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«La droite se recompose, mais dans tous les sens»

(Keystone)

Les dissidences au sein de l'Union démocratique du centre (droite nationaliste/UDC) ne devraient pas trop affaiblir le parti, estime le politologue Pascal Sciarini. Pour lui, la droite, entre divorces et mariages, peine à occuper des créneaux originaux.

Fusion et émiettement. C'est ainsi que le directeur du Département de science politique de l'Université de Genève Pascal Sciarini résume les tendances qu'il observe actuellement à droite de l'échiquier politique suisse.

Au rapprochement entre les partis radicaux et libéraux - dont la dernière étape en date a été franchie récemment dans le canton de Neuchâtel - s'ajoute la création d'un nouveau parti issu des sections dissidentes de l'UDC. Celui-ci a pour l'instant été fondé dans les cantons des Grisons et de Berne. Glaris devrait suivre.

swissinfo: Après son succès lors des élections fédérales, l'UDC a enregistré des revers en votations. Elle doit maintenant affronter des dissidences. Ce parti a-t-il mangé son pain blanc ?

Pascal Sciarini: Les problèmes internes de gestion sont effectivement réels. La radicalisation du parti, son passage dans l'opposition et sa volonté d'exclure Eveline Widmer-Schlumpf et la section grisonne lui ont causé des difficultés au niveau politique.

Mais du point de vue électoral, l'UDC n'a pas cessé de gagner du terrain dans les cantons, y compris là où elle était déjà très forte comme à Schwyz, Thurgovie ou St-Gall. Dans les cantons où des dissidences ont éclaté, l'UDC risque bien de perdre quelques plumes. Disons, entre 1 et 3% de perte en termes de voix. Par rapport au matelas qu'elle possède, c'est relativement marginal.

swissinfo: Jusqu'à l'éviction de Christoph Blocher, le parti a donné une forte impression de cohésion. Les volontés d'émancipation qui apparaissent aujourd'hui sont-elles une réaction face à la ligne imposée par l'aile zurichoise ?

P.S. : Il est vrai que l'image du parti a un peu changé ces derniers temps. Ces huit dernières années, l'UDC est apparue très unie derrière des chefs charismatiques tels que Christoph Blocher. Mais il faut faire attention à ne pas exagérer l'importance de ces divisions internes.

En Suisse, tous les partis ont au minimum deux ailes, ce qui était jusqu'ici moins marqué à l'UDC. Aujourd'hui, je le répète, le courant dissident est très minoritaire. Dans sa grande majorité, le parti est aligné sur la ligne blochérienne, entre autres parce que c'est cette UDC-là qui a fait gagner l'UDC.

swissinfo: Le nouveau parti 'bourgeois' créé pour l'instant dans les Grisons et à Berne a des ambitions nationales. Sont-elles crédibles ?

P.S. : Si elles le sont en partie, c'est en raison du système fédéraliste suisse puisqu'un petit parti fort dans un canton peut avoir des élus à Berne. C'est le cas du parti libéral en Suisse romande ou de la Lega au Tessin. En fait, je suis extrêmement sceptique quant aux capacités de ces nouvelles formations à trouver un créneau et à devenir une force politique nationale.

swissinfo: En matière de positionnement justement, les sections dissidentes de l'UDC ne proposent rien de vraiment nouveau....

P.S. : L'année dernière, les Verts libéraux ont occupé un créneau plus original. Se dire bourgeois et conservateur n'a rien de nouveau. Les démocrates-chrétiens (PDC, centre droit), les radicaux, les libéraux et l'UDC disent la même chose. Personnellement, je pense d'ailleurs que les dissidents grisons auraient dû rejoindre les radicaux de ce canton.

swissinfo: Qu'en est-il de la recomposition de la droite en Suisse? Une partie du PDC a contribué à l'éviction de Christoph Blocher. A Neuchâtel, les radicaux et les libéraux viennent de fusionner.

P.S.: Il existe un mouvement de recomposition, mais il part un peu dans tous les sens. D'un côté les radicaux et les libéraux se rapprochent, voire fusionnent, et de l'autre, de nouveaux partis apparaissent à Berne ou dans les Grisons. Il y a donc à la fois regroupement et émiettement.

Pour ce qui est du rapprochement libéral-radical, je pense qu'il va se poursuivre. Par contre, je ne vois pas, à moyen terme, de rapprochement entre les radicaux et les démocrates du centre, encore moins dans les cantons catholiques.

swissinfo: En Europe, la tendance est plutôt à l'affaiblissement des droites nationalistes. Un tel scénario est-il envisageable en Suisse?

P.S.: Je ne pense pas. Contrairement au FPÖ de Jörg Haider, l'UDC est montée en puissance progressivement en douze ans. Il n'y a pas de raison qu'elle s'écroule subitement. Elle pourrait tout au plus reculer un peu.

Dans cette comparaison, il faut tenir compte de deux différences. D'abord, le style du parti : bien qu'étant nationaliste et appartenant à la droite dure, l'UDC n'est pas ouvertement raciste, comme l'a été le FPÖ. Ensuite, le système politique: arrivé au pouvoir, Haider a dû être plus conciliant, tandis qu'en Suisse, grâce à la démocratie directe, l'UDC a pu être à la fois au gouvernement et dans l'opposition.

Un jeu encore plus facile dans la situation actuelle. Comme le parti considère qu'il n'est plus représenté au gouvernement, il est plus aisé pour lui de lancer des référendums et des initiatives. Et soigner ce profil oppositionnel le rend attractif auprès de l'électorat.

swissinfo, Carole Wälti

Contexte

Les dissensions qui secouent l'Union démocratique du centre (UDC) ont pour origine l'élection au Conseil fédéral du 12 décembre dernier.

Le leader du parti et ministre de Justice et Police Christoph Blocher avait alors été évincé et remplacé par la ministre cantonale UDC grisonne Eveline Widmer-Schlumpf, qui avait accepté son élection contre l'avis du parti.

Parlant de «trahison», l'UDC Suisse a déclaré ne plus se sentir représentée au gouvernement par Eveline Widmer-Schlumpf, ni d'ailleurs par le conseiller fédéral UDC bernois Samuel Schmid.

Au début du mois de juin, le parti a exclu sa section grisonne. Celle-ci avait auparavant refusé de bannir Eveline Widmer-Schlumpf de ses rangs.

L'aile modérée de l'UDC grisonne a alors crée un nouveau parti baptisé «Bürgerliche Partei Schweiz».

De leur côté, les dissidents de la section bernoise de l'UDC ont également fondé une nouvelle formation samedi dernier. La section glaronnaise devrait prochainement faire de même.

Ces sections dissidentes entendent se regrouper au niveau national d'ici l'automne et former un nouveau parti.

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Quelles coalitions ?

Réunis ce week-end en congrès, le parti radical (PRD, droite) et le parti démocrate-chrétien (PDC, centre droit) ont souligné qu'ils étaient disposés à accueillir les dissidents de l'UDC.

Dans leurs discours d'ouverture, les présidents des deux partis ont notamment évoqué les projets de redéfinition de la droite politique.

A ce propos, les divergences de vues sont nombreuses.

Président du PDC, Christophe Darbellay a appelé une nouvelle fois «toutes les forces libérales» du pays à former des «coalitions» sur des sujets ponctuels.

Devant les radicaux, Fulvio Pelli a lui aussi déclaré que la Suisse avait besoin «d'un pôle libéral».

Mais il a vigoureusement exclu toute coalition du centre avec le PDC.

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