«La fondation de Québec est celle du Canada moderne»

Tête de pont francophone en Amérique du Nord, Québec est stratégiquement située sur le St-Laurent. Keystone

Berceau de la civilisation française en Amérique du Nord, Québec a célébré ses 400 ans en 2008. L'occasion, pour swissinfo.ch, de satisfaire sa curiosité auprès de Robert Collette, ambassadeur du Canada à Berne.

Ce contenu a été publié le 10 mars 2010 - 11:05

Dix mois de célébrations, 130 événements culturels, sportifs, économiques et politiques, 5,5 millions de touristes attendus: Québec a célébré en 2008 ses 400 ans.

swissinfo.ch: Quelle signification attribuez-vous aux 400 ans de Québec?

Robert Collette: Il s'agit non seulement de la fondation de la seule ville en Amérique du Nord à être inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO, mais aussi de la fondation du Canada moderne.

C'est le départ d'un nouveau pays. Un pays aujourd'hui assez remarquable sur l'échiquier mondial, qui a bâti une société avec des immigrants venus du monde entier. De Suisse notamment, qui a commencé dès 1604 à voir ses citoyens partir pour s'y installer comme cultivateurs et fermiers ou pour y être soldats.

A l'époque, il y avait par exemple les régions fribourgeoises du Québec. Certains Suisses sont revenus, mais d'autres sont restés, avec les Français ou avec les Anglais.

On a eu des années d'immigration fortes. Dans les années 60-70, environ 35'000 fermiers suisses se sont établi au Canada. Ils ont contribué à son essor économique.

J'estime à deux ou trois cents milles, peut-être plus, les Canadiens qui ont des origines suisses. La Suisse est d'ailleurs aujourd'hui le 5e plus grand investisseur étranger au Canada. Devant l'Allemagne et le Japon. C'est remarquable.

swissinfo.ch: Mais qui était Samuel Champlain et que célèbre-t-on exactement?

R.C.: Nous célébrons son arrivée et la fondation de la ville de Québec en 1608. Champlain était un grand explorateur qui voulait découvrir l'Amérique et établir une présence, fonder un nouveau pays. Il ne pensait peut-être pas en ces termes au moment de partir. Mais lorsqu'il est arrivé avec son bateau et ses gens en face du site occupé aujourd'hui par Québec, sur le fleuve St-Laurent, il a décidé de fonder une ville. Un pays en a découlé.

Champlain a été notre gouverneur du pays du Canada pour la France pendant 29 ans. Son impact est énorme sur l'évolution du Canada, du Canada français - de la Nouvelle France, comme on l'appelait à l'époque. Pour nous, Champlain est un bonhomme remarquable, qui a laissé sa trace et dont nous parlons avec respect.

swissinfo.ch: Comment définiriez-vous la place de Québec dans l'histoire de votre pays?

R.C.: Québec est une ville historique forte, et qui le restera. Une ville en plein essor économique, même si elle n'a pas l'ampleur de métropoles comme Montréal, Vancouver ou Toronto.

La Province de Québec est unique au Canada en raison de sa population francophone. Le gouvernement du Canada la reconnaît comme une province spéciale, sous l'angle de la nation québécoise, de notre héritage et de ce que nous représentons en tant que Canadiens français québécois.

Lorsque les Anglais ont battu les Français en 1759 sur les Plaines d'Abraham, et que ces derniers sont partis en 1763, il restait peu de Francophones. Nous sommes aujourd'hui 8 millions de Canadiens français au Canada à partir des quelques milliers du départ. Nous avons réussi à vivre dans le monde anglophone.

Le Québec est donc aussi un pôle d'attraction pour le million de Canadiens français qui vivent hors Québec, de la Nouvelle-Ecosse jusqu'en Colombie britannique. Des gens qui voient le Québec comme un grand frère dans la protection de notre langue et de notre culture.

Le Québec est une province leader au sein de la Confédération canadienne. Elle a poussé les autres provinces– à travers ses revendications dans les années soixante – à se renforcer, comme les cantons au sein de la Confédération suisse.

Sur un autre plan, nous avons fait une belle culture de l'héritage de la France, de la Suisse et d'autres. C'est une culture reconnue – les chansonniers, mais aussi les écrivains, les acteurs. Le talent culturel québécois a contribué à la renaissance extraordinaire de la culture au Canada depuis quelques années.

swissinfo.ch: Ces 400 ans sont-il aussi, un peu, la fête du français?

R.C.: Oui. D'ailleurs, nous serons les hôtes du sommet de la Francophonie en octobre prochain [avec la participation du Président de la Confédération Pascal Couchepin].

D'autres activités sont également prévues autour du 400e: réunion des maires de la Francophonie, des parlementaires de la Francophonie [avec la présence du président de la Chambre du peuple André Bugnon en juillet]. Ce sont des moments uniques pour célébrer la Francophonie, dont nous faisons partie, et dont nous sommes très fiers.

swissinfo.ch: Vu le faible écho rencontré en Suisse par les 400 ans de Québec, il semble légitime de se demander s'ils concernent les Suisses...

R.C.: Je ne suis pas sûr que cet anniversaire passe si inaperçu. On en a parlé lors du récent festival de la chanson québécoise de Pully. J'en parle dans mes discours. Selon mon expérience, cet anniversaire est connu dans les cantons de Suisse romande. Depuis trois ans que je suis en Suisse, j'observe d'ailleurs une relation assez spéciale entre Suisse romande et Québec.

On se voit comme deux entités qui se ressemblent beaucoup. Nous sommes deux minorités dans nos pays respectifs, avec des atomes crochus. On se comprend et on se visite. 100'000 Suisses, dont beaucoup de Suisse romande, vont au Canada chaque année. 165'000 Canadiens viennent en Suisse, dont beaucoup de Québécois et de Canadiens français.

swissinfo.ch: Vous êtes Québécois ET ambassadeur du Canada. Davantage Québécois ou Canadien?

R.C.: Je serai toujours avant tout canadien. Je suis canadien français, québécois puisque de Montréal. Je suis très fier de ma ville, de ma Province et de mon pays, tout comme les Suisses le sont de leur commune d'origine, de leur canton et de leur pays.

Je suis très fier du Canada, qui est un pays aimé et respecté. C'est un pays que les gens évoquent avec enthousiasme en Suisse. J'ai pu m'en rendre compte tout au long des 100'000 km que j'ai déjà effectué à travers le pays.

Pierre-François Besson, swissinfo.ch

Repères

Jacques Cartier fait ériger en 1535 un fort de bois à proximité du village de Stadaconé, habité par des Iroquoiens. Le froid et la neige font des ravages chez les Français, qui regagnent l'Hexagone l'année suivante.

A partir de 1541, Cartier tente une installation dans la région. Mais face au autochtones et au scorbut, les colons sont rapatriés deux ans plus tard.

Alors que les Iroquoiens ont quitté la région, Samuel de Champlain débarque en 1608 et grâce à une alliance établie en 1603 avec les Algonquins, il construit une petite bourgade à l'endroit où le fleuve se rétrécit – Kebek, «là où c'est bouché» en Algonquin. C'est le début de la longue histoire de Québec et du français en Amérique du Nord.

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D'ici et de là-bas

11'937 Suisses étaient inscrits dans la circonscription consulaire de Montréal à fin 2007 (8071 Doubles-nationaux), contre 11'509 un an auparavant.

Ils étaient 37'685 pour l'ensemble du Canada (26'832 Doubles-nationaux) et 36'374 l'année précédente. Ils forment la cinquième communauté suisse en importance à l'étranger.

Moins de 6500 Canadiens vivent en Suisse, mais ils sont plus de 165'000 à y voyager chaque année.

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