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Revue de presse internationale


Le non à «la lutte des classes» fait des vagues à l'étranger


Par Isabelle Eichenberger


L'affiche de l'initiative a été très présente dans les rues. (Reuters)

L'affiche de l'initiative a été très présente dans les rues.

(Reuters)

Le refus dimanche de l’initiative 1:12 visant à limiter les hauts salaires à 12 fois le plus bas salaire d’une entreprise a déclenché un large écho dans la presse internationale. De nombreux titres mettent l’accent sur les mérites de la démocratie directe et la «sagesse» des Suisses.

«Bon dimanche pour les patrons: les Suisses ne plafonnent pas les salaires». Rue89 juge «intéressant que cette idée fracassante soit lancée en Suisse, un pays riche, stable, où l’argent est au cœur de l’économie». Le site d’information français rappelle un des faits qui ont «alimenté le débat»: la «polémique liée au chèque de 58 millions d’euros promis au président de Novartis, Daniel Vasella, pour son départ en retraite. Une polémique qui avait surtout pesé dans la campagne autour la précédente initiative «contre les rémunérations abusives» de mars dernier.

«Un parachute doré auquel il a finalement dû renoncer», précise Le Monde. Les deux médias français mentionnent également la pression exercée par le monde économique qui sont «vent debout» pour défendre «l’attractivité de la Suisse» en menaçant de quitter le pays en cas d’acceptation de la proposition.

Même son de cloche dans le Jornal Expresso au Portugal: «Nestlé ou Novartis menaçaient de déménager leur siège ailleurs. Les Suisses, même dans la discrétion d’un local de vote, sont prudents (…), ils rejettent cette initiative qui concerne seulement les gros bonnets de 0,3% des entreprises.»

Initiative «communiste»

Les médias russes ont carrément surnommé le texte «l’initiative communiste». Le quotidien d’affaires Kommersant constate que «le système suisse des rémunérations est un des plus libéraux du monde». La Novaya Gazeta s’est livrée à une analyse des diverses «initiatives salariales» la veille des votations. Et conclut que «si les Suisses débattent des salaires, c’est… parce qu’ils sont riches»!

Rappelant que la Suisse est devenue en 2011 le premier pays au monde où la fortune a dépassé 500’000 dollars par personne, le média russe d’opposition poursuit: «Le lien entre le travail et l’argent est déjà rompu par les riches et les ultra-riches. L’argent qu’ils gagnent n’a aucun rapport avec leurs efforts et leur savoir-faire. Ils vivent dans le monde où le travail est devenu un moyen de passer le temps d’une façon agréable». Et de souhaiter que «l’heure soit venue pour tout le monde de suivre les Suisses dans ce monde heureux de libre choix.»

«Si l'initiative était acceptée, ce serait une leçon historique pour la planète entière. Surtout parce qu’elle ne serait pas donnée par la Corée du Nord rançonnée par les féroces épigones du socialisme réel, mais par la très civile Suisse anoblie par ses gnomes laborieux du capitalisme global.» C’est ce qu’on pouvait lire en Italie dans La Repubblica, la veille du scrutin.

«Sens des responsabilités»

«Les Suisses disent non à la lutte des classes», titre le quotidien conservateur allemand Die Welt lundi pour rendre hommage, lui, au «sens des responsabilités des Suisses». «Le non est un signal clair contre tout dirigisme étatique en même temps qu’une marque de confiance dans l’économie de marché».

Certains titres saluent un «signal de modération» comme Il Sole 24 Ore. Le titre économique italien commente: «ce serait une erreur de penser que la Suisse a renoncé à s’indigner à propos des hauts salaires et des bonus malgré la crise financière. Simplement, ces électeurs pragmatiques ne veulent pas exagérer dans le sens inverse en définissant un plafond qui nuirait au recrutement des cadres et pourrait être contre-productif pour l'économie.»

Le Wall Street Journal salue, lui, la «sagesse des Suisses» et déplore le «caractère émotionnel» de l’initiative 1:12. «Il n’y a pas de table de la loi en matière de salaires. (…) Le résultat pratique d’un ‘succès’ du texte aurait rendu la Suisse plus pauvre et moins attrayante pour les investisseurs étrangers». Et le quotidien financier américain de rendre hommage aux Suisses d’avoir trouvé de moins en moins séduisant le mirage de la redistribution offert par le texte.»

Les mérites du système

Au Chili, La Nación parle aussi d’indignation et envie «le système suisse de démocratie directe qui permet à la colère populaire de se traduire plus facilement en actes».

Une experte britannique explique dans The Guardian: «Bien que ce soit un vote négatif, la question est toujours très actuelle, puisque le Royaume-Uni n’a mis en œuvre une loi permettant aux actionnaires de fixer la rémunération des cadres supérieurs que le mois dernier, et puisque la France et l'Allemagne sont encore en train d’y réfléchir.»

swissinfo.ch

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