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Trois pays s'unissent pour lever les mystères de H5N1

Moins d'un an après l'apparition de la grippe aviaire sur son territoire, la Suisse lance un vaste programme de recherche en collaboration avec l'Allemagne et l'Autriche.

Le projet «Constanze» prend pour terrain d'étude le lac frontière de Constance, où 250'000 oiseaux d'eau viennent hiverner.

Les scientifiques n'excluent pas que la souche virale H5N1 de la grippe aviaire soit un jour à l'origine d'une pandémie humaine. D'où de gros efforts pour mieux en comprendre la dynamique.

Les autorités compétentes souhaitent se donner les moyens de protéger la volaille domestique, qui pourrait s'avérer un terrain propice à la mutation du virus.

Porte-parole de l'Office vétérinaire fédéral, Cathy Maret précise les contours du projet «Constanze», qui tient de cette préoccupation.

swissinfo: Concrètement, en quoi consiste ce projet?

Cathy Maret: Le premier grand domaine touche aux oiseaux sauvages. Avec ces questions: lesquels sont présents sur le Lac de Constance? D'où viennent-ils? Quel est leur rôle dans la grippe aviaire? Sont-ils porteurs du virus? Certaines espèces sont-elles plus touchées que d'autres? Quelle dynamique est possible entre eux et la volaille domestique?

Ensuite, il y a l'aspect diagnostique. En laboratoire, nous allons tenter d'affiner nos méthodes pour plus d'efficacité. En laboratoire toujours, nous allons aussi infecter des cochons ou des cygnes pour analyser leur réaction au virus.

Et, dernier point, nous allons compiler toutes les données récoltées. Sur cette base, un modèle informatique sera développé. A partir de cette simulation sur la dynamique de la grippe aviaire, nous espérons pouvoir prendre des mesures plus efficaces, affinées, mieux ciblées.

swissinfo: Quels sont les moyens à disposition?

C.M.: Il s'agit d'un projet à trois pays qui implique tous les instituts de recherche concernés par la grippe aviaire dans les trois pays. Il doit durer trois ans et repose sur un budget de deux millions d'euros.

swissinfo: Mais quel est l'intérêt de travailler avec l'Allemagne et l'Autriche?

C.M.: Cette approche commune permet de placer sous la loupe un écosystème d'importance internationale. Elle permet aussi la mise en commun de notre expérience et notre savoir-faire. Nous sommes beaucoup plus riches à plusieurs.

swissinfo: Pourquoi le choix du Lac de Constance?

C.M.: Parce que l'an dernier, nous avons eu là 31 des 32 cas d'oiseaux malades diagnostiqués en Suisse. Visiblement, il s'est passé quelque chose autour de ce lac.

Pourquoi à cet endroit là? Pourquoi une telle dynamique a-t-elle pu se développer? C'est à ces questions aussi que veut répondre notre projet.

swissinfo: Faut-il s'attendre à un retour de la grippe aviaire cet hiver en Europe occidentale?

C.M.: Nous sommes à peu près dans la même situation que l'an dernier, avec des foyers en Russie et en Asie du sud-est. Et cette année, nous avons en plus des foyers en Afrique.

Il est possible aussi que, comme l'an dernier, une recrudescence des foyers autour de la Mer Noire soit observée. En clair, de nouveaux cas d'oiseaux sauvages malades ne sont pas du tout exclus en Europe occidentale.

swissinfo: Quels sont les enseignements de cette première année «avec» la grippe aviaire?

C.M.: Nous connaissons mieux la maladie. L'année passée à la même époque, nous avions beaucoup de questions mais moins de réponses. Nous savons aujourd'hui que le problème semble limité aux oiseaux d'eau.

Nous savons aussi avec les résultats des programmes de l'année passée que le virus n'est pas largement répandu dans la population des oiseaux sauvages. Mais qu'il est présent.

swissinfo: L'an dernier, l'alerte a été sonnée par les milieux scientifiques et largement relayée par les médias. N'a-t-on pas un peu inutilement crié au loup?

C.M.: Non, je ne crois pas. Avec un risque dont toute l'étendue n'est pas connue, nous devons prendre des mesures de précaution. Nous le faisons par rapport à notre connaissance du problème.

Cette année, nous pouvons mieux cibler nos mesures, limitées aux bords des grands lacs et des cours d'eau (confinement des volailles domestiques notamment, ndlr).

Mais nous n'avons pas fait de l'alarmisme. Nous avons essayé d'informer de la manière la plus objective possible. Comme nous tentons de le faire cette année encore.

swissinfo: Etes-vous plus inquiets ou moins inquiets que l'an dernier?

C.M.: Nous sommes tout aussi vigilants. Mais plus sereins. Nous avons plus de cartes en mains que l'an passé, la problématique étant mieux connue au niveau vétérinaire.

Toutefois, le risque zéro n'existe pas. Il est possible que nous ayons à faire face à des foyers de grippe aviaire dans la volaille domestique. Je ne l'espère pas. Ceci dit, nous sommes prêts.

Interview swissinfo: Pierre-François Besson

Faits

L'Office vétérinaire fédéral suisse dirige le projet «Constanze».
Les institutions impliquées sont:
Friedrich-Loeffler-Institut (FLI), Allemagne
Institut de virologie et d'immunoprophylaxie (IVI), Suisse
Österreichische Agentur für Gesundheit und Ernährungssicherheit (AGES)
Institut tropical suisse
Station ornithologique de Radolfzell - Institut d'ornithologie Max-Planck, Allemagne
Station ornithologique de Sempach, Suisse

La grippe aviaire

Si la grippe aviaire est connue de longue date, la nouvelle souche H5N1 du virus isolée en 1961 s'est répandue depuis 1997 en Eurasie et en Afrique.

Les premiers cas d'oiseaux malades ont été signalés en Europe occidentale l'hiver dernier. En Suisse, 32 volatiles sauvages infectés ont été diagnostiqués. Le virus n'a plus été décelé depuis avril dernier.

Très contagieux, le virus H5N1 est mortel pour les oiseaux. Les humains peuvent être infectés par contact direct avec les volatiles malades.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 256 cas de grippe aviaire humaine ont été observés dans 10 pays depuis 2003. La maladie a fait 151 mort jusqu'ici.



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