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«Je voulais un film dénué de toute prétention»

Bettina Oberli (à d.) avec son actrice principale Stephanie Glaser. (Fotofestival/Pedrazzini)

Montrée sur la Piazza Grande à Locarno, «Die Herbstzeitlosen» a tout pour devenir une comédie chère au public. swissinfo a rencontré sa réalisatrice Bettina Oberli.

Avec ce film tout en légèreté, la Bernoise rend hommage à la vieille garde des actrices alémaniques menée par Stephanie Glaser, 86 ans.

«Die Herbstzeitlosen» - les colchiques – a pour cadre la petite commune de Trub, dans l'Emmental. Là, dans cette Suisse de carte postale, Martha l'octogénaire va ouvrir sa boutique de lingerie.

Son rêve de jeunesse et sa joie de vivre vont se confronter à la tradition et choquer les bien-pensants. Bref, créer l'ébullition au village et la jubilation chez le spectateur. Réalisatrice de 34 ans, Bettina Oberli sourit encore de son joli coup.

swissinfo: Comment le projet de ce film vous est-il venu et qu'est-ce qui vous a donné envie de le faire?

Bettina Oberli: Je voulais faire quelque chose sur les femmes âgées. Les statistiques nous disent que les femmes vivent plus âgées que les hommes. Et je voulais savoir ce que fait une femme lorsqu'elle a tout à coup tout ce temps à disposition pour elle.

En plus de cela, j'ai une grand-maman qui vit dans un petit village de l'Emmental. C'est une femme très énergique et très active. Elle fait beaucoup de choses avec ses voisines et ses amies. Qui, pour la plupart, sont veuves. C'est là-dessus que je voulais raconter une histoire.

swissinfo: Votre film a-t-il un message?

B.O.: Oui. Le message est qu'il n'y a pas d'âge pour réaliser ses rêves. Mais qu'il faut les réaliser.

swissinfo: Vous montrez une Suisse figée dans ses traditions. Est-ce le pays réel que vous connaissez?

B.O.: Je viens de l'Oberland bernois. Mon père est même de l'Emmental. Je connais donc très bien cette région. C'est un des visages de la Suisse. Il en existe évidemment d'autres, très divers. Mais il est clair que c'en est un. Je voulais le raconter sans le juger. Je ne dis pas que la Suisse ancienne, c'est fabuleux. Ni l'inverse d'ailleurs. Je pars du principe qu'elle existe, simplement.

swissinfo: Dans le film, la joie de vivre et le rêve de jeunesse qui se réalise triomphent du poids de la tradition. Et ce sont les femmes qui portent ce renouveau. Pourquoi?

B.O.: Parce que c'est la vérité (rires). Même dans l'Emmental, région patriarcale, ce que font et disent les femmes en arrière-plan est extrêmement important. Leur influence est forte. En fait, ce sont elles qui portent la culotte.

swissinfo: Les vieux - le home - suscitent eux aussi le changement...

B.O.: Je trouvais amusant de montrer des vieux plus jeunes que leurs enfants. Il y a une liberté que donne l'âge. On fait des choses dont on rêvait seulement jusque-là. On transgresse les conventions. C'est une belle idée, à mon avis.

swissinfo: Votre film semble taillé pour un large public. Etait-ce un choix de départ?

B.O.: Non. Dans ma tête, il a toujours été question d'une petite histoire. Le film se rapporte à ma grand-maman et mes racines. La proportion que les choses ont prise me surprend. C'est un peu inquiétant. Mais surtout une immense joie.

Je n'ai jamais planifié de prendre tel ou tel ingrédient pour réaliser un gros hit. Le film a toujours été pensé en petit. Je le voulais dénué de toute prétention. Il ne prétend pas être plus grand que ce qu'il est. C'est peut-être cela aussi que les gens apprécient.

swissinfo: Estimez-vous qu'il trouvera son public en dehors de la Suisse?

B.O.: C'est difficile à dire. Je ne sais pas. A l'origine, il devait s'agir d'un téléfilm du dimanche soir pour la télévision alémanique. C'était le public-cible. Il m'est donc très difficile de dire s'il va fonctionner à l'étranger.

Le film a quelque chose d'universel. Les rêves, les choix de vie, la mort sont des thèmes universels. En plus de cela, il y a toujours plus de vieux dans le monde. Mais d'un autre côté, c'est tellement local, typiquement local...

swissinfo: Votre premier long-métrage était plus sombre, qu'est-ce qui vous a donné envie de réaliser une comédie?

B.O.: Rien n'était vraiment planifié. Le hasard a fait que «Im Nordwind» soit réalisé en premier. Mais j'ai commencé à écrire les deux projets en parallèle.

En fait, j'ai toujours plusieurs histoires dans la tête. Il faut ensuite choisir comment les raconter. Et il était clair pour moi que «Im Nordwind» devait être sombre et «Die Herbstzeitlosen» gai.

swissinfo. Quelle a été votre réaction au moment d'apprendre que votre film allait être projeté sur la Piazza Grande?

B.O.: Je me suis assise (rires). Et j'ai mis les choses à plat: ou je me laisse submerger par le stress et les cauchemars, ou je prends cela comme un cadeau. Comme, en plus, je suis enceinte et que je veux transmettre des énergies positives à mon enfant, j'ai décidé de me réjouir.

Interview swissinfo: Pierre-François Besson à Locarno

* «Die Herbstzeitlosen» sort le 28 septembre dans les salles suisses alémaniques. Dist. Buenavista

Faits

Festival international du film de Locarno: 2 au 12 août 2006
Compétition internationale: 21 films sélectionnés
Piazza Grande: 19 films projetés, dont 3 suisses
Léopard d'honneur: Alexander Sokurov
Locarno Excellence Award: Willem Dafoe
Prix Raimondo Rezzonico à Agat Films (mené par Robert Guédiguian)
Rétrospective: Aki Kaurismäki

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Des Suisses à l'affiche

- Intitulé «Das Fräulein», le premier film de fiction d'Andrea Staka est en lice pour le Léopard d'or dans la compétition internationale. Il dresse le portait de trois émigrées d'ex-Yougoslavie vivant à Zurich.

- Trois longs métrages et deux courts métrages suisses ont droit à une projection sur la Piazza Grande – «Die Herbstzeitlosen» de Bettina Oberli, «La liste de Carla», de Marcel Schüpbach, «Mon frère se marie», de Jean-Stéphane Bron, ainsi que «Jeu» de Georges Schwizgebel et «Rachel» de Frédéric Mermoud.

- En compétition aussi: «La vraie vie est ailleurs» de Frédéric Choffat dans la section Compétition Cinéastes du présent. Et «La traductrice» de Helena Hazanov, «Que viva Mauricio Demierre» de Stéphane Goël et «No Body is Perfect» de Raphaël Sibilla dans celle des Cinéastes du présent.

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