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Projet pilote


Comment aider les immigrants à bien vieillir en Suisse


Par Jeannie Wurz


La Suisse est première sur 96 pays, selon l’Indice mondial AgeWatch2015 qui classe annuellement les pays selon le bien-être social et économique de leurs résidents âgés. (Keystone)

La Suisse est première sur 96 pays, selon l’Indice mondial AgeWatch2015 qui classe annuellement les pays selon le bien-être social et économique de leurs résidents âgés.

(Keystone)

Ils sont venus en Suisse comme travailleurs ou réfugiés, sans forcément penser qu'ils y passeraient leur retraite. Pour les aider, un projet leur permet de mieux connaître les différents services en faveur des personnes âgées.

C’est le premier jour de l’opération Gemeinsam in die Zukunft (Ensemble vers l'avenir) - un projet initié en 2014 par les villes du canton de Berne, dont la capitale du même nom, ainsi que Bienne et Langenthal.

Dans le centre de formation de la Croix-Rouge suisse à Berne, les participants âgés de 30 à 64 ans reviennent de leur pause du matin, bavardant en allemand. Représentants des communautés italienne, espagnole, portugaise, turque, albanaise, serbe, croate et tamoule en Suisse, ils sont venus pour apprendre à animer des tables rondes avec les membres âgés de leurs communautés.

L'objectif du programme est d'aider les résidents étrangers âgés à avoir accès aux informations officielles sur des sujets tels que la nutrition, la santé mentale, les assurances sociales et la retraite, et leur indiquer les services disponibles.

«Nous avons constaté directement et entendu des institutions spécialisées que les migrants, femmes et hommes, venus dans les années 1960 et 70, n’utilisent pas ou peu les services locaux pour les personnes âgées, relève Sibylle Vogt, coordonnatrice du cours. Soit ils ne connaissent pas les services, soit ils n’osent pas y recourir, peut-être en raison de difficultés de langue. Ce qui est clair, c’est qu’ils manquent d'informations. Il y a un besoin de connaissance, d'échange, de conseils, d'accès. »

Atteindre le groupe cible

En 2014, 11% des résidents de plus de 60 ans dans la ville germanophone de Berne étaient des étrangers, un taux proches de la moyenne nationale. Le projet vise, dans la capitale suisse, quelque 2000 étrangers âgés qui ne sont pas en mesure de rechercher des informations en allemand. Cela inclut les anciens travailleurs saisonniers en provenance d'Espagne et l'Italie, mais aussi des réfugiés des guerres des Balkans dans les années 1990. Beaucoup de ces personnes ont conservé leur propre culture et leur langue dans leurs communautés très unies.

Selon Evelyn Hunziker, du centre de compétence de Berne pour le vieillissement, une agence de la municipalité soutenant le projet, il est logique de leur tendre la main.

Par exemple, «les gens qui sont venus de Turquie il y a 40 ans se représentent une maison de retraite comme celles qui existaient en Turquie à l’époque - une chambre avec une douzaine de personnes dans des lits en fer. Ils imaginent qu'une maison de retraite ici est tout aussi terrible», relève Evelyn Hunziker. Sans information adéquate, ils n’ont aucune chance de remettre en question leurs idées reçues, dit-elle. «C’est important qu'ils puissent réaliser qu’aujourd’hui, c’est différent, en Suisse et en Turquie.»

L’état de santé constitue un autre problème. Les immigrants ont tendance à être en moins bonne santé que les citoyens suisses, selon Evelyn Hunziker. Leur fournir des conseils en matière de nutrition et d'activité physique peut améliorer leur bien-être et leur santé, tout en leur évitant des coûts à long terme.

«Si nous ne faisons rien, cela finira par coûter beaucoup plus cher que si nous passons un peu de temps pour faire de la prévention, dit-elle, que les gens soient Suisses ou étrangers.»

Entrer en contact avec ces résidents vieillissants s’est avéré difficile, cependant. Beaucoup de vieux immigrés hésitent à faire confiance à l’administration, selon Evelyn Hunziker. «Il est clair qu'ils préfèrent obtenir des informations des leurs que d'une agence officielle.» Un constat qui a motivé le lancement du programme «Ensemble vers l'avenir».

Former les animateurs

Quatorze personnes - deux hommes et 12 femmes - sont enregistrées pour le cours qui a commencé en octobre 2015. Outre leur provenance d'un grand nombre de pays, ils ont également des profils professionnels variés, de traductrice pour adulte à éducatrice en passant par infirmière en gériatrie.

Agée de 30 ans, Paola Oggiano travaille pour un syndicat italien et comme bénévoles pour les membres âgés de son église. Pour elle, «Ensemble vers l'avenir » est l'occasion d'établir un contact personnel avec les gens. Participer au cours constitue une expérience unique: «J’apprécie toujours d’être avec des gens de différentes cultures et de langues différentes.»

Paola Oggiano voit le cours comme un moyen d'acquérir les connaissances qui «peuvent m’aider à mener mon activité de bénévole beaucoup mieux qu’aujourd’hui. »

En plus de savoir où l'information peut être obtenue, les participants apprennent les méthodes pour faire passer cette information auprès de leur communauté. Comment puis-je animer une table ronde? Comment puis-je aider les gens à développer la confiance nécessaire pour entrer en contact avec l’administration?

Suela Kasmi, 42 ans, est venue d'Albanie en 1992. «Je ne parlais pas l’allemand, juste l’anglais et l’italien, en plus de l'albanais» dit-elle. Aujourd'hui, Suela Kasmi travaille dans un centre qui offre un soutien pour les jeunes mères, en particulier dans des programmes pour les immigrants. Elle a pris part en 2014 au programme pilote «Ensemble vers l'avenir».

«On m'a demandé de participer, dit-elle. Je suis surtout intéressée par les familles et les enfants. Mais je suis très connue dans ma communauté. J’ai beaucoup de contacts, aussi bien avec des enfants que des adultes. Il est facile pour moi de communiquer, à la fois avec des groupes et des individus.»

Des gens comme Suela Kasmi sont considérés à Berne comme des "Schlüsselpersonen" - des médiateurs clés entre l’administration locale et les communautés d'immigrés.

«C’est important d’obtenir un large soutien, souligne Evelyn Hunziker. Plus nous connaissons de gens dans les différents milieux culturels, plus nous obtenons des informations sur les besoins de ces communautés.»

Soutien aux immigrants

La Suisse est apparemment un bon endroit pour vieillir, que l’on soit suisse ou étranger. Le pays est classé 1er sur 96 pays par l’Indice mondial Global AgeWatch 2015, qui classe annuellement les pays selon le bien-être social et économique de leurs résidents âgés.

«Avec près de 24% de sa population de plus de 60 ans, la Suisse dispose d'une gamme de politiques et de programmes sur la vieillesse active (active ageing), la promotion des savoir-faire, la santé et l'environnement favorable pour les personnes âgées», dit le rapport de AgeWatch. Le pays est bien considéré pour ses transports publics, l'espérance de vie (83 ans pour les Suisses), et le soutien des amis et de la famille.

Les immigrants ne sont pas les seules personnes âgées qui ont besoin de soutien. Pourquoi, alors, les organismes suisses et les administrations locales s’intéressent-ils à leurs cas?

«L'énoncé de la mission de la ville de Berne dit que nous voulons que la qualité de vie des personnes âgées dans la ville soit élevée, répond Evelyn Hunziker. Ce qui implique naturellement d'être informé des services disponibles."

Selon la coordinatrice du cours Sibylle Vogt, «ce sont des services dont tout le monde a droit. Mais de nombreux immigrants ne savent pas qu'ils ont ce droit à l'information, à un soutien financier. Et nous espérons être en mesure de les convaincre qu'ils peuvent exiger l'égalité des chances dans ce domaine.»

Un avis que partage Evelyn Hunziker: «Nous sommes ici pour tous les résidents, pas seulement les Suisses.»


Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch

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