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Santé des joueurs


Les commotions dans le football agitent les esprits




Philippe Montandon (à gauche), du FC Schaffhouse, et Xavier Margairaz, du FC Zurich, se battent avec ardeur pour le contrôle de la balle.  (Keystone)

Philippe Montandon (à gauche), du FC Schaffhouse, et Xavier Margairaz, du FC Zurich, se battent avec ardeur pour le contrôle de la balle. 

(Keystone)

Lors de la dernière Coupe du monde au Brésil, plusieurs joueurs ont subi des chocs violents à la tête. La FIFA ne prendrait-elle pas assez au sérieux la santé des joueurs? L’association faîtière du football mondial rejette ces critiques et vient de lancer un projet pilote au sein de la ligue suisse de football.

Christoph Kramer (Allemagne), Javier Mascherano et Pablo Zabaleta (Argentine) ont un point commun: au Brésil, ils ont tous les trois continué à jouer malgré des blessures à la tête qui les ont laissés dans un état de confusion et d’hébétude.

Mais c’est assurément la commotion d’Alvaro Pereira (Uruguay) qui a le plus marqué les esprits. Touché à la tête par le genou de Raheem Sterling le 19 juin 2014 à Sao Paulo à l’occasion du match Uruguay-Angleterre, il a décrit l’incident en affirmant que les «lumières se sont éteintes».

Même si le joueur avait l’air d’un boxeur qu’on avait mis K.-O., il a fait son retour sur le terrain quelques minutes plus tard. FIFPro, le syndicat des joueurs, a immédiatement réagi, accusant la FIFA d’avoir omis de protéger l’athlète. L’association a exigé de nouvelles mesures de protection.

Quant à la blessure de Christoph Kramer en finale du Mondial, Raymond Beaard, porte-parole de FIFPro, confie à swissinfo.ch que le responsable médical de l’organisation a «été choqué et c’est peu dire» de voir au ralenti la façon dont il était tombé. Il semblait «très clair» à ses yeux que l’Allemand n’était pas en état de poursuivre le match.

«Nous avons l’impression qu’aucune action réelle n’a été entreprise à ce moment-là pour protéger la santé du joueur», critique Raymond Beaard, qui tente de trouver une explication à ces chocs à répétition: «Le jeu a évolué de manière spectaculaire ces 20 à 30 dernières années. Il est devenu beaucoup plus rapide et plus physique. L’impact d’un choc est donc bien plus important que par le passé. Cela dit, les connaissances scientifiques ont également évolué. Nous en savons beaucoup plus sur les conséquences des blessures à la tête, les commotions et les risques qu’elles engendrent».

Les blessures à la tête dans le football

Les protections contre les blessures à la tête sont difficiles à introduire dans le football. Cette partie du corps est en effet très présente dans l’action et tout équipement visant à se protéger contre de telles blessures ne doit pas influer sur le jeu.

Plusieurs protections crâniennes ont été développées pour réduire le risque de blessures. Selon une étude indépendante, aucun des produits disponibles sur le marché n’offre des avantages substantiels contre des impacts mineurs (les coups de tête dans un ballon par exemple).

Une autre étude réalisée par l’Université McGill de Montréal a révélé qu’au « college », plus de 60% des joueurs de football ont signalé des symptômes de commotion cérébrale au cours d’une seule saison. Bien que le pourcentage puisse varier selon les niveaux de jeu, ces données laissent à penser que les traumatismes crâniens sont plus fréquents que ce que l’on suppose généralement.

Selon les statistiques établies par la Commission américaine de la sécurité des consommateurs, 40% des commotions cérébrales dans le football sont dues à des contacts entre joueurs; 10,3% à un choc avec le sol, un poteau, un mur, etc.; 12,6% à un contact avec la balle, y compris les accidents; 37% n’ont pas d’origine déterminée.

Source: Association américaine de chirurgie neurologique

Critique inappropriée

La FIFA, basée à Zurich, rejette les critiques. «Il est très difficile d’établir un diagnostic médical à partir d’images télévisées. Cela pourrait s’avérer trompeur», rétorque Jiri Dvorak, médecin en chef de la FIFA et consultant à la clinique Schulthess de Zurich.

«Prenons l’exemple de Christoph Kramer. Lorsque l’incident s’est produit, bien sûr que tout le monde l’a vu à la télévision. Mais pas l’arbitre ni le médecin de l’équipe d’Allemagne. Lorsqu’ils sont arrivés vers les joueurs, ces derniers leurs ont assuré qu’il allait bien», avance Jiri Dvorak.

Et de poursuivre: «L’équipe médicale de la sélection allemande est très expérimentée et Christoph Kramer ne présentait aucun symptôme ou signe particulier. Il a donc été autorisé à poursuivre le match. Ensuite, au cours des dix minutes qui ont suivi, il s’est rendu compte que des symptômes apparaissaient et il a lui-même appelé les médecins. Il n’est en effet pas rare qu’il y ait un délai entre le choc et l’apparition des symptômes.»

La critique à l’égard de la FIFA est-elle donc injuste? «Cela fait 20 ans que la FIFA réalise des études afin de réduire les blessures dans le football et promouvoir ce sport comme une activité de loisir bénéfique pour la santé. Je n’utiliserais donc pas le mot injuste, mais je dirais inappropriée», affirme le représentant de la FIFA.

Jiri Dvorak souligne également que la FIFA prend les blessures à la tête «très au sérieux», faisant notamment référence à des études réalisées entre 2001 et 2005. En 2006, ces recherches ont conduit à l’introduction d’une nouvelle règle stipulant que tout joueur soupçonné d’avoir délibérément frappé du coude son adversaire à la tête devait être expulsé. Une règle qui a permis, selon la FIFA, de diviser par deux le nombre de blessures graves à la tête sur les terrains de football.

La Suisse, un terrain de tests

Le football implique plus souvent l’utilisation de la tête que son nom ne le suggère: selon la FIFA, 13% de toutes les blessures subies lors d’une Coupe du monde concernent la tête et le cou. Et près d’une blessure sur sept à la tête entraîne une commotion cérébrale.

Outre la prévention, il est également crucial de déterminer le traitement le plus approprié. Dans cet esprit, les chercheurs du département de neurologie de l’hôpital universitaire de Zurich et la clinique Schulthess ont lancé un projet-pilote en collaboration avec la FIFA.

Tous les joueurs et toutes les joueuses du championnat suisse de première division pour la saison 2014/15, soit près de 520 participantes et participants, seront évalués. «Ils seront soumis à un examen de base de leur système neurologique, qui comprend l’équilibre, la coordination, les mouvements oculaires et les performances neuropsychiatriques», explique Nina Feddermann-Demon, responsable du projet à l’hôpital universitaire de Zurich.

«Dans le cas d’une blessure à la tête, nous ferons des tests de suivi. Les différences observées entre les résultats de base et ceux effectués après la blessure sont essentielles pour déterminer quand les joueurs peuvent retourner à l’entraînement et rejouer des matches. Les données de base sont cruciales. La plupart des fonctions neurologiques – tels que les temps de réaction, la vitesse et l’équilibre – diffèrent en effet d’un joueur à l’autre», souligne la spécialiste.

Et de préciser: «Nous avons un service d’assistance téléphonique accessible en permanence pour les médecins de l’équipe. Il est indispensable de travailler en étroite collaboration, car ce sont eux qui connaissent le mieux les joueurs. Généralement, ils nous appellent ou nous envoient un e-mail lorsque survient une blessure à la tête. Nous faisons alors un test de suivi, qui inclut la répétition du test de base dans les 72 heures après le choc».

De la neutralité du médecin

La présence d’un médecin indépendant qui évaluerait les joueurs et déciderait s’ils sont aptes à poursuivre le match fait débat. C’est l’une des mesures de protection prônées par FIFPro. A l’heure actuelle, la décision incombe aux médecins de l’équipe. Mais le risque est grand que les entraîneurs – peu enclins à perdre un joueur pendant dix minutes – ou les joueurs eux-mêmes s’y opposent.

Ni Jiri Dvorak ni Nina Feddermann-Demont ne pensent qu’il s’agit de la bonne décision. Le premier estime au contraire qu’il faudrait mieux former le personnel médical encadrant l’équipe. «Nous devons renforcer la position des médecins au sein du management afin que leurs décisions ne soient pas outrepassées», affirme-t-il. Jusqu’ici, il n’a pas eu connaissance du cas d’un médecin dont on aurait outrepassé la décision lors du Mondial brésilien.

Nina Feddermann-Demont est du même avis. De nos jours, souligne-t-elle, les médecins de l’équipe connaissent très bien leurs joueurs: «Il est en revanche beaucoup plus difficile pour un médecin indépendant de prendre une décision car il a très peu de temps pour réaliser son évaluation. Il ne connaît pas le joueur et ne parle parfois même pas sa langue».

Des plaintes à foison?

Autre risque potentiel: le dépôt de plaintes à répétition, à l’exemple de ce qui s’est produit dans le football américain. Plus de 4500 ex-joueurs ou membres de leur famille ont exigé des dommages et intérêts à hauteur de 765 millions de dollars (700 millions CHF) à la National Football League (NFL) pour les séquelles des commotions subies durant leur carrière. En janvier, un juge a cependant rejeté la plainte, craignant que ce montant ne soit pas suffisant pour dédommager les 20'000 joueurs de football américain à la retraite.

De son côté, Raymond Beaard affirme que FIFPro n’envisage pas une action en justice. «Nous voulons uniquement parler de la santé des joueurs, telle est la priorité absolue. C’est une question qui doit être résolue sans la menace de possibles actions judiciaires».

Reste à voir ce qu’il résultera de l’étude suisse ou des exigences de FIFPro. Raymond Beaard espère que les événements du Brésil ne se répéteront pas lors de la Coupe du monde 2018 en Russie. «Nous ne voulons pas blâmer tout le monde. La seule chose qui nous importe, c’est de pouvoir regarder un match de football sans avoir à craindre qu’un joueur ne se relève pas ou souffre de séquelles à long terme en raison de défaillances dans le traitement qui lui a été prodigué». 


(Traduction et adaptation de l'anglais: Samuel Jaberg), swissinfo.ch

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