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« Ben Kader », un flou identitaire qui fait mal



Daniel Goetsch s'est formé entre Zurich et Toulouse.

Daniel Goetsch s'est formé entre Zurich et Toulouse.

Les Editions de L’Aire publient, dans une excellente traduction française, le roman du Zurichois Daniel Goetsch. Récit prenant où s’emboîtent et s’affrontent deux cultures, orientale et occidentale.

Deux destinées à la dérive. Deux personnages perdus, l’un dans une capitale ensanglantée, Alger, l’autre dans une ville insouciante, Zurich, où une jeunesse dorée s’éclate dans les cocktails bien arrosés et les soirées dansantes.

Les deux destinées se superposent avec une cinquantaine d’années d’intervalle. Alger, 1957, guerre d’indépendance et tout ce qui va avec: bombes, arrestations, interrogatoires, torture, haine, désir de vengeance… Et au final une liberté payée très chère. Le Front de libération bataille, la France aussi, qui veut le museler. Dans les caves où se pratique la torture, un jeune de 34 ans. Il se retrouve là, un peu malgré lui. Son identité est énigmatique. Il s’appelle Ben Kader. Il parle l’arabe, tout le monde le prend pour un Arabe, ce qu’il n’est pas.

Ben Kader est en réalité le diminutif de Bennik Kaderian. L’homme est un orientaliste brillant, cultivé, fils de pieds-noirs arméniens, petits bourgeois établis à Marseille après avoir vécu en Algérie. Ben sert donc d’interprète aux militaires français chargés d’interroger et de… torturer les combattants algériens.

Zurich, 2001, autre soif de liberté, celle-là éprouvée par Dan Kader, fils de Ben Kader, 34 ans lui aussi, qui ne partage ni les opinions, ni la sensibilité culturelle de son père, mais possède, comme son géniteur, l’étrange capacité de se dissoudre dans le néant. Est-ce dû à ce flou identitaire qui pèse de tout son poids sur la famille? Très probablement.

Boire et s’oublier

Dan travaille donc à Zurich pour une agence de contrôle des médias. Il doit recueillir et lire tous les articles concernant le crash mystérieux d’un avion suisse. Tâche qui l’ennuie plutôt, lui qui a la tête bourrée de projets aussi flamboyants qu’improbables. Sa relation avec sa compagne Miriam bat de l’aile et ses ambitions se liquéfient à coups de ‘Cuba libre’ qu’il consomme à fortes doses. Histoire de s’oublier.

Le roman commence au moment où Dan prend congé de Miriam qui s’envole pour Hambourg. La jeune femme doit y tourner un documentaire sur Isabelle Eberhardt, l’écrivain-voyageuse suisse qui trouva la mort à Aïn-Sefra, en Algérie précisément, en 1904.

Avant son départ, Miriam insiste auprès de Dan pour qu’il appelle Ben. Le père et le fils ne s’entendent pas, peut-être parce qu’ils se ressemblent trop. Néanmoins, Dan ira voir son père hospitalisé à Zurich. Les retrouvailles sont difficiles. Tension psychologique: le vieil homme demande à son fils de se rendre à son domicile, d’y ouvrir son ordinateur, d’imprimer le document AS 1957 et de l’envoyer à une journaliste.

Qu’y a-t-il dans ce document qui revêt pour le père une énorme importance, mais en lequel le fils voit une excentricité de plus que Ben s’autorise sur son lit de mort?

La réponse est dans la composition en abyme de «Ben Kader», roman du Zurichois Daniel Goetsch, qui se montre ici aussi brillant que bavard. Les parenthèses que l’auteur ouvre dans la narration sont parfois interminables. N’empêche, le lecteur est happé par ce récit où s’emboîtent deux vies, deux pays, deux continents, deux cultures: Ben et Dan, la Suisse et l’Algérie, l’Afrique et l’Europe, l’Islam et la Chrétienté. Où s’imbriquent aussi, pour le meilleur et pour le pire, deux identités, orientale et occidentale, avec tout ce que cela suppose comme déchirement.

Qui suis-je?

Allers-retours frénétiques entre le Zurich d’aujourd’hui et l’Alger d’hier. Par-delà l’espace et le temps persiste cette question lancinante: qui suis-je? Elle traverse le roman de bout en bout, brise une carrière, casse les ailes à l’amour, déclenche des guerres.

«Dis un peu, femme, quel est mon problème?», se demande Dan en s’adressant, comme dans un cauchemar, à la directrice de l’agence qui l’a renvoyé. «Ce n’était pas un vrai Suisse», répondra-t-elle plus tard, «il ne se sentait pas vraiment de la même culture que nous, il lui manquait quelque chose comme une identité».

Remarque que Daniel Goetsch balaie de ces mots qui le rapprochent à la fois de Camus et de Sartre: «L’identité n’est qu’une pure assertion, une gaine, une chemise de nuit trop large. Une simple secousse des épaules et l’identité glisse par terre».

Ghania Adamo, swissinfo.ch

Infos pratiques

«Ben Kader», de Daniel Goetsch.

Traduit de l’allemand par Christine Theumann-Monnier.

Editions de L’Aire, Vevey.

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Daniel Goetsch

Né à Zurich en 1968.

Études de droit à Zurich et à Toulouse.

Il a publié, avec succès, plusieurs romans chez Bilgerverlag: «Aspartam», «X : Roman» et «Herz aus Sand».

Il a collaboré, comme dramaturge, avec le Schauspielhaus et le théâtre de la ville de Heidelberg.

«Ben Kader» a été récompensé par le prix du canton de Zurich.

C’est son premier roman traduit en français.

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