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Votation du 28 février


Cette initiative de l’UDC qui divise les étrangers de Suisse


Par Samuel Jaberg



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Alors que certains lecteurs étrangers de swissinfo.ch vivant en Suisse demandent une grande sévérité à l'égard de leurs pairs coupables d'infractions, même mineures, d'autres en revanche s'inquiètent d'une initiative qu'ils jugent injuste et arbitraire.   (Keystone)

Alors que certains lecteurs étrangers de swissinfo.ch vivant en Suisse demandent une grande sévérité à l'égard de leurs pairs coupables d'infractions, même mineures, d'autres en revanche s'inquiètent d'une initiative qu'ils jugent injuste et arbitraire.  

(Keystone)

Pour une grande partie des plus de 2 millions d’étrangers vivant en Suisse, l’initiative dite de mise en œuvre de l’UDC sur le renvoi des «criminels étrangers» est insupportable en ce sens qu’elle ferait d’eux des citoyens de seconde zone devant la loi. Mais des voix s’élèvent également pour exiger une fermeté totale à l’égard de la minorité de «criminels» qui porte atteinte à l’image de tous les migrants.

C’est un coup de sonde, réalisé au-travers d’un appel à témoignages lancé en plusieurs langues sur la page Facebook de swissinfo.ch, et donc évidemment non représentatif. Il donne toutefois un aperçu des vifs débats qui agitent les différentes communautés étrangères vivant en Suisse à moins d’un mois de la votation sur l’initiative très controversée de l’UDC, qui entend imposer aux juges le renvoi automatique des «étrangers criminels», sans examen individuel des cas.

«Cette terre offre l’opportunité d’une vie meilleure à de nombreuses personnes qui souvent ne la méritent pas»

Les avis récoltés sont plutôt partagés. Du côté des partisans de l’initiative, le verdict est sévère à l’égard de la minorité de «moutons noirs» qui nuisent à l’image de tous ceux qui tentent de refaire une vie dans un pays qui n’est pas le leur. «J’estime qu’il est juste que les étrangers vivant en Suisse soient expulsés lorsqu’ils commettent des infractions. Cette terre offre l’opportunité d’une vie meilleure à de nombreuses personnes qui souvent ne la méritent pas», affirme Alessandro, un Italien résidant en Suisse. «Les criminels n’ont pas de place en Suisse», renchérit Zakaria.

Emigrée du Brésil, Ana se montre elle aussi intransigeante: «Il est juste qu’une personne ayant commis un délit, même relativement mineur, soit renvoyée automatiquement dans son pays d’origine. Les Suisses doivent protéger leur pays.» Angelica, originaire d’Espagne, estime pour sa part que l’initiative est «parfaite», alors que Marco la juge «acceptable».

«Dommages collatéraux»

Tout aussi tranchés, mais souvent plus argumentés, les avis des contempteurs de l’initiative de l’UDC laissent quant à eux transparaître un fort agacement à l’égard des multiples initiatives lancées ces dernières années par le premier parti du pays. «L’UDC est un parti populiste qui souffle sur les braises de la situation en Europe. N’oublions pas que ce même parti n’hésitait pas à comparer les étrangers à des rats sur ses affiches», écrit ainsi Stefano, un ressortissant de la Péninsule.  

Portugaise née en Suisse et ayant achevé des études supérieures, Cathy se dit quant à elle «attristée» par cette initiative. «Ayez confiance dans le système mis en place en Suisse et ne tombez pas dans cette exagération des conditions d’expulsion», lance-t-elle à l’égard des citoyens qui auront le droit de s’exprimer dans les urnes le 28 février. Et de dénoncer les «dommages collatéraux» de cette initiative, qui a pour conséquence que des «secondos parfaitement intégrés et loin d’entrer dans la définition de criminel nuisible pour la société» pourraient également être expulsés.

«Pourquoi quelqu’un qui naît, grandit, étudie et travaille en Suisse et dont les parents sont également nés en Suisse, devrait-il être considéré comme un étranger?»

Roberta a quant à elle le sentiment que l’initiative crée deux catégories de citoyens devant la loi. «Pourquoi quelqu’un qui naît, grandit, étudie et travaille en Suisse et dont les parents sont également nés en Suisse, devrait-il être considéré comme un étranger? Etre suisse est-il seulement une question d’ADN?»

A l’instar de Fatma, qui précise être née en Suisse, beaucoup disent trouver normal qu’on expulse les étrangers coupables d’actes criminels graves, comme c’est d’ailleurs déjà le cas aujourd’hui. «Mais pour que les choses se fassent de manière correcte et pas uniquement à des fins médiocrement racistes, il faut tenir compte de facteurs tels que le type d’infraction commis et la durée de séjour dans le pays. La loi proposée peut au contraire devenir injuste, arbitraire et risque de tomber dans les mains des fascistes».

Initiative «dangereuse»

C’est le même sentiment qui prédomine au sein de la communauté balkanique de Suisse, toutes tendances politiques confondues, assure pour sa part Bashkim Iseni, politologue et rédacteur en chef du site albinfo.ch. «Nos lecteurs réalisent dans leur grande majorité que cette initiative va vraiment très loin et qu’ils pourraient tous être touchés directement ou indirectement si elle était acceptée. L’UDC met en effet dans le même panier un criminel de passage et quelqu’un qui a passé toute sa vie en Suisse et qui connaîtrait un moment d’égarement.»

Bashkim Iseni cite l’exemple d’une femme de ménage condamnée pour excès de vitesse puis quelques années plus tard pour avoir omis de déclarer une partie de ses revenus à l’assurance vieillesse et survivants (AVS) et qui serait expulsée automatiquement en cas d’acceptation de l’initiative.   

«Je suis personnellement attaché à l’ordre, à la sécurité et à la chance que nous offre ce pays de mener une existence paisible. Mais cette initiative est dangereuse car elle s’attaque aux fondements du droit suisse en créant deux catégories de citoyens. Le juge n’aura plus la possibilité d’apprécier une situation individuelle. J’ai connu une société avec sa part d’arbitraire, je ne peux pas imaginer que cela devienne le cas en Suisse», affirme Bashkim Iseni, qui est né en Macédoine de parents kosovars avant d’émigrer en Suisse à l’âge de 18 ans.   

Un vaccin contre la xénophobie

Directeur de l’Institut de recherches sociologiques de l’Université de Genève, Sandro Cattacin en est convaincu: s’ils en avaient l’opportunité, une large majorité des citoyens étrangers vivant en Suisse voteraient contre l’initiative de l’UDC. «Généralement, être au bénéfice d’une expérience migratoire est un vaccin contre la xénophobie», affirme-t-il.

Il existe néanmoins des exceptions. «Parmi les Italiens ou les Espagnols d’un certain âge, qui ont été soumis à des règles très strictes durant les années 1970 - la moindre erreur pouvait coûter la place de travail et donc un permis de séjour -, un sentiment d’injustice mal digéré peut se manifester. Ils se disent: puisque nous avons vécu cela, pourquoi devrions-nous être plus gentils avec les nouveaux venus?», explique Sandro Cattacin.

Au sein de la deuxième génération, c’est plutôt un sentiment de frustration qui s’exprime, selon le sociologue. «Certains estiment avoir tout mis en œuvre pour bien faire mais se sentent néanmoins discriminés. D’où cette volonté de passer à tout prix pour le ‘bon’ étranger en s’en prenant à son tour au ‘mauvais’ étranger, quitte à nier sa propre identité et son propre vécu». 

Comment on en est arrivé là

En novembre 2010, le peuple et les cantons acceptent (à 52,9%) l’initiative de l’UDC dite «Pour le renvoi des étrangers criminels», qui prescrit 5 à 15 ans d’interdiction de séjour en Suisse (20 en cas de récidive) pour tout étranger coupable d’un crime grave (meurtre, viol, brigandage, etc.), mais également pour les fraudeurs à l’aide sociale. Le Parlement a cinq ans pour traduire l’initiative dans la loi.

Moins de deux ans plus tard, estimant que les choses ne vont pas assez vite et que le Gouvernement «foule au pied la volonté du souverain», l’UDC «prend les choses en main» et lance son initiative dite «de mise en œuvre». Le nouveau texte va beaucoup plus loin que le premier et prescrit désormais l’expulsion automatique même pour des délits mineurs.

C’est dans ce climat que le Parlement élabore la législation d’application de la première initiative. En mars 2015, les deux Chambres adoptent un durcissement de la législation actuelle, en laissant une marge d’appréciation aux tribunaux, pour rester en conformité avec la Convention européenne des droits de l’homme. Grosse colère de l’UDC, pour qui la Berne fédérale «continue de protéger les délinquants».

Ces révisions de lois ne sont pas entrées en vigueur. On attend le verdict des urnes sur la deuxième initiative avant de les appliquer, voire de les mettre à la poubelle en cas de «oui» le 28 février.

swissinfo.ch

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