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Retour sur le parcours d'un «ancien» du CICR réhabilité

Détail de l'affiche du film de Frédéric Gonseth consacré à André Rochat.

Sous le titre «Citadelle humanitaire», le cinéaste Frédéric Gonseth consacre un film à André Rochat, ancien délégué du CICR, qui mena la première opération humanitaire en terre d'Islam, au Yémen des années 60. Celui-ci répond aux questions de swissinfo.

Sous la responsabilité du chef de mission vaudois, des dizaines de délégués et médecins furent envoyés au cœur du Yémen, alors Etat moyenâgeux.

Après l'explosion de trois avions détournés par les Palestiniens à Zarka, le CICR se sépare de lui en 1971. Une blessure qui n'est pas cicatrisée pour cet homme de vocation.

swissinfo: Avec l'aide de vos archives et des bobines tournées en 8 mm durant l'opération, le film montre une époque de pionniers où l'on ne parle pas encore d'ONG. Le CICR est seul sur le terrain de l'humanitaire. Pour vous, c'était aussi le baptême du feu...

André Rochat: Je venais du monde de l'hôtellerie et j'avais déjà une jolie carrière derrière moi, notamment comme directeur du Pavillon au Montreux Palace. Au début des années 60, j'ai tout laissé de côté pour entrer au Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Je n'avais aucune expérience en la matière, mais j'avais sans le savoir une qualité absolument nécessaire, c'était la vocation.

swissinfo: Une vocation qui ne vous a pas quitté après 35 ans et qui vous fait saluer l'auditoire lors des projections par un «Je vous salue en Croix-Rouge». Le film de Frédéric Gonseth dépeint-il bien la réalité?

A.R.: Le cinéaste ne m'a pas demandé mon avis et il a travaillé en toute liberté. Est-ce que j'aurais fait le même film que lui? Je ne suis pas sûr, mais je n'ai aucune critique à formuler.

swissinfo: Attiré par l'humanitaire, vous quittez l'hôtellerie alors que rien ne vous prédestinait à cette aventure dans un pays aussi fermé qu'une citadelle. «On m'envoie dans le noir», aviez-vous dit...

A.R.: Effectivement, j'ai été nommé deux jours avant mon départ comme délégué général du CICR. En fait mon ordre de mission comportait la mention «pour le Yémen». Mais on avait oublié de me dire que le conflit concernait une bonne dizaine de pays. A ce niveau de la Croix-Rouge, un homme de terrain, de ce rang et avec cette responsabilité-là, était aussi par la force des choses un diplomate. Il avait pour tâche de rencontrer les principaux ministres, les directeurs de prison et les chefs de l'armée des Etats concernés.

swissinfo: Comment êtes-vous devenu délégué, vous le fils de boucher d'Orbe, qui a quitté l'école très tôt et appris l'hôtellerie en autodidacte?

A.R.: Etre délégué de la Croix-Rouge, cela ne s'apprend pas à l'école. Le CICR est une institution sacrée, il est irremplaçable. Il a des spécificités uniques dans sa mission mondiale. Personne d'autre ne peut entreprendre des visites de prison et des camps de prisonniers politiques, aller dans les salles d'interrogation devant des gens qui ont été torturés. Certes, beaucoup d'hommes sont partis sur le terrain sans expérience. Mais pour les médecins, c'est peut-être un peu plus facile que pour un laïque comme je l'étais.

swissinfo: «Le CICR est un observatoire unique de la souffrance humaine», avez-vous écrit dans «L'Homme à la Croix, une anticroisade»*. Est-il facile de rester motivé?

A.R.: La motivation ne se commande pas. Quand on est sur le terrain, vous n'imaginez pas au départ combien on est imprudent et quels risques on encourt. Chaque fois que j'ai exposé la vie de mes compatriotes ou de mes collègues, cela a été un problème terrible. Dans ces conditions, il est nécessaire que le consensus interne à la mission soit omniprésent.

swissinfo: En 1971, vous êtes envoyé dans des conditions très difficiles en Jordanie pour affronter le plus grand détournement d'avions de l'Histoire. Trois avions explosent dans le désert. Le CICR décide alors de se séparer de vous. Il est resté une très grosse cicatrice malgré la médaille remise en 2008 par le CICR. Etait-ce une reconnaissance trop tardive?

A.R.: Il n'est jamais trop tard pour rendre justice à un «homme juste en Croix-Rouge». Il y a eu un très grand malentendu avec le collège de l'époque. La Médaille de l'Hospitalier qui vient de m'être décernée par le président Jakob Kellenberger est plus qu'une reconnaissance, avec la lettre d'accompagnement témoignant de la volonté du CICR de m'accorder une «rédemption en Croix-Rouge».

swissinfo: Cela n'efface pas toutes les cicatrices?

A.R.: Non, ce n'est pas possible. Du reste, les hommes de l'époque sont morts. Il n'y a rien d'autre à dire. Je dois assumer aussi le fait que je leur ai donné beaucoup de soucis, mais je ne suis jamais sorti du droit.

swissinfo: Le CICR est aux prises avec des preneurs d'otages aux Philippines, où un Suisse et un Italien sont encore retenus. Face à cette évolution de l'humanitaire, comment réagir?

A.R.: Les prises d'otages de délégués existent depuis la fin de la dernière guerre mondiale. C'est effrayant. Il faut absolument que le CICR trouve et applique tous les moyens pour les sortir de là.

swissinfo: Y compris en payant une rançon?

A.R.: Bien entendu. La vie d'un homme n'a pas de prix. Il faut payer. C'est la contre-valeur humanitaire. C'est la moindre des choses qu'on puisse espérer. Seulement on ne peut pas le dire.

swissinfo: Cela fait monter les enchères?

A.R.: Bien sûr.

swissinfo: Depuis la guerre du Biafra, on parle d'un droit d'ingérence humanitaire justifié au nom de l'urgence et d'un mandat d'intervention supranational...

A.R.: Quand on prononce ces deux mots: droit d'ingérence, comment voulez-vous être reçu, sinon à coups de fusil? C'est une absurdité entrée dans l'histoire moderne de l'humanitaire. Je préfère parler du droit statutaire d'initiative conféré au CICR par les Conventions de Genève.

Olivier Grivat, swissinfo.ch

* «L'homme à la croix, une anticroisade» par André Rochat, Editions de l'Aire, 2005.

Bio expresse

Né à Orbe le 4 décembre 1925, André Rochat quitte la maison sans formation professionnelle, a divers emplois puis devient garçon de nuit dans un hôtel de Lausanne. Il est capitaine dans l'infanterie de montagne durant la Deuxième guerre mondiale.

En 1945, il effectue un stage au Central-Bellevue de Lausanne et dix ans plus tard, il est directeur du Pavillon, au Montreux-Palace.

Il entre au CICR en 1963, attiré par l'aventure et l'humanitaire. Au Yémen, il mène des tractations non-autorisées avec les Britanniques du protectorat d'Aden et s'interpose au milieu des combats avec son seul drapeau à croix rouge pour récupérer des blessés.

En 1971, lors du premier grand détournement d'avions de l'Histoire à Zarka, dans le désert jordanien, il mène les négociations avec les terroristes palestiniens. Mais les trois avions de ligne, dont un appareil de Swissair, explosent, heureusement sans faire de victimes. Le CICR décide de se séparer de lui.

En 1974, il conseille la multinationale Nestlé en Arabie saoudite.

En 1978, c'est le retour aux premières amours hôtelières, à Eze-Village, aux portes de Monaco, où il acquiert le Château Eza à deux pas d'un autre compatriote (Bruno Ingold) qui tient la Chèvre d'or.

En 2008, le président du CICR Jakok Kellenberger lui décerne la Médaille de l'Hospitalier.

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