«Ce grand-père que je n'ai jamais connu»

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L’unique petit-fils de Paul Klee, Alexander, est né en Bulgarie en 1940, l’année de la mort de son grand-père.

Ce contenu a été publié le 27 août 2009 - 14:03

Artiste lui-même, Alexander est l’actuel président de la Fondation Paul Klee. Il vit à Muri, dans les environs de Berne, avec sa famille.

swissinfo: Vous avez succédé à votre père, Felix, à la présidence de la Fondation Paul Klee. Est-ce une lourde charge?

Alexander Klee: Non, pas du tout. Surtout quand il s’agit de votre famille, de votre histoire, de votre grand-père. Ce n’est pas quelque chose qu’on refuse. Après la mort de mon père, c’était important de poursuivre sa tâche. Nous avons toujours travaillé ensemble. C’était un très bon père et il m’a toujours dit: 'Quand je ne serai plus là, tu prendras la suite’.

L’ouverture du Centre Paul Klee est une aventure fantastique. Nous créons quelque chose de nouveau et personne ne sait exactement ce que cela donnera, si ce sera bien ou pas, mais nous trouverons toujours une solution.

swissinfo: Que représente Paul Klee pour vous?

A. K.: Pas immédiatement un grand peintre, mais d’abord le grand-père que je n’ai jamais connu. J’avais vingt ans quand j’ai réalisé vraiment à quel point il était important dans l’histoire de l’art... c’est difficile à expliquer. C’était important, quand je suis venu à Berne, à l’âge de huit ans, de savoir que mon grand-père avait vécu dans cette ville... Quand je suis arrivé, j’étais un étranger et c’était important pour moi de savoir qu’il achetait son lait dans le même petit magasin, qui existe toujours, et j’essaie parfois de l’imaginer avec son manteau et son chapeau.

swissinfo: Vous êtes donc un authentique 'fan’?

A. K.: Oui, pourquoi pas? (il rit) On peut le dire ainsi. Je ne dirais pas que j’aime tout parce que je suis son petit-fils. Mais c’est vrai que j’ai vécu dans la maison de mon père avec ses peintures sur les murs.

Je considère le travail de mon grand-père comme je considérerais celui de Picasso ou de quelqu’un d’autre. Il y a des choses que je préfère, par exemple tout ce qu’il a fait durant ses dernières années, comme de simples dessins, à très gros traits, qui s’expriment de manière très profonde sur le sens de la vie.

swissinfo: Qu’est-ce qui fait que les oeuvres de Paul Klee parlent à tant de gens?

A. K.: Quelque chose de très intime; elles racontent toute une histoire sur un petit espace, comme un poème. Le travail de Klee se situait entre l’écriture et le dessin, d’une certaine façon. Il n’avait pas l’énergie latine d’un Picasso. C’était un intellectuel et toutes ses toiles sont très calmes et directes.

swissinfo: Quelle importance son séjour en Allemagne a-t-il eu pour le développement artistique de Klee?

A. K.: Une grande importance. Au début de sa carrière, il avait le choix entre Munich ou Paris, il a choisi Munich, plus proche de sa manière de penser. Lorsqu’il était professeur au Bauhaus, il a pu vivre son idée de travailler intellectuellement pour construire quelque chose.

swissinfo: La grande ironie est que Klee est entré dans l’histoire comme un artiste suisse, même s’il n’a jamais été suisse de son vivant. Jusqu’à quel point fut-il un peintre suisse?

A. K.: Il était un peintre tout à fait suisse. Il n’a jamais parlé le bon allemand et a toujours eu un accent bernois... J’ai ainsi découvert que Klee parlait le suisse allemand avec un collègue suisse au Bauhaus, pour que personne ne les comprenne.

Le fait de ne pas être suisse n’était pas un problème, au début. C’en est devenu un des années plus tard, quand il n’a pas pu se reconnaître dans l’Allemagne nazie. Le premier Klee qui fut suisse a été mon père, dans les années 60. La nationalité suisse m'a donc été accordée dans la foulée.

Interview swissinfo, Faryal Mirza
(Traduction de l’anglais: Isabelle Eichenberger)

Faits

Alexandre Klee est né en 1940 en Bulgarie, l’année de la mort de son grand-père.
Son père Felix, metteur en scène d’opéra, était le fils unique de Paul et sa mère Efrossina était chanteuse.
Alexander est artiste et a également travaillé comme photographe.
C’est lui qui a lancé l’idée de créer un Centre Paul Klee.

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