Un ministre philippin estime que les criminels ne sont pas humains


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Pour le ministre philippin de la justice, Vitaliano Aguirre (g), les criminels, les caïds de la drogue et les trafiquants de drogue ne sont pas l'humanité (archives).

KEYSTONE/EPA/ROLEX DELA PENA

(sda-ats)

Le ministre philippin de la Justice a balayé mercredi les accusations selon lesquelles la police s'est rendue coupable de crimes contre l'humanité en abattant des milliers de trafiquants ou de consommateurs de drogue. Il juge que les criminels ne sont pas humains.

Dans un rapport publié mercredi, Amnesty International accuse les policiers philippins d'avoir tué ou fait tuer des déliquants présumés dans le cadre de la guerre contre la drogue du président Rodrigo Duterte. L'ONG estime que ces meurtres peuvent peut-être être assimilés à des crimes contre l'humanité.

"Les criminels, les caïds de la drogue, les trafiquants de drogue, ce n'est pas l'humanité", a martelé le ministre de la Justice Vitaliano Aguirre comme on l'interrogeait sur le rapport.

"Autrement dit, comment cela peut-il être possible quand votre guerre vise seulement les caïds de la drogue, les toxicomanes, les trafiquants. Vous les considérez comme l'humanité? Moi pas".

Payés pour tuer

Amnesty égrène une litanie de crimes qu'auraient commis des policiers, comme le fait d'abattre des personnes sans défense, de monter des preuves de toutes pièces, de payer des tueurs pour abattre des toxicomanes ou de voler les victimes.

L'ONG ajoute que les policiers sont payés pour tuer par leur hiérarchie et a retrouvé des victimes très jeunes, certaines âgées de huit ans. "Les policiers se comportent comme les criminels des bas-fonds auxquels ils sont censés faire respecter la loi", dit le rapport.

Depuis la prise de fonction de M. Duterte fin juin, la police a annoncé avoir abattu 2555 personnes tandis que près de 4000 autres sont mortes dans des circonstances inexpliquées, selon les chiffres officiels.

Heureux de massacrer

M. Duterte a maintes fois émis des remarques similaires à celles de son ministre de la Justice, appelant les policiers à abattre les toxicomanes comme les trafiquants.

"Crime contre l'humanité? Tout d'abord, j'aimerais être franc avec vous: est-ce qu'il s'agit d'êtres humains? Quelle est votre définition d'un être humain?", avait dit M. Duterte en août en parlant des trafiquants de drogue. "Les droits de l'Homme? Utilisez (ce principe) correctement dans le bon contexte si vous avez le cerveau pour".

Un peu plus tard, il avait dit qu'il serait "heureux de massacrer" trois millions de toxicomanes.

Corruption

La police et la présidence philippines ont publié des communiqués mercredi pour rejeter plusieurs aspects du rapport d'Amnesty. La police "a toujours respecté et fait respecter les droits de l'Homme", dit-elle.

Le chef de la police nationale Ronald Dela Rosa a également démenti que ses officiers recevaient des bonus pour tuer des trafiquants présumés. Il a déclaré que seuls deux pour cent des policiers étaient corrompus.

Rodrigo Duterte avait reconnu lundi que la police était "corrompue jusque la moelle", estimant le pourcentage de "ripoux" à près de 40%. Il a ordonné à la police de cesser toutes ses activités en rapport avec la lutte antidrogue, au profit d'un rôle accru de l'armée.

ATS

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