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Sensibilité aux produits chimiques


La maison la plus propre de Suisse sera bientôt habitée


Par Alexander Thoele, Zurich


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Ce bâtiment a coûté 25% plus cher, mais permet d'éloigner les sources d'allergies. (swissinfo.ch)

Ce bâtiment a coûté 25% plus cher, mais permet d'éloigner les sources d'allergies.

(swissinfo.ch)

Crises d’asthme, maux de tête, éruptions cutanées ou même dépression: une petite concentration de substances chimiques dans l’air et les ennuis commencent pour les porteurs d’hypersensibilité chimique multiple (SCM). Près de Zurich se trouve le premier bâtiment de Suisse construit spécialement pour eux. Visite.

Christian Schifferle ouvre la porte de sa voiture, un modèle japonais qui a déjà de nombreux kilomètres au compteur et présente des signes d’usure. «Comment êtes-vous arrivé?», demande-t-il au journaliste. En apprenant que celui-ci a pris le train pour se rendre au rendez-vous, il couvre immédiatement le siège passager d’une vieille couverture. «C’est pour éviter que vous ne laissiez ici des odeurs de personnes qui utilisent du parfum», justifie-t-il. Le volant est également couvert d’un plastique protecteur. «Mes mains sont très sensibles», dit-il encore.

Ce Suisse de 59 ans souffre d’hypersensibilité chimique multiple (SCM). Il présente une sensibilité exagérée à toute une série de produits: pesticides, parfums, déodorants, lotions, produits de nettoyage, peintures, fumée de cigarette, aromatisants, tapis, etc. Mais ces problèmes ne se résument pas aux substances chimiques. Il ne supporte pas non plus les ondes électromagnétiques des téléphones portables, ni les odeurs émanant d’appareils électriques comme les ordinateurs ou les télévisions. Il en résulte un isolement social.

«Enfant déjà, je réagissait fortement à différentes substances odorantes. Je vivais avec un épuisement chronique», raconte Christian Schifferle en se souvenant comment il fut repoussé par sa famille qui le considérait comme fou. N’ayant jamais réussi à décrocher un travail, il y a plus de 20 ans qu’il vit avec l’aide de l’assurance invalidité.

Pendant une grande partie de l’année, il réside dans une caravane dans un camping de la région montagneuse de Davos, où toutes les parois sont couvertes de papier d’aluminium. «Cette matière isole parfaitement des odeurs», souligne-t-il. Il passe le reste du temps dans un petit appartement du centre de Zurich, dans lequel la salle de bain se transforme souvent en chambre à coucher, car elle est totalement neutre «grâce au carrelage».

Hypersensibilité chimique multiple

On estime que plus de 5000 personnes en Suisse souffrent du syndrome d’hypersensibilité multiple.

Cette maladie n’est pas encore reconnue officiellement. Alors que certains médecins s’interrogent sur son existence, d’autres considèrent la possibilité que l’exposition à des substances chimiques provoque des troubles médicaux sérieux.

«Si les causes ne sont pas entièrement expliquées scientifiquement, ces personnes et leur souffrance sont bien réelles», déclare Roger Waeber, de l’Office fédéral de la santé publique.

Ce syndrome est un type rare d’allergie qui se manifeste par des symptômes tels que l’irritation des yeux, des difficultés respiratoires et des maux de tête.

Nouvelle vie

L’immeuble récemment construit se trouve au bout d’une rue, au pied d’une colline, pratiquement à l’orée d’une grande forêt à Leimbach, un quartier ouvrier tranquille au sud-ouest de Zurich. Les ouvriers donnent les dernières touches au système de chauffage et au plâtre. Des pelles mécaniques préparent le jardin et enterrent les câbles électriques. Dès le 1er décembre, des locataires occuperont les quinze appartements disponibles.

L’un de ces habitants sera Christian Schifferle, qui concrétise ainsi un rêve. «Après avoir vécu tant d’années dans une caravane, je vais finalement avoir une maison», se réjouit-il.

Le projet a été lancé il y a environ cinq ans par les autorités de Zurich. Sensibilisé au problème des personnes atteintes de SCM qui peinent à trouver des appartements accessibles, spécialement lorsqu’elles ont de bas revenus, l’exécutif a mis un terrain à disposition et a financé la construction. Coût total: 6 millions de francs, en grande partie financés par le biais de fonds d’incitation au logement. Compte tenu des besoins spécifiques et de l’utilisation de nouvelles technologies, le coût de construction a été 25% plus élevé que la normale.

Complexité

Le terrain de 1200 m² a été choisi sur la base de critères biologiques, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un terrain non contaminé et éloigné d’antennes ou de zones de production. Le matériel de construction a été testé par des spécialistes, afin de vérifier sa tolérance par les personnes atteintes de SCM. Leur forte sensibilité aux substances organiques a limité le choix ou a obligé les ingénieurs à rechercher de nouvelles techniques et technologies. Les ouvriers ne pouvaient pas fumer pendant le travail et il leur était également interdit d’utiliser des mousses, des solvants ou toute substance «préjudiciable».

Le ciment n’a pas été acheté tout prêt, comme il est d’usage sur les chantiers, mais devait être préparé sur place pour éviter l’utilisation de substances antigel. Cela signifiait des interruptions de travail dès que la température descendait en dessous de zéro.

Pour éviter les ondes électromagnétiques, les ingénieurs ont utilisé chaque fois que c’était possible des barres en fibre de verre plutôt que des armatures métalliques. Les câbles électriques du bâtiment ont un revêtement spécial et les prises de courant sont peu nombreuses et toutes protégées par un couvercle. Les cadres de fenêtre sont en plastique et non en bois. Le sol est fait de pierre, le plafond de ciment brut et tous les murs ont été peints simplement avec de la chaux.

Pour garantir la qualité de l’air, les architectes ont dessiné l’immeuble selon le principe de l’«oignon»: plus un habitant s’enfonce à l’intérieur, plus l’air est pur. La porte d’entrée des appartements donne sur une salle servant de sas, où l’habitant ou un visiteur peut changer de vêtements ou les placer dans la machine à laver. On ouvre ensuite une grosse porte pour entrer dans l’appartement proprement dit. Toutes les pièces sont reliées à un puissant système de circulation d’air capable d’aspirer n’importe quel odeur ou gaz nocifs.

Règlement restrictif

Les quinze appartements, avec des surfaces qui vont de 50 à 88 m², seront loués pour des loyers allant de 1180 à 2595 francs. Ce loyer est en grande partie subventionné par la ville.

Les candidats locataires doivent présenter des certificats médicaux. Et s’ils sont acceptés, ils s’engagent à suivre un long règlement qui prévoit notamment l’interdiction de fumer, de faire des grillades, d’utiliser des parfums, des arômes, des téléphones portables, le wifi et même le téléphone fixe. Les bruits doivent être évités, ainsi que de peindre les murs ou utiliser des désinfectants ou autres produits de nettoyage non recommandés – il existe des produits complètement neutres sur le marché.

Ce projet pilote est d’une grande importance pour Zurich. Toutes les données techniques ont été enregistrées et pourront être utilisées à l’avenir dans d’autres constructions «propres». Les habitants de l’immeuble sont également volontaires pour une étude à long terme réalisée par l’université de Berne.

Christian Schifferle n’est pas incommodé par autant de règles et de conditions. «La construction de cette maison a pour moi une valeur symbolique, car j’ai vécu pratiquement 20 ans en étant taxé de simulateur, déclare-t-il. Elle signifie une reconnaissance de nos problèmes et une chance pour améliorer notre vie.»


(Traduction du portugais: Olivier Pauchard), swissinfo.ch



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