Corruption: Bucarest persiste malgré des protestations massives


 Toute l'actu en bref

Les rangs du PSD ont été particulièrement touchés par les enquêtes du parquet anticorruption (DNA).

KEYSTONE/AP/VADIM GHIRDA

(sda-ats)

Le gouvernement social-démocrate roumain a défendu bec et ongles jeudi un décret d'urgence assouplissant la législation anticorruption. Cela malgré un désaveu massif et une troisième soirée de manifestations dans tout le pays.

"Nous avons pris une décision au sein du gouvernement et nous allons de l'avant", a déclaré le Premier ministre Sorin Grindeanu à l'issue d'une réunion de son parti (PSD). Il a ajouté qu'il n'avait pas l'intention de retirer le texte qui a mis le feu aux poudres.

Les adversaires de la révision du code pénal n'ont pas désarmé non plus: ils étaient de nouveau des milliers à manifester dans la soirée à travers le pays, même si la foule semblait moins dense que la veille.

"Abrogez puis partez", scandaient à Bucarest les manifestants, environ 40'000 selon les médias, rassemblés devant le siège du gouvernement. Entre 200'000 et 300'000 avaient battu le pavé mercredi soir, lors d'une mobilisation sans égal depuis la chute du régime communiste de Nicolae Ceausescu fin 1989.

Démission réclamée

"Arrêtez de voler !" lançait la pancarte de Carmen, une architecte de 31 ans, qui promet de manifester jusqu'à ce que le gouvernement démissionne.

Le puissant chef du PSD, Liviu Dragnea, a dénoncé "une tentative de déstabiliser le gouvernement", mettant en cause "une campagne de mensonges et de désinformation".

Dénonçant une volonté du gouvernement de permettre à des élus et hommes d'affaires soupçonnés de malversations d'échapper à la justice, la mobilisation a été immédiate dans ce pays pauvre où la lutte contre la corruption s'était intensifiée ces dernières années sous la pression de l'UE et de magistrats très offensifs.

PSD lui-même concerné

Les rangs du PSD, au centre de la vie politique depuis la fin du communisme, ont été particulièrement touchés par les enquêtes du parquet anticorruption (DNA).

Le DNA est l'institution qui bénéficie du plus fort taux de confiance du pays après l'Eglise orthodoxe et l'armée tandis que 95% des Roumains souhaitaient, avant les élections de décembre, que la lutte contre la corruption, fléau endémique, soit une priorité du futur gouvernement.

Plusieurs manifestants disaient craindre "un retour en arrière". A Bucarest, où environ 100'000 personnes sont descendues dans la rue mercredi, la manifestation s'est terminée par des échauffourées, faisant six blessés légers.

L'exécutif justifie sa réforme par la nécessité de désengorger les prisons et de mettre en conformité le code pénal, dont une soixantaine d'articles ont été invalidés par la Cour constitutionnelle.

Fissures au gouvernement

Des fissures ont commencé à apparaître au sein du gouvernement. Le ministre des Milieux d'affaires, du Commerce et de l'Entrepreneuriat Florin Jianu a démissionné jeudi, critiquant "l'erreur" du pouvoir.

Le ministre de la Justice Florin Iordache a affirmé qu'il ne démissionnerait pas, annonçant toutefois qu'il déléguait ses pouvoirs à un adjoint pour une semaine, sans en expliquer les raisons.

La Commission européenne, le Conseil de l'Europe et plusieurs ambassades occidentales ont exprimé leur préoccupation face au projet du gouvernement. Les adversaires du décret misent désormais sur une intervention de la Cour constitutionnelle.

Le président de centre droit Klaus Iohannis, en guerre ouverte avec le gouvernement, a annoncé jeudi avoir saisi la haute juridiction. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) avait fait de même mercredi.

ATS

 Toute l'actu en bref