Le pasteur évangéliste

«La Bible n'est pas un livre de recettes»

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Société
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(Filipa Cordeiro, swissinfo.ch)

Par Igor Petrov, swissinfo.ch

René Weber était technicien dentaire avant de suivre sa vocation de pasteur évangéliste. Trouve-t-il dans la Bible les réponses à tous les problèmes ? Bien sûr que non, dit-il. Par contre, le livre saint lui montre la voie et le soutient dans sa vie.

Il n’a pas été facile de trouver son bureau. René Weber, 52 ans, est attaché à la Communauté évangélique de Berne Centre, logée dans une chapelle. Les meilleures espaces du bâtiment sont réservées à des cours de langue allemande pour les immigrants.
 
Jouxtant l’ascenseur, la pièce occupée par le pasteur est monacale .Une petite table, deux chaises, une bibliothèque sur l’entier d’une paroi, un bureau sans chaise où trône un ordinateur.
 
Jeune homme, rien ne prédestinait René Weber à devenir prédicateur évangéliste. 
 
Le premier événement qui a lézardé sa vie: le divorce de ses parents. Il n’avait que 16 ans et son monde d’alors s’est brisé: «J'ai eu des problèmes relationnels. Je ne savais pas comment construire des relations durables avec des filles, incapable que j’étais de communiquer avec quiconque.»
 
Mais un jour, tout a changé, grâce à un couteau suisse.
 
«J'avais pris mon sac de couchage au sommet du Gurten, la colline où les habitants de Berne aiment aller se détendre. Mon idée était d’échapper à l'agitation de la ville et de me donner le temps de la réflexion. A mon réveil, j'ai vu un groupe de campeurs, sur le point de prendre le petit déjeuner. Problème: ils n'avaient pas de couteau pour couper le pain. Moi si.»
 
Les campeurs étaient de fervents chrétiens. Ils l’ont invité pour le dimanche suivant à un service de leur église.
 
«Dans cet environnement complétement neuf, j'ai pu me regarder radicalement différemment. J'ai réalisé qu’une personne - avec toutes ses faiblesses et ses forces - n'est pas que le produit de sa famille, de l'école, de la société. Au-dessus de chacun de nous réside une puissance qui ne vous juge pas, mais à qui vous pouvez vous confier pleinement et durant toute votre vie.»
 
Dans le même temps, René Weber progresse professionnellement. À un âge relativement jeune, il devient copropriétaire d'une société de technologie dentaire relativement prospère. Jusqu’à ce que son partenaire meure subitement. René Weber se retrouve seul en charge de sa propre entreprise. Une responsabilité qui aurait pu donner un sens à sa vie.
 
Mais il ne l’a pas vécu de cette manière. René Weber s'est rendu compte qu'il avait besoin de repenser complétement sa vie et de faire de nouveaux choix.

Les visages de la Suisse

Donner un aperçu original de la société suisse et de sa diversité: tel est le but d’une série de portraits publiée par swissinfo.ch en 2013. Ces articles ont pour ambition de raconter le parcours de «gens ordinaires» de tous âges, régions et milieux.

Faire un choix

«J'ai dû répondre à la question de savoir si mon métier était ma vocation, et si tel n’était pas le cas, de découvrir quelle était ma vocation. Et j'ai dit: Seigneur, si vous avez une vocation pour moi, ainsi soit-il. Et j'ai entendu clairement une réponse portant sur le sens même du mot ‘vocation’... J'ai ainsi fait mon choix.»
 
René Weber commence alors des études théologiques à Aarau, pour ensuite entamer son parcours de pasteur dans la région agricole de L'Emmental, dans le canton de Berne.
 
«Les gens là-bas avaient une manière complétement différente de travailler. Pour eux, les employés de bureau ne travaillent pas vraiment. J'ai donc dû trouver des voies nouvelles pour aborder ces gens. En règle générale, personne ne m'a posé de questions philosophiques particulièrement profondes.»
 
«Ici, à Berne, où j'ai été affecté par la suite, les gens pensent un peu différemment. Les soucis et les préoccupations qu'ils apportent sont également différents et plus complexes, même si ils ont généralement aussi à voir avec les problèmes de tous les jours.»
 
René Weber explique que la Communauté évangélique de Berne Centre est membre de l'Alliance Evangélique Suisse, tout en étant totalement indépendante, financée uniquement par les dons de ses membres.
 
«Beaucoup de gens nous considèrent comme une secte parce que nous ne faisons pas partie de la structure reconnue. Beaucoup de gens n'aiment pas le fait que nous voulions vraiment vivre en conformité avec nos idéaux. Et beaucoup de gens trouvent notre position sur les questions de la sexualité, par exemple, inacceptable: nous croyons que les relations intimes n'existent pas seulement pour la reproduction de l’espèce humaine, mais aussi pour le plaisir mutuel des partenaires.»

Dieu ne juge pas

Au fait, trouve-t-il des réponses à tout dans la Bible et dans sa foi ?
 
«Bien sûr que non. La Bible pour moi est une parole vivante, mais elle a été écrite il y a longtemps. Lorsque nous lisons la Bible, nous pouvons apprendre le sens de la prudence ou de la compassion. Mais que peut nous dire la Bible sur la façon de se comporter au volant d'une voiture, par exemple ? Cela dit, les problèmes de base qu’ont les gens n'ont pas beaucoup changé au cours des 2000 dernières années.»
 
«La Bible n'est pas un livre d'instructions, de recettes. Dieu n'est pas un juge ou un policier, il est un entraîneur au bord de la pelouse. Il regarde le match. Il peut parfois attendre jusqu'à la mi-temps pour vous dire personnellement quelque chose qui n'est pas trop agréable à entendre. Mais la question n'est pas de vous punir, mais de vous aider à mieux jouer.»
 
La nouvelle vie de René Weber lui a permis d’être droit dans ses bottes. «Ma foi m'a donné quelques principes de base que j'essaie consciemment de mettre en pratique dans ma vie de tous les jours. Ce n'est pas par hasard que j'ai pu trouver le bonheur dans le mariage et que nous avons trois enfants.»
 
Le couple s'est rencontré à l'église sur la Nägeligasse. «Je descendais les escaliers, et Anna, ma femme, les montait. Je ne pouvais la quitter des yeux. Il s'est avéré qu'elle avait passé beaucoup de temps comme missionnaire en Afrique. C'est pourquoi je lui ai demandé si elle était nouvelle dans la communauté. Elle s’est mise à rire et a répondu qu’elle ne l’était pas, mais que je l’étais. Ce qui était parfaitement vrai.»

Traduction du russe: Julia Slater

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