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La stratégie énergétique 2050 veut encourager l'utilisation d'énergie renouvelable en Suisse et augmenter sa production (archives).

KEYSTONE/GAETAN BALLY

(sda-ats)

Des buts de production du courant vert plus modestes et des mesures adaptées aux entreprises: le virage vers une Suisse sans atome sera modéré. La stratégie énergétique 2050 approuvée par le Parlement est nettement moins révolutionnaire que le projet initial.

Le Conseil des Etats a mis lundi la dernière main à ce volumineux paquet en éliminant les dernières divergences. Petit retour en arrière.

Mars 2011. La catastrophe nucléaire de Fukushima secoue le monde, y compris la classe politique suisse. Lancée par la conseillère fédérale Doris Leuthard trois mois plus tard, la stratégie énergétique 2050 promet un véritable tournant vert.

L'énergie issue de l'atome doit être progressivement remplacée par celle produite par le vent, le soleil, l'eau ou encore les déchets. Ménages et entreprises sont invités à participer à l'effort en réduisant leur consommation. Et les véhicules sont sommés d'être plus propres.

Rester raisonnable

Aujourd'hui, Fukushima semble très loin, et la réforme de Doris Leuthard a pris un tout autre visage. Les parlementaires bourgeois ont finalement préféré ne pas toucher aux centrales nucléaires. Sur les cinq en fonction, seule Mühleberg sera débranchée par son exploitant, les BKW, qui ne la juge plus assez rentable. Les autres ne pourront pas être remplacées une fois débranchées.

Les objectifs de production d'énergie verte ont été revus à la baisse. Des 11'500 gigawatts (GW) d'ici 2035 prévus initialement, la barre a été descendue à 11'400 GW. Un objectif jugé plus réaliste par la droite.

Afin de favoriser la construction d'éoliennes ou de barrages d'une certaine importance dans des sites protégés, l'intérêt de l'utilisation des énergies renouvelables est mis sur le même pied que celui de la protection de la nature. Les sénateurs se sont finalement ralliés à cette version.

La production de courant propre sera davantage soutenue, grâce notamment aux consommateurs, qui devront mettre la main au portemonnaie. La taxe d'incitation va augmenter à 2,3 centimes par kilowattheures (kWh). De quoi soutenir davantage d'installations solaires en attente d'une aide financière.

Dite rétribution à prix coûtant, le coup de pouce au courant vert sera abandonné au profit de primes à l'injection, un système plus proche du marché. Le montant de la rétribution variera. Le but est de pousser les producteurs à injecter le courant lorsque la demande est forte. Une aide à l'investissement, limitée dans le temps, est prévue pour les projets qui ne peuvent bénéficier de ce programme.

Acheter des soutiens

Les grands barrages hydrauliques, pas prévus initialement dans le projet, repartent avec une belle part du gâteau. Volant au secours d'Alpiq, d'Axpo et des autres exploitants souffrant des bas prix de l'électricité, les parlementaires leur ont accordé une prime de 1 ct/kWh hors TVA. Ce soutien doit durer six ans.

L'UDC, opposée à l'ensemble du paquet, a dénoncé une mesure visant à acheter le soutien des cantons alpins et des entreprises électriques.

Les parlementaires ont également renoncé à augmenter la taxe CO2. Par contre, les voitures devront devenir plus propres, et s'aligner sur les normes européennes. Pas plus de 95 grammes de CO2 émis d'ici à fin 2020, et des amendes en cas de désobéissance.

Adieu appareils ménagers gourmands en énergie ou pelouses arrosées pendant des heures. D'ici 2035, chaque Suisse devra réduire sa consommation d'énergie annuelle pour atteindre 43% de moins qu'en 2000. Et il ne faudra pas oublier d'éteindre la lampe derrière soi: la consommation d'électricité devrait baisser de 13%.

Les économies d'énergie passeront également par l'assainissement des bâtiments. La Confédération allouera une plus grosse enveloppe à son programme spécial. Pour inciter les propriétaires à rénover leur bien, les Chambres fédérales leur ont accordé des déductions fiscales, valables pendant deux ans. Mais sans y mettre trop de conditions: les propriétaires ne seront pas obligés d'utiliser les énergies renouvelables, ni de rendre leur bâtiment économe.

La suite

Les discussions ne sont pas terminées. Un référendum devrait être lancé par la petite organisation Alliance-Energie. Le comité de l'UDC veut suivre, pour autant que l'économie soutienne cette démarche, ce qui reste incertain. L'Union suisse des arts et métiers se tâte et economiesuisse préfère s'abstenir.

Le peuple devra de toute façon se prononcer sur l'initiative des Verts pour sortir du nucléaire le 27 novembre. Un éventuel référendum sur la stratégie énergétique n'aura pas lieu avant mai 2017. Les premières mesures devraient entrer en vigueur en janvier 2018.

sda-ats

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