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Affaires étrangères

À quel point la Suisse est-elle vraiment neutre?

Pas facile d’être neutre de nos jours. Dans un contexte international de plus en plus marqué par l’unilatéralisme, la politique suisse a du mal à interpréter sa neutralité. Avec la polarisation croissante, nombreuses sont les décisions en politique étrangère qui risquent de fâcher l’un ou l’autre partenaire. 

Ce contenu a été publié le 21 janvier 2021 - 15:26
Philip Schaufelberger (illustration)

L’instrument de politique étrangère qu’est la neutralité est si solidement enraciné dans la conscience nationale qu’il semble aller de soi. Il offre aux diplomates la marge de manœuvre nécessaire pour poursuivre leurs objectifs. 

Jusqu’ici, la Suisse a profité de son statut, car «grâce à sa neutralité, elle est perçue comme un acteur politique indépendant», déclarait Laurent Goetschel, directeur de la fondation suisse pour la paix Swisspeace à Berne, dans une interview à la radio-télévision alémanique SRF à l’été 2018. 

Mais on peut se demander pour combien de temps encore elle disposera de cette marge de manœuvre. Washington ou Pékin, Bruxelles ou Moscou, Téhéran ou Riyad? Ces questions se posent de plus en plus dans des domaines comme les importations de technologie ou les accords commerciaux, et également lorsqu’il s’agit de valeurs universelles et de droit international. 

Exemple récent: le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine: Berne rêve d’un accord de libre-échange avec Washington, et voudrait en même temps moderniser l’accord existant avec Pékin. 

Ou si la Suisse veut enfin clarifier ses relations avec l’UE: lorsqu’il s’agit d’adopter des sanctions européennes, par exemple contre la Russie, Bruxelles pourrait être moins tolérante à l’égard de telles mesures spéciales prises par Berne. 

Ou encore dans le cas du journaliste assassiné Jamal Khashoggi. La Suisse n’a pas appuyé une déclaration signée notamment par tous les pays de l’UE qui exigeait que le crime soit élucidé et que l’Arabie Saoudite soutienne l’enquête. 

Comment la Suisse officielle fait-elle face à cette polarisation croissante? «Dans un monde de plus en plus multipolaire, la Suisse doit savoir clairement ce qu’elle veut», a twitté récemment le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis. 

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En même temps, la définition de la neutralité en politique intérieure est controversée. Les politiciennes et les politiciens aiment à l’interpréter différemment, selon leurs vues en politique étrangère. La gauche tend à privilégier une neutralité active, dans laquelle la Suisse prend parfois position, tandis que la droite assimile volontiers la neutralité à la non-ingérence et à la retenue. 

Les sondages montrent que la population est très attachée à la neutralité. En 2018, 95% des Suisses se disaient pour son maintien. En outre, il s’avère que dans les deux dernières décennies, les Suissesses et les Suisses se sont prononcés toujours plus fortement pour une définition plus stricte de la neutralité. 

Du côté officiel, la neutralité est toujours vue comme la garantie pour la Suisse de pouvoir s’asseoir à toutes les tables. «Mais cela ne veut de loin pas dire que ‘tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’ sur tous les points», pour reprendre un équivalent de l’expression du conseiller fédéral Ueli Maurer. 

Avec la candidature envisagée de la Suisse à un siège non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, le débat sur la neutralité de la Suisse prend à nouveau de l'ampleur.

Dans un livre, l'ancienne conseillère fédérale et ministre des Affaires étrangères suisse Micheline Calmy-Rey explique pourquoi cette candidature est à ses yeux compatible avec la neutralité.

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