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«Empire USA» ou la BD en rafale

Détail de la couverture du tome 5, signé Koller. Dargaud

En moins de quatre mois sortent les six tomes de la série «Empire USA». C'est l'une des originalités de cette sombre aventure politique, pour laquelle le scénariste Desberg s'est entouré de plusieurs dessinateurs, dont deux Suisses, Enrico Marini et Daniel Koller.

Ce contenu a été publié le 24 novembre 2008 - 08:44

Les Etats-Unis de nos jours. Ou dans un futur proche. Une bombe chimique risque d'exploser à San Francisco, faisant 300.000 morts et transformant donc les attentats du 11 septembre en simple apéritif. Derrière cette horreur, les Frères hashashins, des terroristes qui se réfèrent à la fameuse secte du 11ème siècle.

Vraiment? En fait, ce groupe terroriste est manipulé par des éléments de l'extrême droite américaine, qui souhaite saisir cette occasion pour instaurer une dictature chrétienne en Amérique... et sur la planète entière, transformant de facto les USA en empire.

Cela vous rappelle quelque chose? C'est peut-être parce que vous avez tendu une oreille curieuse en direction de ce que l'on nomme 'les théories du complot', thèses développées par ceux que les explications officielles sur le 11 septembre n'ont guère convaincu. Ceux qui, se souvenant de l'«Opération Northwoods» conceptualisée au début des années 60 par des responsables américains, pensent qu'un pouvoir peut très bien envisager le massacre de ses propres citoyens pour parvenir à ses fins...

Comment est né «Empire USA»? «Tout est parti de Desberg, qui est un fan des séries américaines genre '24 Heures chrono', qui lui permettent, au-delà de l'intrigue, d'entrer dans la vie des personnages», répond Daniel Koller, dessinateur du tome 5, qui vient de paraître. Stephen Desberg, qui, on peut aussi le constater avec la série «Le Scorpion», adore imaginer les coulisses du pouvoir – politique ou religieux - plus noires que noires.

Une pléiade de dessinateurs

Au milieu de cette affaire, des héros, bien sûr, dont le blond Jared Gail, agent secret qui amène par ailleurs l'intrigue à flirter bizarrement avec le mysticisme. La douce et sanguinaire Scarlett. Mais aussi Nahlia, l'amie d'enfance égyptienne devenue terroriste et complice du cynique et manipulé Zmalek. Qu'on dirait tombé d'une BD d'Enrico Marini.

Ce qui n'est pas un hasard. Car l'une des originalités de cette série, c'est que pour créer visuellement ses personnages, Desberg a fait appel à deux dessinateurs, Enrico Marini et Henri Reculé, qui ont réalisé une sorte de casting virtuel en établissant la charte graphique des personnages.

Puis comme la série devait être publiée en rafale (6 tomes en un peu plus de trois mois), ce sont cinq dessinateurs qui se sont attelés à la tâche: Reculé (tome 6), mais aussi Griffo (tomes 1 et 4), Mounier (tome 2), Juszezak (tome 3) et Daniel Koller (tome 5). Un truc d'éditeur? «Non, c'est vraiment une volonté de Desberg, c'est son projet, il est allé voir l'éditeur avec l'ensemble du concept», répond Daniel Koller.

Les joies de l'Internet

Comment le dessinateur genevois a-t-il abordé cette commande? «Les bouquins sortent presque en même temps, mais en terme de travail, ce n'est pas très différent d'une autre série: j'ai eu une année pour faire mon travail».

On peut imaginer que réaliser plusieurs tomes d'une série, à plusieurs mains, en parallèle, et dans des lieux différents, ne va pas sans poser quelques problèmes pratiques. «Il a fallu beaucoup communiquer entre dessinateurs et avec Desberg», constate Daniel Koller. Clé de la solution? Le web bien sûr, dont on ne dira jamais assez les miracles qu'il permet en matière de collaboration artistique, que celle-ci soit littéraire, musicale ou graphique!

«Sans Internet, transformé en atelier virtuel, cela aurait été impossible. Car il fallait que tout soit 'raccord'. Et comme en plus il y a beaucoup de flash-back dans l'histoire, c'était assez difficile. On s'est souvent envoyé des esquisses, des bouts de planches. J'ai dû par exemple dessiner des scènes dans le tome 5 qui n'avaient pas encore été dessinées dans le tome 3! Il fallait donc attendre que celui qui dessinait le tome 3 parvienne à la scène en question», se souvient le dessinateur.

Jeux de dessinateurs

Comme dans toute série collective, l'approche graphique varie légèrement au gré des dessinateurs, modifiant imperceptiblement les expressions, voire les caractères des personnages. Quelle était la marge de manœuvre des dessinateurs?

«Je n'ai pas ressenti de contrainte. Le plus important, c'était qu'on reconnaisse bien les personnages d'un album à l'autre. L'intervention de Marini a eu lieu tout au début. Puis les personnages ont évolué. L'un des dessinateurs – Griffo – allant plus vite que les autres, cela a aussi participé à donner des indications, une direction. Mais il ne s'est jamais agi de se calquer sur le style d'un autre», répond Daniel Koller.

Chaque album commence par la reprise des éléments du précédent. Ce qui pour le lecteur pressé peut paraître un peu fastidieux, car le résumé est de taille, un peu plus à chaque tome. Mais si l'on est attentif, l'exercice est intéressant, puisque la même scène est reproduite à chaque fois par un autre dessinateur, avec un angle parfois différent... «C'est d'abord lié au scénario de Desberg. Mais c'est vrai que c'est devenu un jeu, par la force des choses: c'est amusant de voir comment chacun interprète une même scène!»

Pour Daniel Koller, outre une première expérience collective, «Empire USA» aura été l'occasion de quitter l'univers de la science-fiction (il est le dessinateur de la série «Mayam», scénarisée par... Desberg) pour se confronter au réalisme.

«Pour moi, cela a été un gros saut à faire! C'est surtout plus difficile. Il y a un important travail de documentation, que je n'avais pas à faire dans Mayam, puisque dans la SF, on peut se lâcher. Là, on est dans le monde réel. J'ai vraiment dû beaucoup travailler pour ce livre. Mais j'ai eu du plaisir à le faire. Cela reste du dessin et... j'aime ce boulot!»

On s'en réjouit. Pour l'heure, si, malgré l'élection de Barack Obama, vous craignez toujours de voir l'extrême droite tendance créationniste (re)venir à la Maison-Blanche, faites-vous peur avec 'Empire USA'....

swissinfo, Bernard Léchot

Empire USA

Les publications des 6 tomes de «Empire USA» s'échelonnent entre le 19 septembre et le 5 décembre 2008. Le tome 5 vient de paraître.

Le scénario a été écrit par Stephen Desberg, les personnages ont été graphiquement créés par Enrico Marini et Henri Reculé.

Cinq dessinateurs se répartissent les six tomes: Griffo (1 & 4), Mounier (2), Juszezak (3), Koller (5) et Henri Reculé (6).

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Desberg

Stephen Desberg est né à Bruxelles en 1954 de parents américains. Dès 1976 il écrit quelques courts récits complets dans le Journal «Tintin». Auteur de nombreuses séries, on lui doit notamment les scénarios de «Le Sang Noir», «L'étoile du désert» et «Le Scorpion» avec Marini, «I.R.$» et «Tosca».

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Enrico Marini

Enrico Marini, d'origine italienne, est né en 1969 dans la région de Bâle. Il est le dessinateur des séries «Gypsy» (avec Smolderen), «Rapaces» (avec Dufaux), «Le Scorpion» et le diptyque «L'Etoile du Désert» (avec Desberg), et «Les Aigles de Rome». «L'ombre de l'ange», le 8e tome de la série «Le Scorpion» vient de paraître.

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Daniel Koller

Le Genevois Daniel Koller, né en 1963, a publié «Honduras» (Les Tribulations de Luc Lafontaine), puis dessiné la série «Mayam», scénarisée par Desberg.

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