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Sept personnes arrêtées en Suisse


La FIFA au centre de deux enquêtes pénales pour corruption


Quelques jours avant la réélection annoncée de Sepp Blatter pour un 5e mandat, la FIFA se retrouve dans la tourmente.   (Keystone)

Quelques jours avant la réélection annoncée de Sepp Blatter pour un 5e mandat, la FIFA se retrouve dans la tourmente.  

(Keystone)

Sept fonctionnaires de la FIFA et d'organisations affiliées ont été arrêtés mercredi matin en Suisse sur requête des autorités américaines, qui les soupçonnent d'avoir accepté des dessous de table de plus de cent millions de dollars. Le parquet suisse a en parallèle saisi des documents au siège de la fédération internationale de football concernant l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022.

Coup de tonnerre tôt ce mercredi matin à Zurich, à deux jours de la réélection annoncée de Sepp Blatter à la tête de la FIFA. Six responsables du monde du football ont été interpellés par la police cantonale zurichoise à l’hôtel Baur au Lac de Zurich, où ils se trouvaient pour assister au Congrès prévu cette fin de semaine. Une septième personne a été arrêtée en cours de matinée, selon l’Office fédéral de la Justice (OFJ), qui n'a pas précisé l’endroit exact de l’interpellation. Elles ont été mises en détention en vue d’une extradition. L'opération de police se fonde sur une demande des autorités américaines, via l'OFJ, a indiqué ce dernier dans un communiqué.

Les sept personnes arrêtées en Suisse

  • Eugenio Figueredo, vice-président de la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL) et vice-président de la FIFA
  • Eduardo Li, président de la Fédération costaricaine de football (FEDEFUTBOL) et fonctionnaire de la FIFA
  • José Maria Marin, membre exécutif de la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL)
  • Julio Rocha, ex-président de la Fédération nicaraguayenne de football et fonctionnaire de la FIFA
  • Costas Takkas, ex-secrétaire général de la Fédération de football des Iles Caïmans
  • Jeffrey Webb, président de la Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF) et vice-président de la FIFA
  • Rafael Esquivel, président de la Fédération vénézuélienne de football (FVF) et membre exécutif de la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL)

Le parquet du district Est de New York soupçonne les sept fonctionnaires d'avoir accepté des pots-de-vin et des commissions depuis les années 1990. Ils auraient reçu des versements en échange de droits médiatiques, de marketing et de sponsoring de compétitions organisées aux Etats-Unis et en Amérique du Sud. Au total, quatorze personnes (neuf membres ou anciens membres de la FIFA et cinq dirigeants d'entreprises de marketing sportif liées à la FIFA) sont mises en cause par la justice américaine.

En parallèle, le ministère public de la Confédération (MPC) a annoncé avoir ouvert une procédure pénale contre X pour soupçon «de blanchiment d'argent et gestion déloyale» entourant les attributions des Coupes du monde de football de 2018 (Russie) et 2022 (Qatar) et a saisi des documents électroniques au siège de la FIFA à Zurich. «Les enrichissements illégitimes se seraient déroulés en partie au moins en Suisse», précise le parquet suisse, ajoutant que cette procédure pénale est ouverte depuis le 10 mars 2015. L’enquête ouverte par le MPC fait suite à une plainte déposée par la FIFA elle-même au mois de décembre. 

Quant aux sept fonctionnaires du football arrêtés à Zurich, ils ont été entendus le jour-même par la police cantonale zurichoise sur les faits qui leur sont reprochés dans la demande d’arrestation américaine. Six d’entre eux s’opposent à leur extradition vers les Etats-Unis. 

Corruption «institutionnalisée»

Concernant la demande américaine, l'entente ainsi que les préparatifs relatifs à ces actes de corruption auraient été conclus aux Etats-Unis, selon le ministère américain de la Justice. De l'argent aurait également transité par des banques américaines. 

«Nous sommes frappés par la persistance de ces pratiques dans le temps et par le fait qu’elles ont touché pratiquement toutes les parties de la FIFA», a indiqué un responsable de la justice américaine, cité par le New York Times. «Toute la fédération a apparemment été infiltrée, c’était simplement leur manière de faire des affaires. Il semble que cette corruption était institutionnalisée», a-t-il ajouté.

Toujours selon le New York Times, qui a été le premier à révéler ces arrestations, Sepp Blatter, le président suisse de la FIFA, ne figure pas parmi les personnes sous enquête. «Il n'est absolument pas impliqué», a déclaré Walter de Gregorio, porte-parole de la FIFA, en soulignant que malgré la situation actuelle, le congrès pour l'élection à la présidence se déroulera comme prévu ce vendredi (voir ci-dessous).

Né à Viège dans le canton du Valais, en 1936, Sepp Blatter est entré à la FIFA en 1975 en tant que directeur du programme de développement. En 1981, il a été élu secrétaire général, une fonction qu’il a occupée jusqu’en 1990. Entre 1990 et 1998, il a été directeur exécutif de la fédération, avant d’en être élu président. Il briguera vendredi 29 mai un cinquième mandat à la tête de la FIFA. 

Liens avec le Mondial au Qatar

Il y a probablement un lien de cause à effet «assez clair» entre l’enquête américaine et l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar, estime pour sa part Henry Peter, professeur de droit à l’Université de Genève. «L’attribution de la Coupe du monde au Qatar dans des conditions discutables a eu pour conséquence de priver les Etats-Unis et l’Angleterre de cette compétition», a-t-il relevé mercredi sur les ondes de RTS La Première. 

Concernant les arrestations sur sol helvétique, Henry Peter estime que «la Suisse applique simplement les traités internationaux qui existent entre les deux pays». Cette vague d’arrestations survient deux  jours avant le début du congrès annuel de la FIFA, où Sepp Blatter, à la tête de la fédération depuis 1998, briguera un cinquième mandat. Henry Peter estime qu’il s’agit «d’une attaque très dure, car elle provient cette fois-ci de l’extérieur et non de l’intérieur de la fédération. Il paraît assez difficile dans ces conditions qu’une élection puisse être véritablement crédible.»

Ex-société zougoise en ligne de mire

Selon Roland Büchel, député de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) qui a mené la fronde pour en finir avec les affaires de corruption qui entachent la réputation de la FIFA et de la Suisse, les arrestations ont certainement un lien avec la défunte société de marketing zougoise ISMM-ISL.

En 2008, le tribunal cantonal zougois avait mis en lumière les pots-de-vin attribués par ISMM-ISL à plusieurs dirigeants de la FIFA. Mais ce n’est qu’en 2012 que les noms des coupables, dont l’ancien président de la FIFA Joao Havelange, avaient été révélés publiquement.

«Les arrestations [de mercredi] montrent une fois encore que lorsque les Etats-Etats veulent des résultats, ils les obtiennent. Ils ne peuvent probablement demander l’extradition que pour les personnes qui ont mené des activités criminelles aux Etats-Unis», a-t-il indiqué à swissinfo.ch.

Et le député d’ajouter: «Nous avons demandé à la FIFA de faire le ménage il y a plusieurs années déjà, lorsqu’elle en avait encore le temps. Sans résultats. Il semble que ce soient les Etats-Unis qui le fassent aujourd’hui à la place de la FIFA et de la Suisse. C’est dommage parce que le monde entier regarde désormais la Suisse».

«La majorité ne veut pas de réformes»

Les enquêtes pénales et les arrestations de mercredi vont créer une «onde de choc» à travers l’organisation, prédit pour sa part Mark Pieth. Cet expert suisse de la lutte anticorruption avait été mandaté par la FIFA dans le but d’instaurer davantage de crédibilité au sein de l’institution, mais avait quitté son poste fin 2013.

«Il est possible que les derniers événements soient salués par les personnes qui exigent des réformes au sein de la FIFA. Il n’empêche que ces personnes sont minoritaires. La majorité ne veut pas de réformes», a-t-il indiqué à swissinfo.ch

L’enquête, qui concerne avant tout des faits anciens, est désormais passée des mains d’un organisme d’enquête privé d’une organisation sportive à celles de la justice publique, relève Mark Pieth. L’expert dresse ainsi un parallèle avec les réformes qui ont été menées au sein de l’ONU à la suite du scandale «pétrole contre nourriture» ou encore avec les réformes de la banque du Vatican. «Selon moi, aucune de ces institutions n’aurait fait le ménage sans l’intervention ni la pression exercées par les juridictions nationales». 

Dans un communiqué, l'organisation de lutte contre la corruption Transparency International demande de son côté à Sepp Blatter de se retirer de la course à la présidence de la FIFA et à ce que l'élection prévue vendredi soit «suspendue».

Nouvelles mesures anti-corruption

Hasard du calendrier, le Parlement suisse débattra la semaine prochaine de nouvelles lois visant à renforcer la lutte anti-corruption au sein des instances sportives internationales présentes sur sol helvétique. Les députés devront déterminer si les pots-de-vin constitueront désormais une infraction pénale poursuivie automatiquement, quel que soit le statut légal de l’organisation à laquelle les personnes concernées appartiennent.

En décembre 2014, le Parlement a adopté de nouvelles lois anti-blanchiment qui classent les dirigeants de la FIFA et d’autres organisations sportives dans la catégorie des personnes politiquement exposées (PPE). Cela permettra aux autorités suisses d’avoir un droit de regard sur les comptes bancaires privés de ces fonctionnaires. 

«C'est un bon jour pour la FIFA»

«Vous n'allez pas me croire, mais c'est un bon jour pour la FIFA», a lancé Walter de Gregorio, directeur de la communication de l'instance mondiale du foot, frappée par deux procédures judiciaires d'ampleur. Tout cela à deux jours de son élection présidentielle. La FIFA n'a pourtant jamais connu pareille crise, entre arrestations de responsables dans un hôtel au petit matin et perquisitions dans ses bureaux, dans deux procédures distinctes.

«Le président Sepp Blatter et le secrétaire général Jérôme Valcke ne sont pas impliqués, a confirmé De Gregorio. Le président Blatter est affecté, il est à la tête de la FIFA, mais comment pouvez-vous dire qu'il doit se retirer? Si les 209 fédérations l'élisent vendredi, il le sera pour les quatre prochaines années», a réagi le communiquant quand des journalistes ont suggéré un retrait de Blatter, 79 ans, président depuis 1998, de l'élection présidentielle vendredi.

«Le président est concentré sur le Congrès (électif), le facteur stress est plus élevé qu'hier (mardi), mais il est détendu, il sait qu'il n'est pas impliqué, a-t-il ajouté. Il acceptera ce qui se passera. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il danse dans son bureau. Mais il est très calme, il voit ce qui se passe, il coopère avec tout le monde.»

«Il n'y a jamais eu une telle idée de reporter l'élection présidentielle de vendredi, la FIFA souffre, c'est un moment difficile pour nous, mais le Congrès aura lieu», a souligné De Gregorio, qui a aussi assuré que «les Coupes du monde 2018 et 2022 se joueront en Russie et au Qatar».

swissinfo.ch et les agences (avec la collaboration de Matthew Allen)

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