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Soins médicaux


Comment trouver assez d’infirmières pour les EMS


Par Jeannie Wurz


 (Keystone)
(Keystone)

Qui prendra soin des personnes âgées? La question se pose dans tous les pays industrialisés. En Suisse, elle se complique car la moitié des employés des homes va prendre sa retraite ces 15 prochaines années.

Mi-février, le jour de la Saint-Valentin pour être exact, une douzaine de seniors sont assis à une table décorée de petits cœurs en chocolat. Une employée, quinquagénaire, est en train de tester la mémoire des patients.

«Vous souvenez-vous des cadeaux que vous avez donnés lorsque vous étiez amoureux?» demande l’infirmière. Elle repose la question à toutes les personnes présentes, une par une.

Chez la plupart des personnes âgées, les réponses arrivent lentement, après réflexion.

« Un voyage. A Paris?», dit un senior.

«Une bague en or avec un diamant», dit une autre dame.

«Des fleurs, cueillies dans le jardin de mon voisin», répond une autre dame avec espièglerie.  

Le groupe se rencontre chaque vendredi dans un bâtiment de Domicil Baumgarten, un home médicalisé à la sortie de Berne. Les membres du groupe ne sont pas encore pensionnaires du home et certains veulent rester à la maison le plus longtemps possible, malgré des handicaps physiques ou mentaux. La rencontre vise à simuler leur sens de la vie sociale ou à laisser souffler, pour une journée, les proches qui s’occupent d’eux. Outre les exercices de mémoire, des ateliers artistiques et de bricolage leur sont aussi proposés.

Répondre à une demande croissante

Seules 25 places se libèrent chaque année, explique le directeur de l’EMS Baumgarten Kurt Wegmüller. Le home a un taux d’occupation de 98% et compte 300 personnes sur la liste d’attente pour la division des personnes indépendantes.

Actuellement, l’âge moyen des résidents est de 85 ans lorsqu’ils entrent dans l’un des 21 homes gérés par Domicil, le plus grand prestataire, dans ce domaine, du canton de Berne. La durée moyenne de séjour est de trois ans et demi. Le groupe compte quelque 1500 résidents, dont 500 vivent de façon relativement indépendante, tandis que 1000 ont besoin de soins médicaux ou de prise en charge spécifique pour démence.

La demande pour des places dans des homes et pour des homes médicalisés ne cesse de croître. Une étude réalisée en 2009 par l’Observatoire suisse de la santé arrive à la conclusion que le nombre de personnes au-delà de 65 ans va augmenter de 66% entre 2005 et 2030 et que le nombre d’octogénaires va doubler.

Les rangs des seniors vont encore grossir car environ la moitié des professionnels actuellement en service va aussi prendre sa retraite. Ces personnes ne seront pas remplacées facilement, même si le nombre de personnes intéressées par les professions médicales ne diminue pas.

Former les futures infirmières

Le métier d’infirmière est, par ordre de préférence, le troisième apprentissage choisi par les adolescents en Suisse (principalement des filles, mais le nombre de garçons augmente). Une formation de base peut déboucher sur une spécialisation.

L’hôpital universitaire de Berne reçoit 300 demandes par année, pour 40 places d’apprentissage. Les candidates et candidats doivent prouver leur motivation et être dotés de nombreuses qualités, explique Henriette Schmid, responsable de la formation. L’intérêt seul ne suffit pas.

De plus, les jeunes ne sont pas forcément attirés par les soins aux personnes âgées, précise le CEO de Domicil Heinz Hänni. «La tendance est que les jeunes travaillent dans les hôpitaux et que le personnel plus âgé se tourne aussi vers les patients plus âgés», explique-t-il.

Henriette Schmid, qui est également infirmière, approuve. «Quand j’avais 20 ans, ce qui m’intéressait, c’était la technologie médicale et la chirurgie. Peut-être est-il normal de ne pas être attiré par l’âge et les maladies chroniques quand on est jeune dans le métier. 

Apprendre les uns des autres

Les infirmiers et infirmières ayant participé à l’étude «SHURP» de l’Université de Bâle ont également accès à une banque de données. Ils peuvent ainsi comparer leur résultats avec ceux des autres participants travaillant dans d’autres homes médicalisés.

Selon un des auteurs de l’étude, René Schwendimann, la banque de données permet ainsi aux soignants «d’apprendre les uns des autres.»

L’étude a aussi débouché sur une série d’ateliers de travail où les participants ont pu débattre des résultats, de leur interprétation et de différentes pistes pour surmonter les problèmes. 

Retenir le personnel

Conséquence: il est d’autant plus important que les infirmières qualifiées soient incitées à rester dans la profession. Bien que le métier est très exigeant, d’un point de vue psychologique et physique, ajoute Henriette Schmid, il est possible de motiver le personnel si l’atmosphère de travail est bonne et si le personnel est correctement soutenu pour son travail.

Domicil accorde aussi une grande importance à la reconnaissance de ses employés. Le groupe propose cinq semaines de vacances par année dès l’engagement, six semaines dès l’âge de 45 ans et un généreux plan de retraite. 

La satisfaction du personnel est un bon argument de vente pour les homes médicalisés cherchant du personnel. En 2013, une étude menée auprès de 5000 professionnels par l’Université de Bâle montrait que la qualité des soins dans les homes suisses était très élevée et que le personnel médicalisé appréciait, en général, son travail.

Mais le travail en EMS recèle aussi sa dose de stress: manque de temps, forte charge de travail, personnel insuffisant y contribuent.

Importance des travailleurs étrangers

Selon plus de 90% des directeurs de homes médicalisés, le recrutement du personnel est très difficile. Les homes médicalisés doivent explorer de nouvelles voies pour trouver et garder le personnel. Le vote contre la libre circulation des personnes ne va pas faciliter la recherche.

Chez Domicil, le quart des 1350 employés est d’origine étrangère, ce qui correspond aux proportions dans les autres secteurs de l’économie helvétique. «Nous ne trouvons tout simplement pas de Suisses», explique Heinz Hänni.

Domicil a déjà mis en place différentes stratégies pour recruter du personnel. Le groupe s’est doté d’un programme spécial, aide les personnes revenant dans le monde du travail, propose 141 places d’apprentissage et collabore avec des partenaires européens pour recruter du personnel. Des tentatives de recruter dans des pays non européens se sont révélées infructueuses, car il était trop difficile d’obtenir les permis nécessaires, explique un cadre de Domicil.

Or, depuis le vote du 9 février contre l’ «immigration de masse », ces problèmes de recrutement risquent encore de grossir.

Innovation

Répondre aux besoins de la population âgée requiert beaucoup d’innovation, sur de nombreux plans, confirme Sabina De Geest, une des autrices de l’étude de Bâle. Il faut trouver de nouvelles approches dans la formation des infirmières, dans les standards cliniques, dans la coopération entre les hôpitaux, dans la prise en charge des médecins de famille et dans la recherche.

Mais il ne faut jamais oublier, dit encore Sabina De Geest, que lorsqu’on s’occupe des personnes âgées, «la technologie n’est jamais la solution. En fin de compte, il n’y aura que les soins.»


Traduction de l'anglais: Arianne Gigon, swissinfo.ch



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