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Des milliers de maisons ont été détruites ou endommagées dans les actions menées par les forces de sécurité dans le sud-est de la Turquie (archives).

KEYSTONE/AP/EMRAH GUREL

(sda-ats)

L'ONU accuse la Turquie d'utiliser l'état d'urgence pour étendre la répression des opposants dans le sud-est du pays. Elle a demandé vendredi à Genève une investigation indépendante sur des centaines d'exécutions présumées de juillet 2015 à août 2016.

"Aucune investigation crédible n'a été menée" sur ces accusations d'exécutions, estime le Haut Commissaire aux droits de l'homme dans un rapport publié vendredi. Aucun suspect ne semble avoir été arrêté ni poursuivi, déplore Zeid Raad al-Hussein.

Les investigations indépendantes "pourraient être nationales ou internationales", a précisé devant la presse un porte-parole du Haut Commissariat, Rupert Colville. Elles doivent être lancées avant toute visite de M. Zeid dans la zone, a-t-il ajouté. L'ONU n'a pas encore eu accès à la région.

De juillet 2015 à décembre dernier, les forces gouvernementales ont mené des actions dans 30 villes ou quartiers. Au total, selon des indications des autorités, 2000 personnes auraient été tuées. Parmi elles figurent 800 membres des forces de sécurité et 1200 habitants, dont certains auraient pu notamment avoir lancé des violences contre l'Etat.

Torture et disparitions forcées

Le Haut Commissariat estime que ces chiffres doivent encore être "vérifiés". Le gouvernement accuse le Parti des travailleurs kurdes (PKK) d'être responsable du décès de nombreux membres des forces de sécurité. Le Haut Commissaire souhaite que les investigations clarifient ces allégations.

Dans les actions menées par les forces de sécurité, jusqu'à 500'000 personnes, la plupart kurdes, ont été déplacées. Des actes de torture, de disparitions forcées et d'empêchement d'accès aux soins, à l'eau ou à la nourriture ont été constatés, de même que des violences contre les femmes.

Destruction massive d'habitations

A Nusaybin, dans la province de Mardin, près de 1800 maisons semblent avoir été détruites ou endommagées. Dans l'est d'un quartier de Diyarbakir, 70% des habitations ont été systématiquement touchées par des bombardements. Les destructions les plus importantes ont été observées en août dernier, selon le Haut Commissariat.

A Cizre, pour laquelle M. Zeid avait déjà demandé des investigations indépendantes en mai dernier, plus de 180 personnes ont été piégées pendant des semaines début 2016 dans un immeuble sans eau ni nourriture ou soins. Elles ont ensuite été tuées dans des raids. La destruction des bâtiments a empêché que les victimes soient identifiées.

Au lieu de mener des investigations sur "les circonstances des indications d'usage excessif de la force", les autorités locales ont accusé ces personnes de faire partie d'organisations terroristes, affirme le rapport. Des mesures répressives ont été lancées contre des membres de leurs familles.

Responsables politiques visés

L'état d'urgence en vigueur depuis le coup d'Etat avorté en juillet dernier contre le président Recep Tayyip Erdogan n'a pas amélioré la situation dans le sud-est, selon le Haut Commissariat. Plus de 10'000 personnes ont été congédiées, suspectées d'avoir des liens avec le PKK, mais sans faire l'objet d'investigations appropriées.

Le recours à la loi contre le terrorisme pour neutraliser des responsables politiques kurdes et des membres des autorités judiciaires ou de la société civile a "sévèrement" diminué la protection des droits de l'homme. M. Rupert a expliqué ne pas voir de quelle manière ce type de dispositif peut contribuer à "réduire les tensions".

Réparations pour les victimes

Parmi ses recommandations, le Haut Commissariat demande notamment des réparations pour les victimes et leurs proches touchés par des violations. Il souhaite aussi que les personnes tuées ou détenues par les forces de sécurité soient identifiées.

Et il demande aux autorités de continuer à coopérer avec le rapporteur spécial de l'ONU contre la torture, le Suisse Nils Melzer, qui avait dénoncé il y a trois mois des abus "répandus" après le coup d'Etat avorté. L'état d'urgence doit également être limité à des situations dans lesquelles il est indispensable, estime le Haut Commissariat. D'autres rapports vont être publiés régulièrement.

ATS