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Swissair, une cassure difficile à réparer


Par Andreas Keiser


2 octobre 2001: les avions de Swissair restent cloués au sol faute de carburant. (Keystone)

2 octobre 2001: les avions de Swissair restent cloués au sol faute de carburant.

(Keystone)

Le grounding de Swissair, il y a tout juste dix ans, a été un choc violent à encaisser pour la population suisse. Bien que la débâcle n’ait eu aucune conséquence pénale pour le Conseil d’administration et le management de l’époque, une plainte en dommages et intérêts est toujours pendante.

Les jours qui précédèrent furent chaotiques. Le drame se dessinait depuis des mois déjà. Mais personne n’osait imaginer en arriver là. Dans l’après-midi du 2 octobre 2001, les avions de Swissair restent clouées au sol. La compagnie aérienne, véritable fierté nationale, n’a plus les moyens de payer les taxes d’aéroport et le carburant pour faire décoller ses avions. 39'000 passagers restent en rade. Les dégâts à l’image de la compagnie et de la Suisse furent énormes.

Aujourd’hui encore, les responsables de l’époque se renvoient la responsabilité de la débâcle. «Dans le cas d’UBS, on a tout fait pour sauver le groupe dans son ensemble. En ce qui concerne le grounding de Swissair, rien n’a été entrepris au moment crucial», affirmait récemment le dernier directeur de Swissair, Mario Corti, lors d’une interview télévisée.

Les critiques de Mario Corti visent les grandes banques et la Confédération, qui n’auraient rien fait pour éviter l’insolvabilité de la compagnie. Ses adversaires lui répondent que, tout comme l’ensemble du Conseil d’administration, il a cruellement manqué de hauteur de vue. «Dès le départ, il était clair que toute aide à l’égard de Swissair arrivait trop tard», affirma ainsi Marcel Ospel, alors président du Conseil d’administration d’UBS, seulement quelques jours après le grounding.

Les leçons de la débâcle

L’expression «Too big too fail» (Trop grand pour faire faillite) n’était pas encore née. Sept ans plus tard, à l’automne 2008, le Conseil fédéral (gouvernement) recourait au droit d’urgence pour prêter six milliards de francs à UBS et sauver la première banque suisse de la faillite, évitant ainsi peut-être le pire pour la place financière suisse.

Sans le grounding de Swissair, un tel engagement n’aurait peut-être pas été possible. Car certaines leçons ont été tirées depuis. «Je savais que dans un tel cas d’urgence, il fallait contacter à temps le ministère des Finances. Lorsque la situation s’est dégradée, tous les conseillers fédéraux (ministres) ont été informés en permanence des derniers événement», a ainsi affirmé Peter Kurer, l’ancien président d’UBS, au journal dominical NZZ am Sonntag.

17 milliards de dettes

Le 2 octobre 2001, telle une onde de choc, les images des avions cloués ont sol ont fait le tour du monde. La «banque volante», comme on surnommait alors fièrement Swissair, en raison de ses liquidités et son taux de capitalisation élevés, un cœur de métier très solide et deux pieds bien ancrées dans les secteurs du Catering et du Duty Free, s’était écrasée.

Le jour d’après, le Conseil fédéral se résolut à entreprendre ce qu’il refusait seulement deux jours auparavant: il consentit un crédit d’urgence de 450 millions de francs et mit ainsi les moyens nécessaires à disposition de la compagnie aérienne, afin qu’elle puisse reprendre ses vols.

Par la suite, sous le poids d’une dette de 17 milliards de francs suisses, SAirGroup demanda un sursis concordataire. La desserte aérienne de Swissair allait dès lors être fortement réduite.

Bénéfices en tant que filiale

Après une courte période de direction commune avec la compagnie régionale Crossair, la société Swiss prit la succession de l’entreprise au 31 mars 2002. La Confédération et les banques injectèrent ensemble plus de 3 milliards dans la reconstruction complexe et de la compagnie. De cette somme, 1,7 milliard provenait des caisses de l’Etat.

Swiss ne parvint cependant jamais à maintenir l’altitude de vol souhaitée. Les turbulences étaient trop importantes, l’environnement économique trop instable. Lorsqu’elle fut reprise par la compagnie allemande Lufthansa, au début 2005, elle valait encore tout juste 340 millions de francs. Mais dès lors, la filiale dégagea à nouveau de juteux bénéfices.

Relaxés au pénal, les anciens membres du Conseil d’administration et responsables du management de Swissair n’ont pas encore passé à la caisse pour la débâcle de leur ancienne compagnie. Une plainte en dommages et intérêts a été déposée par le liquidateur de Swissair, Karl Wüthrich, pour un montant de trois milliards de francs.

Une affaire bouclée pénalement

Pour l’heure, il n’est pas clair si les responsables doivent répondre du préjudice avec leur fortune personnelle ou non. En outre, selon Karl Wüthrich, la question n’est pas non plus résolue de savoir si l’affaire se réglera devant la justice ordinaire ou par une procédure extrajudiciaire.

Au pénal, l’affaire est bouclée depuis près de cinq ans. En juillet 2007, le tribunal de district de Bülach acquittait les 19 accusés, parmi lesquels figuraient des personnalités en vue de l’économie suisse.

L’opinion publique suisse et l’accusation ont ainsi pu constater que les mauvaises décisions et les erreurs de management ne peuvent être poursuivies pénalement.

2001, l’automne des catastrophes

11 septembre: les attentats meurtriers aux Etats-Unis commis au moyen de trois avions ont causé un bain de sang et le chaos. Près de 3000 personnes ont perdu la vie à New York et Washington, ainsi que dans le crash d’un quatrième avion détourné.
 
27 septembre: un tireur tue 14 personnes dans le parlement du canton de Zoug avant de se donner la mort.
 
24 octobre: 11 personnes périssent dans l’incendie provoqué par la collision de deux camions dans le tunnel du Gothard.
 
24 novembre: 24 parmi les 33 passagers et le personnel de bord d’un vol Crossair reliant Berlin à Zurich périssent dans le crash de l’avion à Bassersdorf, dans les environs de l’aéroport.


(Traduction de l’allemand: Samuel Jaberg), swissinfo.ch



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