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Théâtre «Luxe, calme», et volupté en moins

Luxe, calme

Mis en scène par Mathieu Bertholet, les palaces ont des airs de maisons de santé. Ce que certains furent à l'origine et que d'autres sont devenus depuis.

(Mathilda Olmi)

Mathieu Bertholet, auteur dramatique et metteur en scène valaisan, crée à Lausanne une pièce dans laquelle il revient sur l’histoire des Palaces suisses. Autrefois source de revenus grâce au tourisme romantique, que deviennent aujourd’hui ces hôtels opulents? Entretien.

Depuis longtemps, ils font la renommée hôtelière d’une Suisse de luxe: Les Trois Rois, le Dolder, le Suvretta, le Badrutt… et tant d’autres palaces émaillent, telles des pierres précieuses, les grandes villes de ce pays et les stations de ski très chic. Mathieu Bertholet les connaît bien, il y a dormi et goûté à leur opulence. Dans ses valises, une solide curiosité d’enquêteur qui, à la manière d’un envoyé spécial du guide Michelin, couche sur papier, après chaque visite, ses notes. Pas des notes qui se lisent en chiffres (17/20, 18/20…), mais des notes qui se traduisent en réflexions.

Des réflexions bien pesées qui ont donné naissance à une pièce que Mathieu Bertholet, dramaturge et metteur en scène valaisan, a lui-même écrite. Il la crée au Théâtre de Vidy-LausanneLien externe sous le titre «Luxe, calme» (à voir du 8 au 18 mars). En amont de cette pièce, trois ans environ de voyages et de recherches, motivés par un souci de vérité. Au bout du fil, cette interrogation: qu’en est-il de ces palaces? L’auteur répondra à la question, et ira même plus loin en imaginant un avenir possible à ces établissements de luxe qui pourraient devenir le futur bercail du suicide assisté.

Mathieu Bertholet

(Samuel Rubio)

La «romantisation» du paysage

Exposée comme ça, l’idée paraît cynique. Mais Bertholet se défend de tout cynisme. Interrogé par swissinfo.chLien externe, il commence d’abord par remonter le temps, racontant l’histoire de ces palaces et leur évolution au fil des ans. «Beaucoup d’entre eux sont nés au XIXe siècle, explique-t-il. Elevés pour la plupart sur de magnifiques sites montagneux, ils ont largement contribué à la «romantisation» du paysage suisse et à la «vente» de ce dernier à l’étranger. A l’époque, les Anglais et les Russes étaient friands de ce luxe hôtelier, comme d’ailleurs une bonne partie de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie européennes».

L’idylle alpine voyait alors le jour. La beauté des paysages restera son versant lumineux. L’autre face, plus noire, sera, quant à elle, liée à la mort. Des drames sont ainsi répercutés dans des textes littéraires de grands écrivains, pas forcément Suisses. L’Allemand Thomas Mann situe son roman «La Montagne magique» à Davos où des tuberculeux se font soigner à grands frais. Autre exemple, «Le Premier soir», nouvelle de la Française Marguerite Yourcenar: en voyage de noces, un jeune marié, résidant dans un palace de la Riviera lémanique, apprend le décès de sa maîtresse.

Une industrie réglée comme une horloge

«Cette nouvelle a opéré en moi un déclic, explique Bertholet. J’y ai vu un rapprochement entre le mythe romantique et la tragédie. Lors de mes déplacements, j’ai constaté que certains de ces palaces sont à l’abandon, faute de clients ou de réelles possibilités d’exploitation. D’autres, au contraire, ont été «recyclés», mais pour servir de cliniques ou de maisons de retraite. En somme, on y vient pour mourir. Je pense que dans ce pays l’industrie de la mort est très bien organisée, réglée comme une horloge. Tenez, le suicide assisté! Ça reste quand même un concept helvétique!».

Dignitas et Exit. Deux associations suisses qui viennent en aide à ceux qui souhaitent mettre fin à leur vie. «Je ne les dénonce pas dans ma pièce, affirme l’auteur, mais je profite de ma réflexion sur les hôtels de luxe pour recentrer le sujet: hier on vendait le tourisme romantique, aujourd’hui on vend ce que j’appelle «le tourisme de la mort». Les Suisses ont un sens aigu du commerce, pourquoi donc ces associations ne proposent-elles pas à leurs clients des palaces pour y mourir, au lieu de leur offrir des locaux planqués dans la zone industrielle de Zurich?»

Hypocrisie

La question est posée sur un ton ironique, certes. «Mais elle n’en demeure pas moins légitime», estime Mathieu Bertholet, qui voit la Suisse comme «un laboratoire intéressant pour une réflexion sur les moyens de se faire de l’argent».

«Que certains terminent leur vie sur les bords du Léman ou au cœur des Alpes, pourquoi pas?, ajoute-t-il. Vladimir Nabokov est bien décédé au Montreux Palace! Mais qu’on aide les gens à mourir derrière les portes closes, de manière hypocrite, je trouve cela inadmissible», conclut notre interlocuteur, un regret dans la voix.

Mathieu Bertholet:

Né en 1977 dans le canton du Valais, il se forme à l’Université des Arts de Berlin

Il est directeur artistique et metteur en scène de la compagnie MuFuThe, créée en 2008, co-instigateur du Master de mise en scène à l’école de la Manufacture, à Lausanne et co-responsable du département Écriture Dramatique à l’ENSATT (Ecole nationale supérieure des arts et techniques du spectacle), à Lyon

Ses pièces sont publiées chez Actes Sud-Papiers, en 2003, il reçoit le Prix d’encouragement de l’Etat du Valais, et en 2011, une bourse de la Fondation Leenaards (Lausanne).

En juillet 2015, il prend la direction du Théâtre Le Poche, à Genève.

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