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«Cela peut arriver à n'importe qui»

Walter Schmid, un «manager du social» qui ne manque pas d’idées.

(Keystone)

Tandis que la controverse fait rage autour de l’aide sociale, de plus en plus de gens sont contraints d’y avoir recours.

Interviewé par swissinfo, Walter Schmid, président de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), tente de calmer les esprits.

En Suisse, l’aide sociale fait régulièrement la une de l’actualité. Près d’un demi-million de personnes en vivent ou touchent une rente d’invalidité. Et l’an dernier, le nombre des bénéficiaires de l’aide sociale a augmenté de 10%, pour friser les 300'000 personnes.

Pour ceux qui le critiquent, le système d’aide sociale inciterait carrément certains de ses bénéficiaires à ne pas travailler.

Walter Schmid, président de la CSIAS, admet que le système social devrait être plus adapté au monde du travail, mais en même temps, le monde du travail devrait se préoccuper davantage du social.

Quand il n’y a pas de postes disponibles en effet, à quoi bon inciter les gens à chercher un job?

swissinfo: Qui sont les bénéficiaires de l’aide sociale?

Walter Schmid: Dans la situation actuelle, cela peut arriver à n’importe qui. Il y a beaucoup de chômeurs en fin de droit, et aussi de nombreuses familles, qui ne parviennent pas à s’en sortir avec leurs revenus. Nous avons également de plus en plus d’indépendants, qui ne peuvent même pas compter sur les prestations de l’assurance chômage.

Et ce qui est particulièrement préoccupant, c’est de voir le nombre de jeunes gens de 25 à 35 ans qui sollicitent l’aide sociale. Cette catégorie est ici sur-représentée par rapport à son importance dans la population globale.

swissinfo: La CSIAS invoque la récession économique comme cause principale de cette augmentation massive du nombre de bénéficiaires de l’aide sociale. Mais certains prétendent que la pauvreté ou les périodes de pauvreté tiennent davantage à la responsabilité individuelle et à la disparition des réseaux traditionnels de solidarité.

W. S.: Quand un pays perd 200'000 places de travail en une année ou deux, cela se répercute forcément sur le nombre de gens qui dépendent de l’aide sociale.

La conjoncture joue donc un rôle décisif. Et cela se vérifie depuis des décennies: lorsque l’économie va mal, nous avons d’autant plus de gens qui ont besoin de l’aide sociale.

D’un autre côté, il est vrai que l’aide sociale n’est pas une fatalité qui doit durer toute une vie. De nombreuses personnes y ont recours à un moment donné et parviennent à en sortir lorsque l’occasion se présente.

Ceci se vérifie dans environ un cinquième des cas. Et c’est important, car nous autres travailleurs sociaux essayons aussi de rendre aux gens la capacité de redevenir indépendants.

swissinfo: Les milieux les plus critiques envers l’aide sociale prétendent qu’il est plus facile de la toucher que de travailler. Celui qui se met à percevoir un salaire verra ses impôts augmenter, payera plus cher pour mettre ses enfants à la crèche et perdra ses subsides pour l’assurance maladie. Alors à quoi bon?

W. S.: Ici, il y a effectivement un problème. D’un côté, la Constitution garantit à chacun un minimum vital et de l’autre, si l’on veut que les gens travaillent, il faudrait au moins que cela en vaille la peine.

Je vous donne un exemple tout simple: si une famille de quatre personnes a besoin, disons de 4'500 francs pour vivre, elle n’y arrivera évidemment pas si l’homme ne gagne que 3'000 francs.

Maintenant, si le même homme est assuré de toucher 4'500 francs, quel sera son intérêt d’en gagner 500 de plus, sachant que sa famille restera de toute façon pauvre et que, suivant le canton dans lequel il vit, le fisc risque de lui prendre la différence?

Il faut donc trouver d’autres manières d’inciter les gens à travailler. Et ne pas se cacher le problème de fond, qui est qu’une famille à bas revenus avec plusieurs enfants ne peut simplement pas joindre les deux bouts.

swissinfo: Le système fédéraliste qui régit l’aide sociale en Suisse, multiple et relativement compliqué, ne constitue-t-il pas un obstacle?

W. S.: Il y a toujours la tentation de se dire qu’un système centralisé serait plus simple. Il aurait certainement des avantages. Mais d’un autre côté, il ne faut pas sous-estimer la force de notre système fédéraliste.

Dans un domaine comme celui-ci, où des hommes aident d’autres hommes qui arrivent chacun avec leur histoire personnelle, la proximité entre autorités et citoyens constitue un atout.

L’idéal serait de pouvoir garder les avantages du fédéralisme et de trouver des solutions efficaces contre ses inconvénients.

swissinfo: Récemment la Neue Zürcher Zeitung vous a qualifié de «manager pour les questions sociales». Après des années de pratique professionnelle dans ce domaine, est-ce que l’on a tendance à s’endurcir?

W. S.: Je me sens effectivement comme un manager, car j’aime bien diriger les choses. Par exemple, j’ai dirigé pendant dix ans le plus gros service social de Suisse, celui de la ville de Zurich.

Quand j’ai vu ce titre dans la NZZ, je me suis dit «oui, mais je suis aussi parfois un penseur du social». Je crois que mes activités et mes réflexions m’ont aussi permis de lancer des idées.

Je dirais donc qu’à côté de mes capacités de manager, j’ai aussi parfois la capacité de penser! Comme d’autres managers, j’imagine.

Quant à savoir si l’on s’endurcit à la longue, il est certain qu’après des années, on ne s’engage plus avec ses tripes sur chaque cas. Simplement parce qu’on s’aperçoit vite que nos chances de succès sont limitées.

Alors, on ne s’engage plus que sur dans les situations où l’on sait que l’on va pouvoir être réellement efficace. Mais je ne dirais pas pour autant que les destins individuels me touchent moins aujourd’hui qu’à mes débuts.

swissinfo: Chances de succès limitées pour l’aide sociale, vous l’avez dit. Une aide sociale qui par ailleurs est constamment mise sous pression par le monde politique et économique, sans oublier les médias… Est-ce qu’il vous arrive d’avoir envie de tout abandonner?

W. S.: Oui, je crois que j’ai toujours eu des phases où j’ai dû me réorienter professionnellement. Et ce sont les moments où l’on se dit que l’on devrait peut-être choisir un tout autre type d’engagement.

Mais j’ai beaucoup appris durant toutes ces années. J’ai aussi tissé des réseaux de relations, et à cela, je ne veux pas renoncer.

Cela dit, je vous avoue que lorsque je pars pour deux ou trois semaines en vacances, je pourrais parfaitement m’imaginer y rester deux ou trois mois de plus.

Interview swissinfo: Jean-Michel Berthoud
(traduction et adaptation, Marc-André Miserez)

Faits

2003: 300’000 personnes en Suisse (dont 40% d’étangers) touchent l’aide sociale. C’est 10% de plus qu’en 2002
Selon Caritas, les pauvres seraient en réalité bien plus nombreux. L’œuvre d’entraide en estime le nombre à 850’000

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En bref

- Walter Schmid (51 ans) est président de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS). Depuis 30 ans, cet organisme émet des recommandations pour l’optimisation de l’aide sociale

- Juriste de formation, il est depuis l’automne 2003 recteur de l’Ecole supérieure de travail social de Lucerne. Il est également vice-président de la Commission fédérale des étrangers

- De 1982 à 1991, Walter Schmid a également été secrétaire central de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR)

- Entre 1991 et 2000, il a dirigé l’Office d’aide sociale et d’aide à la jeunesse de la ville de Zurich

- Depuis 2000 et jusqu’à la votation de mai dernier, Walter Schmid a encore dirigé le projet de Fondation Suisse Solidaire

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