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La Banque centrale européenne (BCE) communiquera pour la première fois le 18 juillet sur ses obligations d'entreprises (archives).

KEYSTONE/EPA DPA/FRANK RUMPENHORST

(sda-ats)

La Banque centrale européenne (BCE) a commencé mercredi à racheter des obligations émises par les entreprises de la zone euro, un nouvel élément inédit de la panoplie de mesures qu'elle déploie depuis des mois pour faire repartir l'inflation.

La Banque de France, l'une des six banques centrales nationales -avec notamment la Bundesbank- auxquelles la BCE confie cette mission, "a bien démarré le programme de rachats d'obligations d'entreprises", a indiqué dans la matinée une de ses porte-parole à l'AFP.

Elle n'a pas voulu préciser sur quelles obligations l'institution avait jeté son dévolu. D'après l'agence Bloomberg News, qui cite des sources anonymes, des obligations du plus grand brasseur au monde, le belgo-brésilien AB InBev, mais aussi du constructeur automobile français Renault, du groupe de télécoms espagnol Telefonica, de l'industriel allemand Siemens ou encore de l'assureur italien Generali ont profité mercredi du programme de la BCE.

Ce dernier a pour but de faciliter le financement des entreprises afin de les inciter à investir. Les entreprises françaises, plus enclines que d'autres en Europe à se financer sur le marché obligataire, sont en première ligne pour profiter de ces nouvelles largesses.

La BCE fait déjà pour 80 milliards d'euros (88 milliards de francs) d'emplettes par mois sur les marchés pour revigorer l'économie de la zone euro et les prix. C'est son programme d'"assouplissement quantitatif", ou "QE", élément central de sa stratégie pour faire repartir l'inflation, aux côtés de baisses de taux d'intérêt et de prêts géants aux banques. Le "QE" portait pour le moment principalement sur les obligations émises par les 19 Etats du bloc monétaire.

Inciter à investir

Certains en Allemagne s'alarment des conséquences possibles du nouveau programme. Le journal conservateur allemand Die Welt évoque une "entrée en territoire inconnu" pour la BCE et redoute "d'énormes distorsions" sur le marché des obligations d'entreprises, et la formation d'une bulle spéculative.

La BCE explique vouloir agir sur ce marché afin de faire baisser les taux et d'inciter les entreprises à passer par d'autres canaux que les banques pour investir, mais pas de manière inconsidérée. Pour avoir un effet le plus neutre possible, elle entend par exemple respecter le panachage existant entre les différentes nationalités des entreprises présentes sur le marché.

Selon les experts, les obligations d'entreprises - un marché petit par rapport à celui des obligations souveraines - ne devraient représenter qu'une petite partie des 80 milliards d'euros déboursés par la BCE chaque mois. Les analystes misent sur 3 à 10 milliards d'euros.

Coup de chaud

La BCE s'est fixée certaines règles qui restreignent sa marge de manoeuvre. Elle ne rachètera par exemple pas d'obligations émises par des banques. En rachetant 5 milliards par mois jusqu'à mars 2017, la date de fin prévue du "QE", la BCE mettrait la main sur jusqu'à 10% du marché.

L'annonce en mars par la BCE qu'elle allait intervenir sur ce segment, une première à cette échelle pour une grande banque centrale, avait donné un coup de chaud au marché obligataire.

Les taux ont alors baissé de manière marquée, et les nouvelles émissions se sont succédé à un rythme soutenu, dont la plus grosse opération en euros de tous les temps par AB Inbev (plus de 13 milliards d'euros).

Impact limité

Certains ont même vu dans plusieurs émissions en euros d'entreprises américaines, comme Fedex ou IBM, une manifestation des espoirs qu'elles fondaient sur l'appétit de la BCE.

Mais depuis les choses sont quasiment revenues à la normale. Pour Louis Harreau, stratégiste de Crédit Agricole CIB à Paris, le programme de rachats d'obligations d'entreprises "est déjà largement dans le marché", dit-il à l'AFP. Les analystes d'Unicredit prédisent "un impact limité" sur les taux.

En revanche, anticipe Commerzbank, l'inclusion au QE des obligations d'entreprises pourrait "soulager" le marché de la dette publique, où les titres se raréfient face à l'appétit de la BCE. L'institution monétaire de Francfort communiquera pour la première fois le 18 juillet sur ses rachats d'obligations d'entreprises.

sda-ats

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