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Alliance contre l’Etat islamique


L’Occident fait parler la poudre contre le terrorisme – sans la Suisse




Les miliciens de l'Etat islamique disposent de matériel lourd pris à leurs ennemis. (Keystone)

Les miliciens de l'Etat islamique disposent de matériel lourd pris à leurs ennemis.

(Keystone)

De plus en plus d’Etats occidentaux participent au combat armé contre la milice terroriste de l’«Etat islamique», soit avec des frappes aériennes, soit en livrant des armes à ses opposants. De son côté, la Suisse invoque sa neutralité et limite son action à l’aide humanitaire et à des engagements dans les organisations internationales. Ce faisant, elle agit correctement, juge un expert de l’islam.

L’Etat islamique n’est pas seulement une menace pour l’Irak et la Syrie, mais aussi pour les pays occidentaux, a estimé le président américain Barack Obama lors du dernier sommet de l’OTAN. Les Etats-Unis, qui combattent la milice depuis plusieurs semaines avec des frappes aériennes, veulent maintenant mettre sur pied une coalition.

Le Premier ministre britannique David Cameron envisage aussi des frappes aériennes. Début septembre, le gouvernement allemand a de son côté accepté de livrer du matériel (armes anti-char, mitrailleuses, fusils d’assaut, grenades, véhicules et munitions) aux Kurdes qui affrontent l’Etat islamique dans le nord de l’Irak. C’est la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale que l’Allemagne envoie du matériel militaire dans une zone en guerre.

Plan Obama

Le président américain Barack Obama a annoncé qu'il présenterait mercredi son plan d'action pour lutter contre l'Etat islamique, martelant qu'il ne prévoyait pas l'envoi de troupes américaines au sol et qu'il n'entendait pas lancer l'équivalent de la guerre en Irak.

Les représentants de dix pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Turquie, Pologne, Danemark, Canada, Australie) se sont réunis vendredi dernier en marge du sommet de l'Otan pour jeter les fondements d'une coalition, mais les objectifs concrets et les contours de cette dernière restent, à ce stade, assez vagues, tout comme le rôle que chacun des pays pourrait y tenir.

M. Obama, dont le discours de mercredi interviendra à la veille du 13e anniversaire des attentats du 11 septembre, réaffirme qu'il ne dispose pas, à ce stade, d'informations faisant état de menaces sur le territoire américain de la part de l'Etat islamique.

(Source: AFP) 

Il en va autrement de la Suisse. Certes, dans une réponse écrite à swissinfo.ch, le Département fédéral des Affaires étrangères précise que la Suisse condamne également «ces faits brutaux avec la plus grande fermeté» et «traite le dossier de l’Etat islamique conformément à ses obligations internationales». Mais sans armes. «La loi sur le matériel de guerre ne permet pas le commerce des armes avec l’étranger lorsque le pays de destination est impliqué dans un conflit armé», rappelle le DFAE. 

Faut-il ou non livrer des armes? 

Mais qu’est-ce qui est juste d’un point de vue éthique? Celui qui livre des armes doit en subir les conséquences. Mais celui qui n’en livre pas porte aussi une responsabilité, avait déclaré la chancelière allemande pour justifier les livraisons d’armes de l’Allemagne. Faut-il soutenir les Kurdes du nord de l’Irak avec des armes leur permettant de s’opposer à des terroristes bien équipés ou doit-on s’en tenir au principe selon lequel les conflits doivent être résolus politiquement et non militairement? 

«Il existe une perplexité générale dans le choix de la bonne stratégie. Nous nous trouvons dans une situation jusqu’à présent inédite», déclare le professeur Reinhard Schultze. Cet expert en islam d’origine allemande enseigne en Suisse, aux universités de Berne et de Fribourg. «D’un point de vue moral, on devrait tout entreprendre pour stopper les agissements assassins de l’Etat islamique. Mais il faut être conscient des conséquences pouvant résulter d’une action militaire», dit-il.

L’Allemagne ne veut soutenir avec des armes que les peshmergas, mais pas le PKK. D’où la question de savoir si ces derniers sont de plus mauvais Kurdes que les premiers. «C’est exactement ça le problème, juge le professeur. Il faut essayer de créer des alliances avec des partenaires fiables dans la région. Mais identifier des partenaires qui entrent d’une manière ou d’une autre dans l’horizon politique des Etats occidentaux n’est pas si simple.»

Mais Reinhard Schulze n’a pas non plus de réponse sur la manière de faire face à la terreur de l’Etat islamique sans la force des armes. Selon lui, il faut choisir entre deux maux. L’intervention militaire est aussi un problème, car «ce serait un succès de propagande pour l’Etat islamique, qui pourrait ainsi encore plus se présenter comme la vraie force de l’islam qui se dresse contre l’Occident». 

Situations exceptionnelles

Angela Merkel est également consciente du fait que le conflit ne peut pas être réglé militairement. La clef pour une pacification de l’Irak réside dans un processus politique incluant tous les groupes de population, d’après la chancelière. Il existe toutefois des situations exceptionnelles «dans lesquelles seuls les moyens militaires permettent d’avoir à nouveau une option politique», avait-t-elle déclaré.

Il devrait aussi être dans l’intérêt de la Suisse que d’autres pays entament le combat armé contre l’Etat islamique. Le gouvernement suisse constate une augmentation du nombre de voyageurs dans les zones de l’Irak et de la Syrie contrôlées par les djihadistes. Le DFAE n’exclut pas «que des djihadistes ayant des liens avec la Suisse puissent être impliqués dans l’organisation et l’exécution d’attentats, même à l’extérieur de la zone de conflit. Selon le service de renseignement de la Confédération, il y a 40 djihadistes de Suisse en Somalie, en Afghanistan, au Yémen, en Irak et en Syrie. Actuellement, l’objectif préféré des combattants est la guerre sainte en Syrie. Certains de ces djihadistes représentent un danger potentiel lors de leur retour», note encore le DFAE.

La Suisse a placé ce thème sur l’agenda politique de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dont elle assure actuellement la présidence. En outre, selon le DFAE, la Suisse a soutenu la tenue d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme à Genève. Egalement présent à Genève, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a reçu mandat d’enquêter sur les violations des droits de l’hommes commises par l’Etat islamique.

Attendre et espérer?

Reste à voir si l’Etat islamique se laissera impressionner par de telles mesures. Obama, Cameron, Merkel et compagnie en doutent. A l’adresse de ceux qui exigent qu’une solution soit trouvée par le biais des Nations-Unies, la chancelière allemande a répondu: «Pouvons-nous attendre et espérer que d’autres se chargent de ce danger urgent? Non. Cela ne correspond pas à notre conception de la responsabilité dans cette situation.»

Et à quoi correspond la conception de la responsabilité en Suisse? L’un des principaux piliers de sa politique extérieure est le principe de la neutralité. Cela signifie qu’un Etat ne participe pas à des conflits armées entre d’autres Etats. Mais est-ce un argument suffisant pour laisser à d’autres la tâche de stopper la terreur islamiste?

«Je ne crois pas que ce soit un échappatoire, si la Suisse ne participe pas au soutien militaire des Kurdes ou du gouvernement irakien ou même syrien, affirme Reinhard Schulze, en insistant sur le fait que le régime de Bashar El Assad est en première ligne contre les milices de l’Etat islamique. L’Occident s’est mis lui-même hors-jeu en réagissant de manière erronée au Printemps arabe, en particulier en Syrie.

Aide suisse

Cette année, la Suisse jusqu’à présent alloué 8,6 millions de francs pour soutenir ses organisations partenaires (CICR, Save the Children Suisse et le Conseil norvégien des réfugiés) qui œuvrent en faveur des personnes déplacées en Irak.

Par ailleurs, trois experts du Corps suisse d’aide en cas de catastrophe ont été déployés au nord de l’Irak pour soutenir des mesures d’aide humanitaire dans le cadre de l’action des Nations unies. L’envoi de personnel supplémentaire est actuellement à l’étude, indique le DFAE.

Depuis mars 2011, date du début des troubles en Syrie, l’engagement humanitaire en faveur des victimes de la guerre en Syrie a atteint  85 millions de francs. 

Pour le professeur, on a laissé échapper l’occasion de soutenir des mesures structurelles qui aurait amené à une stabilisation ou même une chute du régime syrien. «Ce fut un grand acte manqué, observe-t-il. Cela a totalement sapé le statut moral de l’Occident aux yeux du monde arabe, au plus tard après les attaques au gaz à Damas.»

Question de frontières

Aux yeux du professeur, un moyen de sortir du chaos serait de dissoudre les vieilles frontières en Syrie et en Irak. Il faudrait instaurer de nouvelles structures capables de fournir une plus grande autonomie à certaines régions. «On pourrait par exemple imaginer un Etat sunnite dans la zone irako-syrienne, où les élites locales et les tribus pourraient résister à la domination des 40'000 hommes de l’Etat islamique, qui représentent à peine 0,5% de la population», illustre-t-il.

Mais la diplomatie internationale, très attachée au principe de l’intangibilité des frontières, est encore bien loin de partager de telles vues. Et ce n’est pas le DFAE qui dira le contraire. «Conformément au droit international, la souveraineté territoriale et l’intégrité doivent être respectées», écrit-il.


(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard), swissinfo.ch



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