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Procès d’un ex-manager d’UBS


La presse suisse soulagée par l’acquittement de Raoul Weil




Raoul Weil peut avoir le sourire: accusé d'avoir aidé des milliers d'Américains à frauder le fisc de leur pays, il a été acquitté au terme de deux semaines de procès.  (Keystone)

Raoul Weil peut avoir le sourire: accusé d'avoir aidé des milliers d'Américains à frauder le fisc de leur pays, il a été acquitté au terme de deux semaines de procès. 

(Keystone)

«Bouffée d’oxygène», «pression relâchée», «libération»: l’échec des procureurs américains à condamner l’ex-no3 d’UBS est de bon augure pour les banques helvétiques, estime une bonne partie de la presse de ce mercredi. Quant au gouvernement suisse, il est accusé d’avoir cédé trop rapidement aux exigences de Washington.

«En soi, ce jugement est important et constitue une victoire pour tous les banquiers dont le nom pourrait être associé aux dossiers de contribuables peu scrupuleux. Il fait la preuve que la justice américaine fonctionne à charge et à décharge des justiciables, indépendamment des apparences et du climat politique», écrit Le Temps de Genève, au lendemain de l’acquittement de Raoul Weil, ancien responsable de la gestion de fortune d’UBS, qui était accusé d’avoir aidé 20'000 riches Américains à échapper au fisc de leur pays.   

Reste que cet acquittement en étonne plus d’un, dont l’éditorialiste de La Liberté de Fribourg: «Marqué au fer rouge par six années d’instruction, une arrestation ultra-médiatisée à Bologne en octobre 2013, une extradition et un procès de quinze jours, Raoul Weil passait pour le coupable idéal. Un sentiment encore renforcé par l’amende faramineuse infligée à son ex-employeur par l’Etat américain. Et voilà qu’il échappe à l’ombre où on a voulu le jeter. Libre sous le soleil de Floride».

La Tribune de Genève relève que «cet accès de faiblesse laisse apparaître une brèche pour la douzaine de banques helvétiques qui croisent encore le fer avec le Ministère américain de la justice – et tentent à tout prix d’éviter la case procès.» Des points importants ont été discutés et clarifiés lors de ce procès, renchérit la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), qui y voit un signal positif pour la place financière suisse.

«Tout d’abord, il a été confirmé que les Etats-Unis ont expressément autorisé en 2001 les banques suisses à accompagner des clients américains sans en référer automatiquement au fisc. Deuxièmement, il a été montré que le secret bancaire suisse est bien plus qu’une loi visant à protéger les fraudeurs du fisc», écrit le quotidien zurichois, rappelant que cet instrument a servi à protéger la sphère privée en ce qui concerne les fonds provenant de l’Holocauste.

Raoul Weil, ce héros

Autre quotidien proche des milieux bancaires helvétiques, L’Agefi de Genève estime ni plus ni moins que Raoul Weil est «un héros national en Suisse», lui qui a eu le courage remarquable de plaider non coupable, risquant de subir cinq ans de réclusion.

Cet épisode vient rappeler quelque chose d’assez simple aux yeux de L’Agefi: «Des fraudeurs ont fait des dépôts clandestins en Suisse, c’est leur affaire. Les faits remontent à une époque où les visites de correspondants bancaires sur territoire français ou américain ne semblaient guère problématiques (…) Il est trop facile de changer brusquement et rétroactivement le niveau de répression».

Le commentateur du Tages-Anzeiger se montre plus circonspect: certes, l’acquittement de Raoul Weil est justifié d’un point de vue juridique, mais il laisse de nombreuses questions ouvertes sur la responsabilité des dirigeants des banques suisses. «Les rémunérations élevées des top-managers sont volontiers associées à la responsabilité qui pèse sur leurs épaules, mais il est très rare qu’ils soient prêts à assumer les fautes commises au sein de leur banque.»

Pas la fin des ennuis

Si l’acquittement de Raoul Weil est clairement une défaite pour les procureurs américains, cela ne les dissuadera pas de lancer d’autres poursuites. «Le Département de justice gagne 90% de ses affaires, mais il est toujours délicat de s’en prendre à des top managers qui peuvent à leur tour accuser leurs employés ou leurs clients», affirme Nathan J.Hochman, ancien responsable du Département de justice, à swissinfo.ch.

«Le Département de justice apprend très bien de ses erreurs et ne va pas commettre à nouveau la même erreur. La prochaine fois qu’il s’engagera dans un procès, il fera en sorte d’avoir des preuves plus solides. Il ne veut pas perdre une autre affaire et s’attaquera donc certainement à un nombre plus restreint de cas, mais sur des bases plus solides».

swissinfo.ch

La défaite de Berne

En jetant un regard dans le rétroviseur, la Basler Zeitung se pose la question de savoir si la menace d’une plainte pénale proférée à l’encontre d’UBS en 2009 tenait véritablement la route. Sous la pression, la Suisse avait alors livré 250 noms de contribuables américains soupçonnés d’avoir fraudé le fisc de leur pays en outrepassant le secret bancaire. Ce fut le premier coup important donné à cette institution helvétique qui sera définitivement enterrée en 2015 avec la mise en place de l’échange automatique d’information pour les clients étrangers des banques suisses.

Même son de cloche dans le Giornale del popolo, qui titre en Une: «La victoire de Weil, la défaite de Berne». L’acquittement de l’ex-no3 d’UBS intervient alors que les banques helvétiques et la Confédération ont piétiné «non seulement le secret bancaire suisse, mais également tous les droits des travailleurs et les dispositions relatives à la protection des données», en transmettant toutes les informations exigées par les Etats-Unis, souligne le quotidien italophone.

Pour l’éditorialiste du journal basé à Lugano, «les institutions suisses, même au-delà du système bancaire, en sont sorties avec les os brisés». Et de souligner que c’est «tout un pays, la Suisse, qui s’est agenouillée devant l’acte d’accusation du Département américain de justice.» Ce même acte d’accusation qui n’a pas résisté à l’examen indépendant d’un jury populaire.

Quid des «petits poissons»?

Pour la Liberté, une question demeure toutefois au terme de ce procès: les mailles du filets de la justice américaine laisseront-elles également filer les petits poissons? «On les dit rassurés par ce verdict. Obligés de passer leurs vacances dans les Grisons depuis les révélations de Bradley Birkenfeld, ils espèrent à nouveau faire du tourisme aux Etats-Unis. Sans arrêt par la case prison».

La Tribune de Genève estime pour sa part que l’acquittement de l’ancien «big boss» de la gestion de fortune d’UBS n’apparaît que de peu de secours pour les «petits» chargés de clientèle toujours menacés de prison aux Etats-Unis. «Ces derniers n’ont pas les millions de dollars requis pour s’adjoindre les meilleurs avocats et leurs noms sont cités dans trop de documents présentés par leurs clients américains repentis», écrit le quotidien genevois.  

Quant à L’Agefi, il conclut: «Le cas Raoul Weil n’est peut-être pas un tournant dans le pénible et interminable règlement du passé des clients étrangers et irréguliers des banques suisses, mais il devrait redonner une partie de la confiance perdue».

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