Brésil: transfert de prisonniers pour éviter un nouveau massacre


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Quatre autobus ont été mobilisés pour transférer vers une autre prison de l'Etat de Rio Grande do Sul 220 détenus appartenant à l'une des factions rivales qui menaçaient de s'entretuer à nouveau.

KEYSTONE/EPA EFE/NEY DOUGLAS

(sda-ats)

Les forces de l'ordre brésiliennes ont procédé mercredi au transfert d'environ 220 détenus de la prison d'Alcaçuz, près de Natal (nord-est). Un affrontement entre gangs rivaux y a fait 26 morts ce week-end.

La police d'élite est entrée dans l'établissement peu après 14h00 locales (17h00 en Suisse ). Les premiers prisonniers ont pris place dans des autobus vers 18h30, a rapporté un journaliste d'AFPTV sur place.

"Nous allons transférer les détenus avec le plus grand soin possible. L'objectif est de maintenir l'ordre et la tranquillité dans la prison", a expliqué peu avant l'opération le major Eduardo Franco, porte-parole des forces de l'ordre de l'État de Rio Grande do Norte.

Quatre autobus ont été mobilisés pour transférer vers une autre prison de l'Etat de Rio Grande do Sul 220 détenus appartenant à l'une des factions rivales qui menaçaient de s'entretuer à nouveau.

Dans le même temps, un nombre équivalent de prisonniers n'appartenant à aucune faction criminelle ont été conduits de cette autre prison à celle d'Alcaçuz, dans une sorte d'échange visant à apaiser les tensions.

Pendant l'opération de transfèrement, des compagnes de détenus ont tenté de bloquer la route. Elles ont été dispersées par la police avec des tirs de balles de caoutchouc.

"L'opération s'est bien passée, il n'y a pas eu de résistance des détenus", s'est félicité le responsable régional à la Sécurité, Caio Bezerra, cité par le site d'informations UOL. "Nous avons fouillé tous les pavillons de la prison et nous avons trouvé des armes à feu, des gilets pare-balles et une grande quantité d'armes blanches", a-t-il ajouté.

Pacte rompu

Depuis mardi, les membres de factions rivales se faisaient face, retranchés derrière des barricades de fortune et séparés par une simple cour intérieure d'une cinquantaine de mètres. Pendant la nuit de mardi à mercredi, ils avaient allumé de grands feux et poussé des cris de guerre. Mais l'affrontement qui aurait pu tourner au bain de sang n'a pas eu lieu.

La guerre sans merci pour le contrôle du trafic de cocaïne a déjà fait plus de 130 morts au Brésil depuis le début de l'année. Elle oppose le puissant PCC (Premier commando de la capitale), de Sao Paulo, au Comando Vermelho (CV), basé à Rio de Janeiro, et à ses alliés régionaux.

Le PCC a rompu un pacte tacite de partage du marché brésilien en tentant d'étendre son pouvoir à l'ensemble du pays et de contrôler tout l'approvisionnement de la cocaïne en provenance du Pérou et de Colombie, aux frontières nord du Brésil. Ces dernières sont très difficiles à contrôler en raison de leurs vastes étendues en pleine forêt amazonienne.

"Urgence nationale"

À Natal, les détenus qui se sont affrontés avec ceux du PCC appartiennent à la faction locale "Syndicat du crime RN", alliée au CV. Ils ont tenté mardi d'attaquer le quartier où sont confinés les membres du PCC. "Nous voulons que ceux du PCC aillent dans un autre État. Nous n'arrêterons pas tant qu'ils (les autorités) ne les enlèveront pas d'ici", avait expliqué un détenu par téléphone à l'AFP.

Dans la nuit de samedi à dimanche, les factions rivales étaient parvenues à sortir des quartiers séparés où elles étaient confinées pour s'affronter sauvagement. La plupart des 26 personnes tuées ont été décapitées.

À Brasilia, le ministre de la défense, Raul Jungmann, a annoncé la mobilisation de 1000 hommes des forces armées pour venir en aide aux agents pénitentiaires. Ils auront pour mission d'effectuer des fouilles à l'intérieur des prisons, à la recherche d'armes, de téléphones portables et de drogue. Mais ils n'auront "aucun contact avec les détenus".

"Nous vivons une situation d'urgence nationale", a reconnu le ministre de la Défense. Ce renfort de l'armée n'a donc pas pour objectif de reprendre le contrôle des prisons en cas de mutinerie, ce qui serait anticonstitutionnel, selon le ministre de la Défense.

ATS

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