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Municipales en France Une défaite «historique» pour François Hollande

Marine Le Pen a le sourire: son parti, le Front national, revendique 1200 conseillers municipaux, soit une progression de plus de 1000 élus.

(AFP)

Les quotidiens helvétiques accordent une large place ce lundi à la déroute de la gauche française lors des élections municipales. La percée du Front national est vue par les éditorialistes comme un symptôme de la crise profonde que traverse actuellement l’Hexagone.

«Tempête sur la France – le pouvoir de la gauche secoué», titre la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). «Beaucoup d’exécutifs locaux n’ont pas résisté à la vague de mécontentement que suscitent le gouvernement et le président de la République», constate L’Express de Neuchâtel. «Le pouvoir socialiste et son président, François Hollande, ont subi un revers historique», notent 24heures de Lausanne et la Tribune de Genève.

La gauche française a perdu dimanche plus de 150 villes de plus de 10'000 habitants par rapport aux dernières élections municipales de 2008, «dont de nombreux bastions réputés imprenables et qui constituaient des places fortes du socialisme municipal», constate lemonde.fr. La droite - l'UMP et ses alliés du centre-droit - enregistre quant à elle «une victoire qui va au-delà de ses espérances».

Dans les urnes, la gauche n’a même pas réussi à mobiliser son propre électorat pour éviter la débâcle humiliante du premier tour, relève La Regione. «Durant l’entre-deux tours, le silence embarrassé du chef de l’Etat n’a fait qu’appesantir le climat; le sentiment du pire et de l’irrémédiable étaient dans l’air», écrit le quotidien tessinois.  

Un «symptôme de la crise française»

Outre cette défaite pour la gauche au pouvoir, le deuxième tour des élections municipales de dimanche marque une percée remarquée du Front national. Quasiment absent depuis plus de dix ans du paysage politique local en France, le parti d’extrême-droite fait son retour en remportant une dizaine de mairies de plus de 10'000 habitants, confirmant notamment  son ancrage dans le nord et le sud du pays.

«Les débuts laborieux et politiquement illisibles de François Hollande, conjugués à la récurrence des ‘affaires’ affectant les deux camps et à un encéphalogramme économique affligeant, ont largement déprécié les espoirs liés à la classique alternance gauche-droite. Sur ce terreau asséché, là surtout où croissent le chômage et l’insécurité, la vague ‘Bleu Marine’ a fait son lit – modeste, mais bien présent», écrit ainsi La Liberté de Fribourg.  

A l’instar de l’Aargauer Zeitung, les quotidiens germanophones s’inquiètent également du succès du parti de Marine Le Pen: «La marche en avant des ‘frontistes’ n’est pas seulement un symptôme de l’économie française qui va de travers avec ses plus de 3 millions de chômeurs. Elle révèle de plus en plus une crise politique: la nouvelle ‘troisième force’ du pays jette aux oubliettes le système bipartite mis en place par Charles de Gaulle en 1958. Une crise nationale n’est pas loin.»

La NZZ y décèle quant à elle un «symptôme de la crise française et un succès sensationnel» pour le Front national. Mais bien que Marine Le Pen donne volontiers l’impression qu’elle est sur le point de prendre le pouvoir, le FN reste un parti de protestation avec une force d’attraction limitée. «Dans les mairies qu’ils avaient conquises par le passé, les frontistes se sont pour la plupart rapidement discrédités. Les Français pourront, espérons-le, rapidement constater dans des villes comme Fréjus et Bézier combien ils manquent d’idées et de compétences», écrit le quotidien zurichois.

Plus redoutable que son père

Le Corriere del Ticino estime quant à lui que cette percée du Front national est un phénomène que l’on ne peut désormais plus observer avec condescendance. Le mérite en revient surtout à Marine Le Pen, qui a réussi à «transformer le parti d’extrême-droite de son père en une formation populiste interclasses en mesure d’attirer les électeurs de différentes origines».

Pour La Liberté, «la stratégie de Marine Le Pen, plus redoutable que son père dont elle cultive l’héritage mais en le dépouillant de son emballage repoussant, repose sur les piles éprouvées de l’extrême droite. Elle vomit dans un même rejet les partis traditionnels, charge l’immigration de tous les péchés et prône le souverainisme. Elle flatte de surcroît la foi si française en l’homme providentiel et en l’Etat-providence.»

Au-delà des frontières françaises, la victoire confirmée du Front national représente un signal clair pour l’Europe, poursuit le Corriere del Ticino: «Un ‘j’accuse’ contre les politiques de Bruxelles, qui tente de mobiliser sous le même toit tous les ennemis de l’euro, de la globalisation et des politiques d’austérité imposées par l’Union européenne. Un message et un défi que les partis traditionnels doivent entendre et combattre, non sans crainte».

La Suisse a également de quoi regarder avec crainte les développements chez son voisin français, estime pour sa partla Berner Zeitung. «Avec la menace Le Pen dans le dos, le gouvernement français va encore se raidir à l’égard de l’extérieur. Sur des questions telles que le secret bancaire, la libre circulation des personnes ou l’impôt sur les successions, Berne doit s’attendre à un tour de la vis ces prochains temps.»

Marge de manœuvre étroite pour Hollande

Les regards se portent désormais vers François Hollande, dont beaucoup attendent un remaniement ministériel rapide pour tenter de relancer la machine socialiste au pouvoir. «Dans une France en crise économique et morale, la marge de manœuvre de François Hollande est étroite. Pourtant, la claque d’hier pourrait le pousser à faire enfin preuve de leadership. Mais en est-il seulement capable? Toute la question est là», s’interrogent 24heures et la Tribune de Genève

«Un remaniement ministériel serait l'option la plus simple. Hollande n’apprécie toutefois guère cette voie, il est considéré comme un fidèle en politique. Et son terne Premier ministre Jean-Marc Ayrault un ami loyal. Mais il devra bien le sacrifier», souligne le Tages-Anzeiger. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls – «un homme aux penchants autoritaires et à la popularité acceptable» - est celui qui a le plus de chances de lui succéder, note le quotidien zurichois.

L’option la plus complexe aux yeux du Tages-Anzeiger serait d’opérer un changement de ligne politique. Mais François Hollande ne peut pas revenir en arrière sur son «pacte de responsabilité» présenté au début de l’année et qui prévoit 50 milliards d’allégements fiscaux pour les entreprises de l’Hexagone. «Tout au plus pourrait-il agrémenter ce pacte d’un brin de justice sociale, afin d’apaiser ses électeurs socialistes. Mais l’argent manque pour cela, les déficits sont depuis longtemps hors de contrôle».

Seul espoir pour le président dans ce contexte morose, une inversion des cycles économiques, note enfin le Tages-Anzeiger. «Tôt  ou tard, l’économie va recommencer à croître, créer des emplois, et balayer la grande dépression que connaît le pays. Tôt ou tard, ses réformes courageuses porteront leurs fruits. Mais si cela n’arrive pas très vite, alors il sera ‘cuit’, sans aucune chance de réélection pour 2017».

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