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L'enquête sur le projet de défense sol-air confirme le ministre de la défense Guy Parmelin dans sa décision de suspension.

Keystone/PETER SCHNEIDER

(sda-ats)

L'armée et armasuisse doivent être plus transparents, conclut l'enquête administrative sur le projet d'achat d'un nouveau système de défense sol-air. Au vu de la situation, la suspension de la procédure par le conseiller fédéral Guy Parmelin était compréhensible.

L'information interne et externe est le talon d'Achille du projet de défense sol-air, note l'enquête présentée jeudi devant les médias à Berne. Le Département de la défense, et plus particulièrement l'armée et l'Office fédéral de l'armement (armasuisse), n'ont pas réussi à rallier le soutien des autorités politiques et de la population.

A commencer par celui du ministre de la défense. Ce dernier a eu l'impression de ne pas disposer des mêmes informations que les médias, relève l'ancien directeur du Contrôle fédéral des finances Kurt Grüter, qui a dirigé l'enquête. D'où la décision du ministre de suspendre le projet, "politiquement compréhensible", surtout dans la perspective de l'acquisition d'un nouvel avion de combat.

Le projet reste gelé en attendant l'analyse des recommandations du rapport, a précisé de son côté Guy Parlemin, qui s'est dit conforté dans sa décision mais a assuré qu'"il faut toujours ces systèmes de défense". Certaines recommandations touchent même l'ensemble des départements. Pour les mettre en oeuvre, il faudra impliquer les commissions de gestion parlementaires.

Des risques et chances

L'enquête administrative, mandatée en avril par le ministre de la défense, devait vérifier si le projet de défense sol-air a eu ou non des déficits. Le projet en question vise à remplacer les équipements vieillissants de l'armée suisse (engins guidés Stinger et Rapier, système de canons de DCA de 35 mm).

Pour mieux convaincre population et autorités à l'avenir, le rapport propose de leur présenter dès le départ et de manière différente les enjeux. Il faudrait leur fournir des estimations sur les coûts finaux présumés, les risques et les chances, et non mentionner des coûts susceptibles de varier et le coût de certaines prestations.

Par ailleurs, pour les projets d'armement importants, les autorités politiques doivent être associées plus tôt au processus d'acquisition du matériel, souligne le rapport. Et cette étape doit s'effectuer, de manière générale, plus rapidement, au vu des avancées technologiques constantes.

"Pas le même langage"

En automne 2015, la société Thales Suisse a reçu mandat de la part du Département de la défense de préparer côté suisse l'acquisition du nouveau système de défense sol-air. L'initialisation du projet, comme son organisation et son déroulement, ont été conformes aux directives et règlements, assure le rapport. Une gestion du risque efficace et adaptée avait été mise en place.

Les coûts étaient cependant difficiles à estimer, souligne M. Grüter. Le ministre de la défense n'est lui "pas sûr que tous aient parlé le même langage": "il était question de 500 millions, ensuite de 700 millions, puis d'1,1 milliard pour un projet encore partiel, etc". Il ne restait dès lors que la suspension du projet, s'est justifié Guy Parmelin, rappelant les sommes énormes en jeu.

Le ministre a gelé les travaux fin mars. Motif officiel: il voulait disposer d'une vue d'ensemble de la défense aérienne, notamment l'évaluation d'un nouvel avion de combat, avant de poursuivre ce projet. Puis le conseiller fédéral a résilié le contrat avec Thales et ordonné cette enquête administrative. Le gel du projet a coûté environ 19 millions de francs.

Questions en suspens

Plusieurs médias ont fait état d'incohérences dans l'affaire du projet de défense sol-air. Selon des documents confidentiels, les deux systèmes testés ne remplissent pas les exigences. Le modèle allemand IRIS-T ne pourrait pas être utilisé par tout temps, le britannique CAMM-ER n'aurait pas une portée assez longue.

D'après l'enquête, aucun des deux engins n'a été exclu d'emblée. Le groupe responsable du dossier, dirigé par le commandant de l'armée de l'air Aldo Schellenberg, a émis des réserves quant à leurs limites, poursuivant toutefois ses travaux. Au lieu de procéder à une nouvelle évaluation, il estimait plus pertinent d'acquérir les deux systèmes, dont selon lui les défauts et qualités se compensent.

Aldo Schellenberg garde cependant la confiance de Guy Parmelin: "il n'a pas violé ses devoirs de surveillance du projet". Même si, au fur et à mesure que celui-ci avançait, des incertitudes sont apparues: "à un moment donné, une communication plus active était nécessaire et il était trop tard".

D'autres investigations

Une autre enquête a été ouverte par le chef de l'armée André Blattmann, au sujet des fuites dans la presse. Elle est en cours, a indiqué jeudi la justice militaire, chargée d'établir si des infractions ont été commises. L'affaire préoccupe aussi les parlementaires: les commissions de gestion devraient se prononcer sur la décision de M. Parmelin d'ici la fin de l'année.

sda-ats

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