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Révélation


Comment la coopération suisse finance la recherche sur les OGM en Inde




En 2014, le gouvernement indien a autorisé les essais pour une variété de moutarde génétiquement modifiée, comme ici dans la région d’Ahmadabad. (Keystone)

En 2014, le gouvernement indien a autorisé les essais pour une variété de moutarde génétiquement modifiée, comme ici dans la région d’Ahmadabad.

(Keystone)

En dépit d'une interdiction de cultiver des organismes génétiquement modifiés dans l'agriculture suisse, l'argent des contribuables est utilisé pour développer des cultures transgéniques en Inde. Une société privée liée à Monsanto a même reçu une licence pour certains résultats de cette recherche.

En 2005, les Suisses ont voté pour une interdiction de cinq ans des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l'agriculture, qui a ensuite été étendue par le Parlement jusqu'en 2017. Et en juin de cette année, le gouvernement a proposé de l'étendre à 2021.

Cependant, swissinfo.ch a découvert que le moratoire suisse sur les OGM n’empêche pas la Suisse d’exporter cette technologie dans d'autres pays. Sous forme de fonds de développement, l'argent des contribuables suisses est actuellement utilisé pour financer la recherche de cultures transgéniques en Inde.

Un programme appelé Collaboration indo-suisse en biotechnologie (ISCB), financé par l'agence suisse de coopération (DDC) et administré par l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), soutient le développement de cultures transgéniques telles que le manioc et le pois chiche d’Angola. La quatrième phase (2013-16) du programme est dotée d’un budget suisse de 4.8 millions de francs suisses.

La société de semences indienne Mahyco, qui a des liens étroits avec la firme américaine Monsanto, a également obtenu une licence pour la recherche sur le développement des pois chiches transgéniques financée par la Suisse. Selon Corporate Watch, Monsanto détient 26% de Mahyco. L’entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles a également créé Mahyco Monsanto Biotech, une coentreprise (joint-venture) qui fournit les licences de la technologie du coton transgénique Bt aux entreprises indiennes.

Est-il éthique que la Suisse exporte la technologie des cultures d'OGM à un pays en développement sous couvert de l'aide au développement? Est-il acceptable qu’une société multinationale aussi controversée que Monsanto bénéficie de ce transfert de technologie financé par le contribuable suisse?

La DDC défend les OGM pour les pays du Sud

Le gouvernement suisse assure que le but du financement de ces collaborations scientifiques sur les OGM est «d'améliorer la sécurité alimentaire en Inde», selon Tilman Renz, porte-parole au Ministère suisse des affaires étrangères (DFAE). La sécurité alimentaire fait partie du mandat de la DDC. Et les biotechnologies vertes sont un outil légitime pour atteindre cet objectif, selon le porte-parole.

«Les recherches portant sur les cultures transgéniques ne sont pas inclues dans le moratoire sur les OGM en Suisse», ajoute Tilman Renz.

Mais tout le monde ne partage pas la position de la DDC. «Si la Suisse utilise l'argent public pour financer le développement des aliments génétiquement modifiés, ce n'est pas cohérent avec sa politique nationale. De plus, il n’existe aucune preuve que les semences génétiquement modifiées sont une solution valable pour lutter contre la faim et la malnutrition», explique Tina Goethe, de l’ONG suisse Pain pour le prochain.

Certaines ONG suisses comme Swissaid proposent des alternatives aux OGM par le transfert de savoir-faire. «Nous avons eu de bons résultats avec nos projets d'agriculture biologique en Inde. Ils sont mieux adaptés au pays et plus résistants au changement climatique», explique Caroline Morel, directrice de l’ONG Swissaid.


Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch

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