L'homme qui a étranglé son épouse risque 18 ans, puis l'internement


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Le Ministère public a requis 18 ans et l'internement contre le meurtrier devant le Tribunal d'arrondissement de la Sarine a Fribourg (archives).

KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT

(sda-ats)

Le Portugais de 58 ans qui a violé et étranglé son épouse en 2014 à Fribourg risque 18 ans de prison, puis l'internement au terme de cette peine. C'est la réquisition du Ministère public fribourgeois, que la défense juge largement disproportionnée. Verdict le 30 mars.

Il s'agit de sanctionner des crimes d'une exceptionnelle gravité et la culpabilité écrasante du prévenu, mais aussi de protéger la société à long terme contre sa dangerosité, a expliqué le procureur Marc Bugnon mercredi devant le Tribunal pénal de la Sarine.

Le quinquagénaire est jugé pour le meurtre de son épouse le 29 décembre 2014, et pour l'avoir violée six semaines plus tôt. Il est aussi accusé d'avoir infligé dans les années 2000 des actes sexuels à ses deux fils, qu'il avait eus avec une précédente compagne.

Il y a chez le prévenu un risque considérable de récidive, selon l'expert psychiatre Philippe Vuille. Ses troubles sont impossibles à traiter, pour l'heure. Quant à sa responsabilité: il avait pleine capacité de comprendre et choisir ce qu'il faisait lors du crime.

Psychopathe manipulateur

Cet homme apathique et muet sur sa chaise pourrait avoir l'air inoffensif, a observé le procureur. Il appartient toutefois à la catégorie restreinte des psychopathes, au sens clinique du terme. L'expert a souligné ses capacités de simulation et de manipulation.

Le prévenu avait l'habitude d'asservir les membres de son cercle familial pour assouvir ses envies. Les quatre femmes qui ont eu le malheur de partager sa vie ont subi des pressions psychologiques et des violences physiques, a relevé Marc Bugnon. Une ancienne compagne s'était même plainte d'un viol et d'une tentative de strangulation.

Sa dernière épouse voulait simplement la paix: mettre fin à un mariage raté dans lequel elle a été harcelée, menacée et violée. Elle l'a payé de sa vie, dans sa boutique, étranglée par son mari au moyen de son foulard.

Le procureur a commenté les accusations des deux fils âgés de 24 et 18 ans. Ils ont dénoncé les abus en 2014 pendant l'enquête sur le meurtre. S'ils ne l'ont pas fait avant, c'est par honte et par peur des représailles. "Ils étaient tabassés par leur père" à l'époque, un fait qui avait été reconnu par la justice.

Pas un monstre

Les avocats de la défense (commis d'office) ont rejeté les accusations de viol sur l'épouse et d'actes sexuels avec des enfants, pas assez étayées selon eux. Ils ont demandé une peine "nettement plus clémente" que celle requise par le procureur.

Il faut s'en tenir au contenu de l'acte d'accusation, et ne pas mélanger avec diverses affaires du passé, a argumenté Me Sébastien Pedroli. L'une s'était conclue par un non-lieu (viol sur la précédente compagne) et les autres reposent seulement sur les dires de certains protagonistes.

L'avocat s'est aussi efforcé de nuancer le portrait du prévenu et de la relation des époux: "Ce n'est pas un monstre". Il a commis l'irréparable, mais il n'a jamais voulu cette fin dramatique.

Incertitude

La victime a pu s'installer en Suisse et acheter un atelier-boutique de couture grâce à son mari, a dit l'avocat. Ce n'est qu'à partir de l'été 2014 que la relation s'est dégradée. Le mari a été en arrêt-maladie, puis il a été licencié.

L'épouse a confié à ses proches que la relation devenait pesante. Mais il y a eu un "double jeu" de sa part même après la rupture, selon la défense. Le mari était dans l'incertitude.

Elle lui a fait garder sa boutique pendant qu'elle visitait sa famille au Portugal à Noël. Elle lui a laissé croire qu'à son retour, elle souperait avec lui pour son anniversaire. Jusqu'au jour du drame, il espérait toujours qu'elle se remettrait avec lui.

Le prévenu a eu mercredi une ultime occasion de s'exprimer, alors que la veille il avait refusé de parler. "Je regrette tout ce qui s'est passé avec ma femme et je demande pardon à la famille", a-t-il dit devant la Cour. Le juge lui a suggéré en vain de traduire en portugais pour que la famille de la victime puisse entendre ces mots.

ATS

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