Le plus petit fondeur de Suisse fait les cloches des JO


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Serge Huguenin est l'unique employé de la fonderie Blondeau.

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(sda-ats)

La fonderie Blondeau à La Chaux-de-Fonds est l'une des plus petites de Suisse. Cela n'empêche pas l'entreprise d'être le fournisseur de cloches pour la société de chronométrage sportif Swiss Timing lors de Jeux olympiques par exemple.

L'odeur de suie saisit immédiatement le visiteur : pas de doute, on est bien entré dans une fonderie, même si l'extérieur pouvait en faire douter. Immédiatement après, on est rendu attentif à la poussière noire qui se niche partout. "Ne posez rien par terre", déclare d'emblée le propriétaire de la fonderie Blondeau, Serge Huguenin.

Ce dernier, beau-fils de l'ancien propriétaire Raymond Blondeau, est désormais l'unique employé de la fonderie. "Il y a 30 ans, on coulait 17 tonnes par an et on était huit personnes", précise Serge Huguenin. Désormais, l'homme ne coule plus que 500 kilos, soit environ 250 cloches par année.

Technique ancestrale

Le recul des activités de la fonderie est directement lié à la baisse continue du nombre de paysans en Suisse et à la diminution de leurs revenus. "La plupart n'ont plus les moyens d'acheter une cloche pour chaque vache", note Serge Huguenin.

Devenu le seul employé il y a six ans lors du départ en retraite de son dernier ouvrier, l'homme connaît tout du processus de fabrication, une technique ancestrale qui date d'il y a 5000 ans.

Première étape : le moulage, on met du sable dans des châssis pour imprimer la forme du modèle – la firme en possède une centaine – et pour noter les inscriptions voulues. C'est grâce au sable que la cloche peut être personnalisée via des logos pour des manifestations ou lettre par lettre, dans le cadre d'un exemplaire unique.

Deuxième étape, le coulage : le fondeur coule le bronze, un mélange de 20% d'étain et de 80% de cuivre, dans un four à 1200 degrés. Entre 15 minutes et 1 heure plus tard, il est déjà possible de démouler. Ensuite, vient la dernière étape du tournage qui sert à enlever des croûtes de bonze pour que certaines parties soient lisses.

Moins de folklore

S'il ne produit pas de gros volumes, Serge Huguenin est fier de dire qu'il fait partie des rares artisans qui produisent tout de A à Z. En Suisse, il y a six autres fonderies, dont quatre autres en Suisse romande. "Les Fribourgeois et les Valaisans sont plus attachés au folklore, aux fêtes de lutte ou aux combats de reines que les Neuchâtelois", remarque Serge Huguenin.

Etre localisé dans le berceau de la précision offre toutefois des avantages. "Nos cloches sont bien marquées et c'est une des raisons pour lesquelles la filiale de chronométrage sportif du Swatch Group, Swiss Timing, fait appel à nous pour les cloches des Jeux olympiques. L'autre est la proximité géographique, Swiss Timing étant basée à Corgémont (BE)".

La fonderie Blondeau a réalisé 30 cloches pour les JO de Rio de Janeiro, qui ont notamment servi à annoncer le dernier tour de piste en athlétisme. L'entreprise a également réalisé six cloches pour Tissot pour le dernier Tour de France et le passage sur les Champs-Elysées, ainsi que celles pour les Jeux mondiaux de la jeunesse et les Universiades.

La plupart de ses clients sont toutefois des entreprises de l'Arc jurassien ou des privés de la région qui veulent faire un cadeau à l'occasion d'un mariage ou d'un anniversaire. Certains clients célèbres, comme par exemple Jacques Chirac, Adolf Ogi ou Didier Cuche, possèdent une cloche Blondeau.

Serge Huguenin déplore toutefois que l'intérêt pour les cloches décroisse dans la population et chez les jeunes en particulier. Le tourisme, pourrait-il être un créneau d'avenir ? Actuellement, les magasins de souvenirs regorgent de cloches avec logo "Switzerland" réalisées en Autriche, en Chine ou en France. Avec la nouvelle loi sur le swiss made qui est entrée en vigueur début 2017, pour mettre un tel logo, le produit devra être fait en Suisse.

Ses objets coûtent entre 18 et 1200 francs, selon le modèle.

Passionné par son métier de fondeur, même si les conditions économiques ne sont pas évidentes, Serge Huguenin a su transmettre sa fibre à son fils Aloïs, qui apprend petit à petit et à temps perdu le savoir-faire. Le métal devrait donc continuer de couler de nombreuses années à la rue de l'Hôtel-de-ville de La Chaux-de-Fonds.

ATS

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