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«La Suisse a encore un capital de sympathie en Italie»

En devenant ambassadeur de Suisse en Italie, Bernardino Regazzoni a vu son rêve se réaliser. EDA

La Suisse compte depuis décembre dernier un nouvel ambassadeur à Rome, en la personne du Tessinois Bernardino Regazzoni. Ce fin connaisseur de l’Italie aborde son travail dans un contexte politique particulièrement délicat…

Ce contenu a été publié le 20 février 2010 - 06:00

Ses études, Bernardino Regazzoni les a suivies dans la ville italienne de Florence. Docteur en philosophie, avec une thèse consacrée à Walter Benjamin, il était destiné à une carrière académique. Pourtant, c’est vers la diplomatie que le Tessinois choisit de se tourner.

«Face à l’univers de la recherche bien à l’abri des turpitudes du quotidien, c’est ma curiosité du monde qui l’a emporté. Et peut-être davantage encore mon envie de profiter et de cultiver des contacts avec des gens d’horizons très divers», confie Bernardino Regazzoni.

«Et c’est précisément ce en quoi consiste le travail de diplomate, ajoute l’ambassadeur. Il s’agit de créer un réseau de connaissances, tisser des liens et entretenir des relations qui favorisent une action constructive, même dans des situations qui peuvent être profondément différentes.»

Europe, Afrique et Asie

Le parcours de ce diplomate-philosophe commence en Afrique, en Côte d’Ivoire, puis au Zaïre, actuelle République démocratique du Congo. «A l’époque, de fortes tensions internes déchiraient déjà ce pays, se souvient le Suisse. A deux reprises, nous avons dû mettre sur pied des opérations d’évacuation d’urgence pour tous nos ressortissants, soit près de 300 personnes. Le téléphone ne fonctionnait pas et nous devions les contacter un pas un, par tous les moyens imaginables.»

Malgré tout, ce furent «des années magnifiques, grâce aussi à la spontanéité des Africains et à leur grande joie de vivre, malgré des problèmes considérables». Après quoi, il passe une décennie à Berne, en particulier comme conseiller diplomatique de Joseph Deiss. «Les grandes compétence du ministre des affaires étrangères vous obligeait à donner le meilleur de vous-même en permanence. Des années enthousiasmantes, marquées par le lancement du processus d’accords bilatéraux avec l’Union européenne».

Puis, Bernardino Regazzoni est nommé ambassadeur de Suisse au Sri Lanka («70% de mon travail était consacré à la paix entre le gouvernement central et les rebelles tamouls»). Ensuite, en Indonésie, «avec une Suisse très engagée dans le secteur économique. Des années consacrées aussi à la découverte de l’Asie, un continent devenu le nouveau moteur économique planétaire», dit-il.

Liens étroits

Aujourd’hui, un nouveau chapitre s’ouvre pour lui à Rome. «Un vœu qui s’est réalisé», reconnaît le diplomate. Pourtant, la période n’est pas forcément des plus propices et la tâche s’annonce pour le moins difficile. Les deux pays achoppent sur la fiscalité: l’Italie multiplie ses assauts contre le secret bancaire, l’amnistie fiscale italienne a fait le plein en Suisse et, pour couronner le tout, le ministre de l’économie Giulio Tremonti, continue de qualifier la Suisse de paradis fiscal et de comparer les banques helvétiques à des «cavernes d’Ali Baba»…

«Indéniablement, en Suisse, et au Tessin en particulier, certaines initiatives et déclarations ont été ressenties de manière négative et hostile. Notre objectif vise donc à rétablir un climat de confiance et à renouer le dialogue», dit l’ambassadeur.

«Depuis mon arrivée, j’insiste pour qu’on ne perdre pas de vue le cadre général des liens qui unissent nos deux pays. Je ne me réfère pas uniquement aux relations historiques et culturelles entre la Péninsule et la Confédération, mais aussi à nos relations économiques. Il faut bien comprendre que les difficultés actuelles ne concernent qu’une seule des nombreuses facettes des relations italo-suisses. Et que tout le reste ne présente aucun problème, bien au contraire», ajoute Bernardino Regazzoni.

Capital de sympathie

Néanmoins, les négociations sur la double imposition sont dans une impasse. Le dossier a été gelé par le Conseil fédéral à la suite de descentes de police dans plusieurs instituts financiers helvétiques de la Péninsule.

Quant à l’imposition de l’épargne, le ministre Tremonti accuse la Suisse, le Luxembourg et l’Autriche d’agir au détriment du Trésor italien, qui devrait, selon le ministre italien, percevoir des sommes bien plus importantes. Bref, un contexte peu favorable au dialogue.

«Voyez-vous, insiste Bernardino Regazzoni, je suis convaincu qu’au-delà de la dimension diplomatique, le problème de fond se situe ailleurs. Nous devons agir pour favoriser la compréhension de la Suisse en Italie et de l’Italie en Suisse. Et même si plusieurs épisodes récents ont pu faire penser le contraire à nos citoyens, la Suisse jouit d’un profond capital de sympathie et d’estime dans la Péninsule ».

Combattre les clichés

De fait, une partie de la presse transalpine a récemment dépeint la Suisse comme une nation avide et accrochée à ses privilèges. Un tableau peu flatteur, qui fait réagir l’ambassadeur.

«Mais la Suisse est aussi une nation de coopération internationale, de générosité, d’aide aux populations touchées par des catastrophes naturelles, sensible aux questions des droits humains, de médiation dans tant de conflits. Elle est aussi aux premiers rangs en matière de compétitivité économique internationale, audacieuse dans ses interventions et dans sa capacité d’adaptation, pensons à Alptransit!»

«L’un des principaux défis qui m’attend en tant qu’ambassadeur à Rome, conclut Bernardino Regazzoni, c’est avant tout l’amélioration de la communication, afin de combattre certains clichés inopportuns et trompeurs».

Also Sofia, Rome, swissinfo.ch
(Traduction de l’italien: Isabelle Eichenberger)

Liens économiques

L’Italie est le 2e partenaire de la Suisse après l’Allemagne et représente 9,5% du commerce extérieur de la Confédération.

Malgré une légère diminution en 2009 – en raison de la crise économique internationale - les échanges entre les deux pays ont atteignent près de 40 milliards de francs par année.

La Suisse se situe au 6e rang des investissements étrangers dans la Péninsule, avec un volume dépassant les 20 milliards de francs. Les entreprises helvétiques emploient quelque 78'000 personnes en Italie.

L’Italie figure au 9e rang des investisseurs étrangers en Suisse, ce qui correspond à 6 milliards de francs et 13'000 emplois.

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Bernardino Regazzoni

1957: naissance à Lugano (il est originaire de Balerna), il est entré au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en 1988.

1990: devient premier collaborateur du chef de mission de l’ambassade suisse à Kinshasa après un stage à l’Office de l’intégration à Berne et à l’ambassade de Suisse à Abidjan.

1993: de retour à Berne, où il dirige le service de la francophonie.

1996: nommé chef adjoint de la division politique.

1999: conseiller pour les affaires diplomatiques du chef du DFAE, Joseph Deiss.

2002: nommé ambassadeur de Suisse au Sri Lanka puis, en 2006, de Suisse en Indonésie.

Fin 2009: nommé à Rome, il a présenté ses lettres de créance au président de la République italienne.

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