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Réchauffement climatique


La Suisse aide l’Inde à affronter les colères du temps




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Himalayan vilager (Keystone)

Dans l'Himalaya aussi, la fonte des glaciers est devenue un thème d'actualité.

(Keystone)

L’Inde est l’un des principaux émetteurs de dioxyde de carbone dans le monde. Les communautés rurales et isolées du pays sont par ailleurs frappées de plein fouet par le changement climatique. L’aide suisse au développement tente de s’attaquer à ces deux problèmes étroitement liés.

Dans son discours d’investiture en qualité de ministre indien de l’Environnement, Prakash Javadekar a dévoilé la stratégie du nouveau gouvernement en la matière. «Nous croyons qu’il est possible de concilier croissance et protection de l’environnement. Après tout, la pauvreté est le plus gros obstacle à l’environnement.»

Ce message ressemble étonnamment à celui prononcé par l’ancien Premier ministre indien Indira Gandhi, lors de la première Conférence mondiale des Nations Unies sur l’environnement humain de Stockholm, en 1972. «Nous ne voulons pas appauvrir encore un peu plus l’environnement et pourtant, nous ne pouvons pas oublier la sordide pauvreté de trop de gens. Pauvreté et nécessité ne sont-elles pas les plus grands pollueurs?», s’était-elle demandé.

Beaucoup de choses ont changé depuis 1972. Pour commencer, l’Inde ne fait plus partie des pays les plus pauvres de la planète. Selon les chiffres de la Banque mondiale, son Produit national brut a pratiquement décuplé, passant de 130 dollars (120 francs) en 1972 à 1290 dollars (1185 francs) en 2010. Durant la même période, ses émissions de dioxyde de carbone ont plus que quadruplé, passant de 0,4 tonne à 1,7 tonne par tête, ce qui fait actuellement de l’Inde le troisième plus gros émetteur de CO2 dans le monde.

Ces dernières années, la position de l’Inde sur la question de sa responsabilité en matière de réduction de l’empreinte carbone s’est assouplie. Au Sommet de Copenhague 2009, elle s’est engagée à réduire d’ici 2020 ses émissions de 20 à 25% par rapport aux niveaux de 2005. L’actuel gouvernement a également rebaptisé symboliquement le ministère de l’Environnement et des Forêts, appelé désormais ministère de l’Environnement, des Forêts et du Changement climatique.

Cette combinaison de vulnérabilité et de croissance en hausse place l’Inde dans une position unique aux yeux de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC). Pour cette dernière, l’Inde n’est pas un pays prioritaire, étant donné qu’elle est relativement bien lotie en comparaison des pays les plus pauvres. Cependant, sa part croissante dans les émissions de gaz à effet de serre ainsi que sa fragilité face aux effets du changement climatique ne peuvent pas non plus être ignorées.

«Lorsqu’il s’agit de choisir un pays avec lequel travailler dans le cadre du Programme global changement climatique de la DDC, l’un des principes est de vérifier où l’on peut avoir le plus d’efficacité. Des pays émergents comme l’Inde ou la Chine figurent parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre et sont donc des acteurs importants dans les négociations sur le changement climatique. Ils ont pour nous un plus grand impact, comparativement à des pays à bas revenus», déclare Janine Kuriger, responsable du bureau de la DDC à la Nouvelle Dehli.

Partage de connaissances

Un classement mondial place la Suisse en 3e position en matière de disponibilité à faire face à la menace du changement climatique, alors que l’Inde ne pointe qu’à la 120e place. Toutefois, cette dernière a le potentiel de s’améliorer dans ce domaine grâce à un transfert de savoir-faire suisse.

Selon Janine Kuriger, les Alpes et l’Himalaya font face à des défis similaires en raison du changement climatique. Dans les deux régions, on s’attend à une hausse des températures, à un changement du régime des précipitations et à une augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles, par exemple des inondations.

C’est pourquoi l’adaptation de l’Himalaya au changement climatique est l’un des dossiers où la Suisse apporte son aide à l’Inde. Le Programme pour l’adaptation de l’Himalaya indien au climat (IHCAP) promeut la collaboration entre glaciologues suisses et indiens, afin de mieux surveiller le recul des glaciers. «Nous avons été directement approchés par le gouvernement indien pour former des glaciologues, car il n’y avait pas assez de spécialistes dans ce pays», précise Janine Kuriger.

La préparation aux catastrophes liées au climat est un autre domaine où l’Inde est vulnérable. En juin 2013, quelque 5700 personnes ont perdu la vie en raison d’inondations dévastatrices dans l’Etat himalayen de l’Uttarakhand. Les crues ont été provoquées par une augmentation de 400% des précipitations sur deux jours, conjuguées à une grande quantité d’eau provenant du débordement des lacs glaciaires.

Ces lourdes pertes humaines sont en partie à mettre sur le compte de l’absence d’une stratégie claire en matière de préparation et de réaction aux catastrophes. Le caractère inadapté de l’information, de la prise de conscience et de la préparation a transformé le risque en catastrophe, selon un rapport de l’Institut indien de la gestion des catastrophes.

Or la gestion du risque dans les zones de montagne est l’une des forces de la Suisse qui peut être adaptée à l’environnement indien. «Reposant sur trois volets qui sont la prévention, la préparation et la réaction, l’approche suisse peut être transposée au scénario indien et aider des communautés à répondre à des événements extrêmes. Si nous considérons la catastrophe qui a eu lieu l’an dernier dans  l’Uttarakhand, nous constatons qu’une meilleure analyse des risques et des intervenions opportunes peuvent sauver beaucoup de vies», déclare Janine Kuriger.

Outre l’Himalaya, la DDC aide aussi l’Inde à résoudre le problème du manque d’eau, en particulier dans les régions semi-arides du pays qui dépendent d’une agriculture alimentée par les pluies. La hausse des températures et les changements dans le régime des précipitations vont encore exacerber le problème dans ces régions. Il faut donc encourager les agriculteurs locaux à adopter une stratégie durable et adaptée qui englobe la gestion et la préservation de l’eau ainsi qu’un changement des modes de culture.

Défis et opportunités

L’un des plus grands défis de la DDC en Inde a été de convaincre les communautés rurales d’abandonner certaines pratiques traditionnelles et d’adopter de nouvelles techniques qui les aideront à mieux s’adapter au changement climatique. Une bonne compréhension des risques et une incitation financière claire peuvent contribuer à changer les attitudes, selon la DDC.

«Il est important que les gens soient bien informés sur le changement et convaincus qu’ils s’en sortiront économiquement mieux s’ils s’adaptent», relève Janine Kuriger.

Membre de Frères de nos Frères, une ONG qui travaille sur un projet financé par la DDC à Odisha, Annette Etienne est convaincue que le succès engendre le succès. «Lorsque les villages voisins voient les progrès réalisés, ils veulent la même chose pour eux-mêmes», dit-elle.

«Les femmes, spécialement les jeunes, sont très désireuses d’apprendre et d’adopter de nouvelles technologies si celles-ci leur apportent des revenus; elles sont de bons entrepreneurs», déclare pour sa part Josiane Tallon, membre de l’ONG Les Amis du Tibet, qui travaille sur deux projets financés par la DDC dans l’Himalaya.

Du bas vers le haut

Un autre défi consiste à accélérer la mise en œuvre du Plan d’action national sur le changement climatique à travers le pays. «Nous voulons aider les Etats indiens à mettre le plan en œuvre. Pour nous, il est important d’aller au-delà de la planification et de faire une vraie différence sur le terrain», explique Janine Kuriger.

La DDC pourrait peut-être bénéficier de la formule élaborée dans le cadre de l’un de ses projets. Philippe de Rougemont, de l’ONG Noé21, travaille sur un projet de la DDC concernant la construction d’immeubles verts dans plusieurs villes indiennes. Il prétend avoir trouvé la formule du succès en Inde.

«Nous poursuivons une approche qui va du bas vers le haut, explique-t-il. Nous créons des réussites au plan local qui, nous l’espérons, pousseront le gouvernement à les reproduire à une plus large échelle et à introduire des lois.»


Payer pour résister au changement climatique

Financer l’adaptation au changement climatique représente un gros défi pour l’Inde. Les dépenses du gouvernement actuel dépassent 2,6% du PNB. L’agriculture, les ressources en eau, la santé, les forêts, les infrastructures côtières et les événements extrêmes représentent autant de sujets de préoccupation.

Janine Kuriger reconnaît que des mécanismes de financement internationaux, comme le Fonds vert pour le climat, sont importants. Mais, selon elle, ces initiatives ne seront jamais suffisantes pour relever les défis à venir.

Mais le secteur privé pourrait combler le trou. Depuis le 1er avril, l’Inde est devenu le premier pays à imposer une contribution minimum sur la responsabilité sociale des entreprises. A partir d’un certain chiffre d’affaires, les entreprises indiennes et les entreprises étrangères basées en Inde sont contraintes de contribuer à raison de 2% de leur bénéfice net moyen à des mesures de développement social.

Un sous-comité du conseil d’administration de l’entreprise sera chargé de définir une politique en la matière et de recommander des activités à mettre en œuvre dans le cadre de cette politique.

«C’est une très bonne initiative du gouvernement, juge Janine Kuriger. Mais nous devons être très prudents, afin que les fonds ne soient pas utilisés à des fins purement philanthropiques, mais pour qu’il y ait une direction stratégique. Ce flux financier a un gros potentiel en terme d’accessibilité aux énergies renouvelables et d’adaptation au changement climatique.»


(Traduction de l'anglais: Olivier Pauchard), swissinfo.ch

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