Toute l'actu en bref

L'interdiction "de grande envergure" de porter le voile, envisagée dans plusieurs cas en Suisse, est illégitime, selon un expert de l'ONU. Il s'inquiète aussi de restrictions à la liberté religieuse, utilisée à tort pour protéger les religions et non les individus.

Les limitations doivent être décidées avec des "justifications spécifiques", a dit jeudi le rapporteur spécial sur la liberté religieuse Heiner Bielefeldt devant la presse, au lendemain de la présentation de son rapport au Conseil des droits de l'homme. Dans certains cas, elles pourraient s'appliquer à des enseignantes, selon lui. Mais même sur cette situation, il doute de la légitimité d'une telle mesure.

Le Tribunal fédéral (TF) a récemment désavoué la communauté scolaire de St. Margrethen (SG) qui demandait la prohibition du voile islamique. Une initiative lancée en Valais vise à interdire le port de couvre-chefs dans les écoles publiques.

Plus largement, M. Bielefeldt, dont le mandat se termine en juillet, dénonce l'utilisation de la liberté religieuse par les Etats. "Il y a de nombreux pays dans le monde qui ont des lois sur le blasphème", y compris de vieux textes en Europe. Il appelle à les abroger.

Radicalisation ciblée

Dans d'autres pays, comme le Bangladesh et le Kazakhstan, des lois qui ne ciblent pas le blasphème en particulier ont les mêmes effets. Au Pakistan, la loi contre le blasphème prévoit des peines de mort, même si cette sentence n'est pas appliquée ensuite.

Selon lui, liberté religieuse et liberté d'expression ne s'opposent pas, alors que certains Etats ont estimé lors du débat sur son rapport que les libertés ne peuvent être absolues. Il s'inquiète également de la réémergence d'un discours qui cherche à établir ce que signifie la liberté religieuse.

La plupart des violations par les Etats sont perpétrées pour des raisons séculières, comme le renforcement de l'autorité ou l'affirmation d'une identité nationale qui discrimine les minorités, selon le rapporteur.

Il appelle aussi au respect de l'état de droit dans la lutte contre la radicalisation et l'extrémisme violent. La radicalisation constitue une "réalité" à laquelle "nous devons nous confronter. Elle n'est pas justifiable par la liberté religieuse.

Discussion prévue à Genève

Au cours du débat, la Suisse a demandé à la communauté internationale de redoubler d'efforts pour prévenir ce problème qui alimente l'extrémisme violent. Elle organise le 7 et 8 avril à Genève une conférence internationale sur ce type de violences.

Selon M. Bielefeldt, les communautés religieuses doivent contribuer. Après la "réaction instinctive" insuffisante de condamnations d'actes extrémistes, elles doivent contrer l'attitude des djihadistes selon laquelle le terrorisme islamiste constitue un "acte de service" pour une confession. Le dialogue interreligieux est par exemple largement sous-estimé, également selon lui.

Parmi ses autres recommandations, l'expert appelle notamment au respect de la diversité, aussi au sein d'une même religion où toutes les ouailles ne se comportent pas de la même manière.

sda-ats

 Toute l'actu en bref