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Les violences continuent dans l'Etat de Borno (archives).

KEYSTONE/EPA/STR

(sda-ats)

Le nord-est du Nigeria a besoin d'une mobilisation humanitaire rapide et massive pour des centaines de milliers de personnes. MSF a appelé à l'action mercredi à Genève face à "la probable pire crise" sanitaire au monde.

L'ONU doit augmenter son action et attribuer à cette situation le degré "d'urgence maximale", a souligné devant la presse le directeur général de Médecins Sans Frontières (MSF) Suisse Bruno Jochum. Un tel dispositif aurait été justifié depuis plusieurs mois et le responsable craint qu'il ne prenne encore des mois.

L'armée nigériane n'a toutefois regagné que récemment une partie de la région contrôlée auparavant par les extrémistes de Boko Haram. Les conditions sécuritaires restent "extrêmement difficiles", admet M. Jochum.

La reconquête de l'armée a permis d'accéder à des poches de déplacés entièrement isolées. Selon l'ONG, de 500'000 à 800'000 personnes vivent dans une situation désastreuse dans plusieurs villes de l'Etat de Borno depuis un an à un an et demi. Elle n'a aucune indication sur les zones rurales.

Quatre villes importantes n'ont pu encore être atteintes. Plus de deux millions de personnes sont déplacées dans la région.

Calfeutrés dans un site

Après avoir pu apporter de l'assistance fin juin à Bama, une équipe d'évaluation de MSF a pu entrer la semaine dernière pour la première fois à Banki, ville de 15'000 habitants à la frontière camerounaise.

De retour du Nigeria, le responsable des urgences de l'ONG Hugues Robert évoque une ville qui semble abandonnée. De nombreuses personnes sont pourtant calfeutrées dans un site de plusieurs centaines de mètres de longueur et de largeur. Elles n'en sortent qu'avec une protection militaire.

Les humanitaires aussi ne peuvent se déplacer que sous escorte. Des compromis rendus indispensables par la présence d'engins explosifs improvisés (IED) et de mines sur les routes. Problème, les personnes bloquées souffrent aussi d'une certaine "suspicion" de l'armée parce qu'elles n'ont pas fui devant Boko Haram.

A Banki, "aucun stock alimentaire" n'a été constaté dans les ménages, insiste M. Robert. Des distributions n'avaient pu avoir lieu que de manière très irrégulière et en petites quantités.

De 5 à 7 décès chaque jour

Selon les premières estimations, les taux de mortalité et de malnutrition sévère sont les mêmes qu'à Bama. De cinq à sept personnes seraient décédées chaque jour ou encore une pour douze habitants sur les six derniers mois.

Le taux de malnutrition sévère chez les enfants de moins de cinq ans atteint 15%. Près d'un enfant sur trois est mal nourri.

MSF a distribué des aliments thérapeutiques à près de 5000 enfants et les a vaccinés contre la rougeole. Elle a acheminé 40 tonnes de nourriture pour plus de 3500 familles, suivies le lendemain par 30 tonnes livrées par l'ONU. Il en faut 300 par mois pour une population comme celle de Banki.

Evacuation

Six personnes en situation médicale critique ont été transférées vers le Cameroun voisin de quelques kilomètres. De l'autre côté de la frontière, certains ont pu revenir et vivent de l'agriculture, s'étonne M. Robert.

MSF va se rendre à nouveau à Banki la semaine prochaine et va évaluer la situation dans deux autres villes. L'ONG va soutenir l'accès à l'eau potable et améliorer les conditions sanitaires.

Elle demande que les personnes bloquées au Nigeria puissent être acheminées dans des zones plus sûres, notamment dans les pays limitrophes. Et que les cas les plus graves puissent être pris en charge par les hôpitaux de la région. L'arrivée de la malaria pourrait aussi renforcer l'impact sur la population.

sda-ats

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