suisse sous le choc

La Banque nationale suisse continuera de remplir sa tâche et d'œuvrer pour des conditions monétaires qui évitent l'inflation ou la déflation et permettent un développement économique stable à l'avenir, a déclaré Evelyne Widmer-Schlumpf, la ministre suisse des Finances.

La décision de la BNS lance un «défi supplémentaire aux entreprises suisses», a quant à lui constaté le ministre de l'Economie Johann Schneider-Ammann. «La solution viendra de l'innovation», a-t-il jugé suite à la réunion de la Délégation du Conseil fédéral pour la politique économique, à laquelle ont également participé la ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf et son homologue de l'énergie et des transports Doris Leuthard.

Les milieux économiques déplorent avec véhémence l'abandon du taux plancher. Patronat, syndicats, industries d'exportation ou les milieux touristiques ne cachent pas leur inquiétude. L'organisation faîtière Economie suisse redoute que «la monnaie helvétique reste forte au point que l'industrie exportatrice et le tourisme ne puissent pas s'adapter rapidement».

La décision de la BNS est une «catastrophe» pour l'organisation de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (Swissmem). Cette dernière estime que, sans le taux plancher, un affaiblissement encore plus important de la monnaie unique par rapport au franc pourrait se révéler fatal aux PME de l'industrie des machines.

«Les mots me manquent, a confié Nick Hayek, patron de Swatch Group, numéro un mondial de l'horlogerie. C’est un tsunami, aussi bien pour l’industrie d’exportation que pour le tourisme, mais également pour l’ensemble de la Suisse.»

Emotion aussi du côté de l’Union syndicale suisse (USS) et Travail suisse. Cette décision «met en très grand danger et les salaires et les emplois de l’économie d’exportation et augmente les risques de déflation en Suisse. Même avec un cours de 1,20 franc pour 1 euro, notre monnaie était toujours nettement surévaluée. La suppression du cours plancher ouvre tout grand la porte aux spéculations sur le franc», écrit l’économiste de l’USS Daniel Lampart.

«C’est un tsunami, aussi bien pour l’industrie d’exportation que pour le tourisme, mais également pour l’ensemble de la Suisse.»

GastroSuisse, la fédération de l'hôtellerie-restauration déplore de son côté de voir «les prestations de l'hôtellerie-restauration subir une nouvelle fois un renchérissement massif face aux pays étrangers et un affaiblissement de sa compétitivité» et espère un apaisement rapide de la situation.

Experts partagés

Cette rupture est «dommageable», selon Fernando Martins Da Silva, analyste de la Banque cantonale vaudoise (BCV). Ce dernier estime que, du point de vue des entreprises, le choc de l'adaptation est rude dans la mesure où elles ont été protégées pendant plus de trois ans avec le taux plancher.

Au contraire, «la BNS retrouve son indépendance et se redonne une marge de manœuvre», estime Charles Wyplosz. Ce professeur de macroéconomie à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève estime dans les colonnes du journal «Le Temps» que, «le plus probable, c’est que la BNS interviendra ponctuellement sur les marchés des changes quand il y aura de trop fortes pressions».

Fernando Martins Da Silva relève trois facteurs pour expliquer la décision de la BNS. Un facteur cyclique lié aux anticipations de voir effectivement la Banque centrale européenne (BCE) annoncer un rachat massif de dettes publiques. Ensuite, il y a l’incertitude liée aux élections législatives en Grèce et, enfin, il apparaît qu'au fil des mois le franc est devenu moins surévalué par rapport à la monnaie unique européenne que précédemment.

D'autres analystes invoquent de leur côté la crise du rouble et de l'économie russe.

Les partis gouvernementaux mitigés

A gauche, la conseillère nationale (députée) socialiste Susanne Leutenegger craint un «danger d’incendie» pour l'économie d'exportation nationale qui aura du mal à s’adapter au changement avec la zone euro, son principal client.

Le Parti démocrate-chrétien a aussi des craintes pour les emplois. «Pour le tourisme, pire que le manque de neige: l'abandon du taux plancher! Le spectre du franc fort et les cours qui font le yoyo sont poisons pour les emplois, l'export et le tourisme», a écrit son président Christophe Darbellay.

Bonne nouvelle par contre pour le Parti libéral-radical. Le conseiller national Andrea Caroni estime que le choix du cours plancher en 2011 s’était avéré «un instrument de crise convenable» mais avait créé des problèmes à d’autres secteurs ainsi qu’aux consommateurs suisses.

Thomas Aeschi, député de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), a estimé pour sa part que la situation ne pouvait être prolongée indéfiniment et qu’il s’agit maintenant d’un retour à la normale

Long combat contre le franc fort

1er janvier 2002: l’euro introduit dans douze pays de l'UE, à un taux situé entre 1,45 et 1,48 franc.

2004-2007: la croissance valorise la monnaie unique à 1,68 franc.

2008-2009: la crise financière la fait retombe sous 1,45 franc.

2010: la crise de la dette, notamment en Grèce, la fait chuter à 1,25 franc. La BNS tente en vain d'intervenir pour soutenir le cours.

Août 2011: les craintes d'une récession renforcent le franc, au point que l'euro arrive pratiquement à la parité.

6 septembre 2011: la BNS introduit un cours plancher de 1,20 franc pour un euro.

6 septembre 2012: la BNS reçoit le soutien de la Banque centrale européenne (BCE), qui calme les marchés en se disant prête à acheter de la dette publique.

31 décembre 2013: la BNS affiche une perte de 9,1 milliards de francs, l'empêchant de verser sa contribution à la Confédération et aux cantons.

18 décembre 2014: dans sa lutte contre le franc fort, la BNS décide de prélever dès le 22 janvier 2015 un intérêt négatif de 0,25% sur les avoirs en comptes de virement que détiennent les banques commerciales auprès de l'institut d'émission. La dévalorisation de l'euro face au dollar et la crise du rouble accentuent le phénomène.

9 janvier 2015: la BNS annonce un bénéfice record (38 milliards de francs) pour 2014 grâce aux gains sur les monnaies étrangères. Elle compte pouvoir reprendre la distribution d'un milliard de francs aux collectivités publiques.

15 janvier 2015: la BNS annonce l'abandon du taux plancher de l'euro et porte à -0,75% le taux d'intérêt.


swissinfo et les agences

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