Elections sans grandes promesses en Irlande du Nord


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La crise en Ulster cache un malaise profond lié au Brexit. La province a voté à 56% contre une sortie de l'UE, alors que le Royaume-Uni dans son ensemble a choisi le divorce avec Bruxelles.

KEYSTONE/AP/PETER MORRISON

(sda-ats)

Les Irlandais du Nord se sont rendus aux urnes jeudi, pour la deuxième fois en un an. L'issue du scrutin ne devrait cependant pas permettre à la province de sortir de l'impasse politique, ce qui la ferait repasser sous le contrôle direct de Londres.

Le gouvernement de partage du pouvoir entre les unionistes pro-britanniques et les nationalistes du Sinn Fein a été poussé à la démission en janvier en raison du scandale provoqué par un programme de subventions destiné aux énergies renouvelables. La première ministre sortante, l'unioniste Arlene Foster, avait alors fait l'objet d'une enquête judiciaire.

Le refus d'Arlene Foster de quitter ses fonctions a poussé le nationaliste Martin McGuinness, ancien commandant de l'Armée républicaine irlandaise (Ira), à démissionner du poste de vice-premier ministre. Une décision qui, conformément à l'accord de partage du pouvoir, a provoqué la chute du gouvernement tout entier.

Accord peu probable

Au terme d'une campagne électorale acrimonieuse, le Parti unioniste démocrate (DUP) et le Sinn Fein devraient conserver leur prédominance. Les résultats ne seront rendus publics que vendredi ou samedi. Et les deux partis n'auront que trois semaines pour s'entendre sur la formation d'un nouveau gouvernement, avant que les pouvoirs ne soient rendus au parlement de Westminster dans le cadre du "direct rule".

Un contrôle direct de Londres fait horreur aux nationalistes et priverait les unionistes d'une voix au chapitre pendant les négociations en vue du Brexit (rejeté par 56% des Nord-Irlandais lors du référendum du 23 juin dernier). Malgré cette menace, un accord entre les deux partis semble peu probable.

Le Sinn Fein a en effet posé des conditions que le DUP a d'ores et déjà dit rejeter. Parmi elles, se trouvent le retrait d'Arlene Foster et l'adoption d'une loi reconnaissant les droits des habitants parlant le gaélique.

"Ils sont tellement occupés à marquer des points que je ne les vois pas devenir subitement les meilleurs amis du monde et conclure un accord en trois semaines", commente Gillian Graham, un enseignant à la retraite de 65 ans, en allusion aux noms d'oiseaux qui ont volé pendant toute la campagne entre les deux camps.

"Je pense que c'est une totale perte de temps. Peut-être qu'un peu de 'direct rule' ne leur ferait pas de mal et que la perte de leur salaire les aidera à reprendre leurs esprits", ajoute-t-il.

Contrôle presque inévitable

Le blocage semble tel que l'ancien dirigeant du DUP, Peter Robinson, a jugé mercredi "presque inévitable" que l'Irlande du Nord repasse sous la coupe de Londres. Ce serait la première fois depuis une décennie.

Les unionistes ont dramatisé l'enjeu du scrutin en prévenant que le Sinn Fein chercherait, s'il le remporte, à relancer le débat sur la réunification de l'Irlande. La proposition a déjà gagné en vigueur dans la perspective du Brexit.

Même s'ils se sont montrés jusqu'à présent moins vocaux que les Ecossais sur la défense de leurs droits lors de la sortie de l'Union européenne, les nationalistes ont suggéré eux aussi la tenue d'un référendum sur le rattachement à l'Irlande.

"Arlene doit leur tenir tête", juge Billy Hamilton, un ouvrier de chantier naval à la retraite. "On leur en a déjà donné suffisamment, mais ils en réclament toujours plus et ils ne seront contents que quand nous serons tous dirigés depuis Dublin."

ATS

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