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Rites funéraires


Carrés musulmans: une question de génération


Par Ariane Gigon


Le carré du cimetière de Witikofen (Zurich) a été aménagé en 2004. (Keystone)

Le carré du cimetière de Witikofen (Zurich) a été aménagé en 2004.

(Keystone)

La demande de lieux pour les ensevelissements musulmans continue à faire débat en Suisse. Même si elle est encore largement minoritaire, cette pratique est appelée à se généraliser avec l’enracinement progressif des jeunes générations.

Ce printemps, des médias alémaniques se sont émus de la faible utilisation des carrés musulmans (zones délimitées dans les cimetières municipaux) par les communautés pour lesquelles ils ont été créés. Depuis 2000, une quinzaine de villes, principalement alémaniques, ont réservé une partie de leurs cimetières aux personnes de confession musulmane.

S’écriant, à mots couverts, «tout ça pour ça», les jeunes de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) de Lucerne ont demandé fin avril que le carré ouvert en 2008 au cimetière Friedental soit supprimé, car seuls 10 ensevelissements y ont eu lieu depuis. Dans le canton de St-Gall, le même parti s’est opposé à une nouvelle loi sur les cimetières visant à autoriser les communes à créer des carrés musulmans. La loi a été acceptée en juin.

A l’inverse, la nouvelle d’un premier enterrement a aussi eu un écho médiatique: c’est ce qui est arrivé à Bienne, à la frontière linguistique, en juin, moins d’une année après la création d’un carré pouvant accueillir 800 tombes.

Liens forts avec la patrie

Cette émotion suscite l’incompréhension des principaux concernés, mais aussi de spécialistes de religions et des responsables des cimetières. Tant à Bâle qu’à Lucerne, ces derniers ont expliqué dans la presse locale que les défunts appartiennent majoritairement à la première génération d’émigrants, lesquels préfèrent être enterrés dans leur pays.

Selon les estimations de l’Association des organisations musulmanes de Zurich (VIOZ), plus de 90% des défunts sont encore rapatriés dans leur pays d’origine. «Les personnes qui décèdent ont encore de forts liens avec la patrie, explique Muhammad Hanel, porte-parole de la VIOZ. Cela va changer d’ici une génération, c’est-à-dire 25 ans.»

Même son de cloche de la part du chercheur Andreas Tunger-Zanetti, spécialiste de l’islam et coordinateur du Centre de recherches sur les religions de l’Université de Lucerne. «Le nombre d’ensevelissements musulmans en Suisse va immanquablement augmenter au fur et à mesure que vieilliront les jeunes, qui sont nés et ont leurs racines ici.»

Le droit à une sépulture décente est garanti par l’article 7 de la Constitution fédérale qui protège la dignité humaine. «Le mandat est clair, ajoute le chercheur. Son application est ensuite une affaire d’interprétation politique. A mon sens, mettre les infrastructures adéquates à disposition est aussi une mesure d’intégration.»

«Inhumain et contraire à l’intégration»

Dans son rapport sur le nouveau projet de loi, le gouvernement du canton de St-Gall s’est ému de l’absence d’alternative au rapatriement des corps, jugeant que cela nuisait à l’intégration. «Le désir de la population musulmane [de pouvoir vivre ses représentations religieuses sur le repos éternel] est existentiel.»

Le gouvernement cantonal ajoutait que l’augmentation du nombre de musulmans en Suisse accroîtra aussi le besoin d’enterrements selon la foi de ces personnes. Les dernières statistiques confirment cette évolution.

Selon un volet du programme national de recherche sur les collectivités religieuses, publié début juillet et se basant sur le recensement fédéral de 2000, «310’807 musulmans étaient présents en terres helvétiques au tournant du millénaire, soit 4,26% de la population. En 1970, ils ne représentaient que 0,26% des personnes résidant en Suisse.»

Compromis sur les rites

Le canton de Zurich, qui comptait 102’000 musulmans en 2007, soit près de 8% de la population, connaît également un vif débat sur les carrés confessionnels. La ville a inauguré une zone musulmane dans un de ses cimetières, Witikon, en 2004. Un deuxième carré sera inauguré à Winterthour cet automne.

«Après des décennies de lutte, nous avons obtenu quelque chose de très important et nous en apprécions la valeur, explique Issa Gerber, membre de la commission des cimetières de l’Association des organisations musulmanes de Zurich (VIOZ). Au cimetière de Witikon, 131 personnes ont été enterrées selon le rite musulman depuis 2004 et il y a 320 places.» Le carré occupe une surface de 2520 mètres carrés. Celui de Winterthour sera beaucoup plus grand et prévoit 380 places sur 3700 mètres carrés.

Comme partout, les communautés musulmanes ont fait des compromis. La religion leur enjoint d’enfouir le corps dans un linceul, sans cercueil, et, théoriquement, à un endroit réservé pour l’éternité à une seule personne.

Les musulmans acceptent cependant le cercueil et le fait que plusieurs ensevelissements peuvent avoir lieu au même endroit, jusqu’à trois avec un intervalle de 20 ans à Zurich. Autre compromis: à La Chaux-de-Fonds, les corps ne sont pas enterrés en direction de la Mecque, mais la tête peut être inclinée vers le sud-est.

Aucun problème de voisinage

A Zurich, comme à Liestal, les enterrements musulmans n’ont donné lieu à aucune plainte. Le voisinage, tant avec les particuliers qu’avec les religions établies, ne pose aucun problème. Une municipale de Liestal (canton de Bâle-Campagne) qualifie dans la BaslerZeitung la polémique sur l’ouverture du carré de «tempête dans un verre d’eau».

Reste que les oppositions sont souvent violentes lorsqu’un projet naît dans une commune. Dans le canton de Berne, l’exécutif de Köniz avait refusé de créer un carré musulman, mais le législatif l’a accepté. «Dans le canton de Zurich, excepté Zurich et Winterthour, les communes nous mènent la vie dure», note Issa Gerber.

Selon Andreas Tunger-Zanetti, les musulmans peuvent toujours, comme les juifs, organiser des cimetières privés. «Mais cela coûte cher. Il faut une installation idoine pour le traitement des dépouilles et cette communauté ne semble pas avoir les moyens de choisir cette solution.»

CARRES MUSULMANS

Le premier carré musulman sur un cimetière communal de Suisse a ouvert en 1978 au Petit-Saconnex (Genève). La question des utilisateurs potentiels a été débattue pendant des années et ce carré est aujourd’hui complet.

Fin 2007, la mairie de Genève a inauguré au cimetière de St-Georges des «carrés à orientations confessionnelles» pour les communautés musulmane et israélite.

Des carrés musulmans ont été ouverts notamment à Bâle (2000), Berne (2000), Lugano (2002), Zurich (2004), Liestal (Bâle-Campagne, 2007), Sissach (Bâle-Campagne, 2008) Pratteln (Bâle-Campagne, 2009), Thoune (Berne 2009), Olten (Berne), La Chaux-de-Fonds (Neuchâtel 2011), Bienne (Berne 2011) et Winterthour l’automne prochain.

Le Locle et Neuchâtel prévoient d’ouvrir des carrés musulmans, ainsi que Köniz, (Berne). Des discussions sont en cours à Schlieren et Dietikon (Zurich), qui comptent plus de 10% de musulmans.

Le canton de St-Gall a voté en juin une loi permettant aux communes de créer des carrés musulmans.

MUSULMANS DE SUISSE

En 2000, la Suisse comptait 310'807 musulmans, soit 4,26% de la population. En 1970, ils ne représentaient que 0,26% des personnes résidant en Suisse.

Sur 100 musulmans vivant en Suisse, 57 proviennent des pays de l’Ex-Yougoslavie. Vingt autres sont de nationalité turque. Près de 80% des musulmans résidant en Suisse pratiquent donc un islam européen: pour eux, la religion est une affaire privée et l’Etat est laïc.

Source: Formation en Suisse des imams et des enseignants en religion islamique? Ulrich Rudolph, PNR 58, http://www.nfp58.ch/f_projekte_muslime.cfm

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