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Les pionniers d’une politique migratoire ouverte

Manifestation à Berne en 1978. Au centre de la revendication d'Etre Solidaires: l'abolition du statut de saisonnier. Keystone

Il y a 40 ans, le 28 octobre 1978, 3000 personnes sont sur la Place fédérale à Berne pour réclamer une politique des étrangers qui leur donnerait les mêmes droits qu’aux Suisses. La manifestation est organisée par le mouvement «Etre Solidaires». D’où vient-il?

Ce contenu a été publié le 28 octobre 2018 - 11:00
David Eugster

Ils servaient d’amortisseurs de conjoncture. Dans les années 1950 et 1960, la Suisse a fait appel par centaines de milliers à ceux que l’on nommait «travailleurs étrangers». Ils n’étaient autorisés à rester que pour des périodes limitées. C’étaient les «saisonniers». L’idée, c’était qu’en cas de récession, on pouvait les renvoyer chez eux.

Source: l’historien Kijan Espahangizi a retracé l’histoire du mouvement sur le blog de l’Institut nouvelle Suisse (INES), un think tank qui s’intéresse aux nouvelles perspectives sur la Suisse en tant que terre d’immigration.

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Ceux qui pouvaient rester devaient d’assimiler. Mais les nouveau arrivants réveillent des peurs, et la peur de la «surpopulation étrangère» est exploitée politiquement. En 1970, le peuple suisse doit se prononcer sur l’initiative de James Schwarzenbach, qui demande de limiter la proportion d’étrangers dans tous les cantons à 10% de la population. Elle n’est refusée que de justesse, par 54% des voix, ce qui signifie que presque la moitié des Suisses ont accepté cette initiative ouvertement xénophobe.

Droits égaux pour les étrangers

Mais l’initiative Schwarzenbach a aussi motivé de nombreuses personnes à se défendre contre la discrimination au quotidien dont elles étaient victimes, aussi de la part des autorités. Leur revendication: «intégration» au lieu d’«assimilation». Il s’agit alors de donner aux étrangers les mêmes droits que ceux dont jouissent les Suisses et de leur ouvrir aussi l’accès libre au travail, au logement et à la formation.

Le mouvement «Etre Solidaires – pour une politique plus humaine à l’égard des étrangers» est fondé en 1974. Il est soutenu par les églises, les forces libérales et de gauche, mais aussi par les organisations d’étrangers. Ensemble, ils lancent une initiative populaire, qui demande l’abolition du statut de saisonnier et des droits égaux pour les étrangers: ils doivent pouvoir s’établir en Suisse avec leur famille et ne plus être menacés de renvoi. La proposition clé s’énonce en une phrase: «la législation prend en compte à égalité les intérêts des Suisses et des étrangers».

Saveurs et débâcle

Dans les années 1960 déjà étaient apparus des «points de contact entre Suisses et étrangers» dans différentes villes. Le mouvement autour de l’initiative intensifie les échanges. On se rencontre pour manger, pour faire de la musique, pour faire la fête ensemble. Le mouvement Etre Solidaires édite un livre de cuisine avec des recettes italiennes, espagnoles, portugaises, yougoslaves, grecques et turques, pour découvrir les saveurs «des pays d’où viennent nos travailleuses et travailleurs étrangers».

Février 1981: les initiants d'Etre Solidaires présentent aux médias leur revendication d'une politique plus juste envers les étrangers. Keystone

Il ne s’agit pas seulement de promouvoir des goûts qui sont encore exotiques à l’époque, mais de créer une Suisse plus juste pour tous. En 1977, la récolte des signatures est achevée, l’initiative est déclarée valable. En 1978, le mouvement manifeste sur la Place fédérale. Gouvernement et parlement recommandent le rejet de l’initiative et la votation se fait longtemps attendre. Au final, ce sera une débâcle: en 1981, l’initiative est brutalement refusée par 83,8% des votants.

Sombrée dans l’oubli

Le minuscule pourcentage de «oui» à l’initiative explique probablement pourquoi on l’a oubliée. Mais le mouvement Etre Solidaires a continué à travailler, en organisant par exemple des camps de vacances pour des enfants suisses et étrangers et en s’engageant dans la politique d’asile, qui devient un sujet de premier plan dès les années 1980. Il n’a été dissous qu’en 1990, alors que le statut de saisonnier n’a finalement été aboli qu’en 2002, avec l'entrée en vigueur de l'accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'UE.

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