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«Le secret bancaire est condamné. Et alors?»

RDB

Daniel Cohn-Bendit repart en campagne. Candidat aux élections européennes sur la liste Europe-Ecologie, il dénonce les plans de relance français et allemands, déplore les mesures à courte vue du G20 ainsi que l'inégalité de traitement infligée à la Suisse.

Ce contenu a été publié le 27 avril 2009 - 07:31

«Un grand bluff!» Daniel Cohn-Bendit n'est pas tendre avec le G20, qui a placé sur des listes grises ou noires quelques paradis fiscaux, avec une certaine partialité et peu de suite dans les idées. «Les grandes puissances ont tapé sur ceux qui n'étaient pas là. Le Luxembourg et la Suisse notamment. On n'y a guère parlé de la City londonienne, paradis fiscal par excellence.»

«Dany le Vert», tête de la liste dans la région parisienne du rassemblement Europe-Ecologie aux élections européennes de juin prochain, attendait du G20 des mesures plus globales de lutte contre le blanchiment, l'évasion fiscale et la corruption.

La Suisse a fini par adhérer à l'ONU

«Chaque euro devrait être déclaré dans le pays d'origine et dans le pays où il est placé. Condition sine qua non à la traçabilité de l'argent», estime Cohn-Bendit, de passage au Centre d'accueil de la presse étrangère à Paris. C'est ce que d'autres appellent l'échange automatique d'informations sur la fiscalité de l'épargne. Et ce que refuse la Suisse pour l'instant.

«Le secret bancaire est condamné. Et alors ?», tempête le bouillonnant député européen, qui connaît bien la Suisse pour avoir animé pendant neuf ans une émission littéraire sur la télévision suisse alémanique. «L'Allemagne a bien abandonné le Reich Mark. Et la Suisse a bien fini par adhérer à l'ONU, après tant d'années d'hésitation.»

Dany est de retour. En France, sa terre natale. Son parcours de député européen reflète fidèlement sa double identité. En 1994 et en 2004, il est élu en Allemagne. En 1999 et 2009, il choisit la France. Pas étonnant: Cohn-Bendit est une sorte d'enfant prématuré de la réconciliation franco-allemande. «Un enfant du Débarquement», conçu au lendemain du 6 juin 1944 par des Allemands réfugiés en France, rappelle l'ancien rebelle de Mai 68.

Dernière campagne

«Aujourd'hui, c'est dans l'Hexagone que la tâche est la plus lourde en matière environnementale», ajoute Daniel Cohn-Bendit. Et dans cinq ans ? «Fini terminé, j'aurai 69 ans. Je ne vais pas m'amuser à continuer ce petit jeu.»

Dernière campagne donc. La plus offensive peut-être. Le Franco-allemand critique sévèrement les plans de relance européens. Trop timorés. Et mal conçus. «Le Prix Nobel d'économie Paul Krugman estime que les 800 milliards de dollars du plan américain ne suffiront pas. Alors que dire des dizaines de milliards français et allemands ? C'est moins que peu.»

Quant au plan d'investissement de 5 milliards d'euros adopté par l'Union européenne, «c'est se foutre de la gueule du monde», s'emporte Cohn-Bendit. Prétendre qu'il existe en la matière une coordination européenne est «absolument faux».

«Ce qu'il faut, c'est moins relancer l'économie que la transformer. Il y a trente ans, on a investi des milliards dans la sidérurgie. Voyez ce qu'il en reste ! Le secteur automobile est à peu près dans la même situation aujourd'hui. Or, l'approche des Etats est souverainiste. Tous les grands groupes automobiles européens parient pour leur survie sur la disparition des autres.»

Radical et pragmatique

Daniel Cohn-Bendit prône lui une approche «européenne et intégrée». Saisir l'occasion de cette crise pour changer l'économie, pas pour la restaurer telle qu'elle était. Inventer des voitures propres, repenser la production d'énergie.

«En Allemagne, le programme de sortie du nucléaire a permis aux énergies renouvelables de passer de 2% à 17% en dix ans, et bientôt, dans cinq ou sept ans, à 30%. En France, les quelque 350 milliards d'euros qu'il faudra investir pour renouveler les centrales nucléaires seraient bien plus utiles ailleurs, dans les énergies renouvelables par exemple.»

Utopiste, Dany le vert ? «Pragmatique», répond-il. Radical dans ses exigences, en matière environnementale notamment, mais pragmatique dans les moyens politiques de répondre à la crise. «Que des écologistes participent à un gouvernement de droite ne me choquerait pas, si les objectifs sont clairement fixés.»

Pour l'heure, Europe-Ecologie milite contre la réélection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne.

«Je veux un président qui ne donne pas toujours raison à son dernier interlocuteur, surtout s'il représente une grande puissance», tonne l'euro-député, qui ajoute: «Barroso ne défend pas l'intérêt général européen».

Une alternative ? «Pourquoi pas le Danois Nyrup Rasmussen, actuel président du parti socialiste européen.» Et Cohn-Bendit ? «J'ai autant de chances de présider la Commission que de devenir pape...»

swissinfo, Mathieu van Berchem à Paris

CEUX QUI VEULENT
ALLER PLUS LOIN

Eva Joly, ancienne magistrate et candidate sur la liste Europe-Ecologie

«[Les pays du G20] auraient dû au moins interdire aux banques bénéficiant de fonds publics de posséder des filiales dans les paradis fiscaux. Ils n'ont pas osé prendre ce risque car la moitié des transactions bancaires mondiales passent par les paradis fiscaux ! Ils auraient également pu rendre automatique et obligatoire, dans le monde entier, l'échange d'informations fiscales entre les pays [...] Nous devrions bannir les paradis fiscaux de notre continent en imposant leur boycott absolu par les banques et les entreprises européennes. C'est ma position, et c'est l'une des raisons pour lesquelles je me présente aux européennes. Comme citoyenne, j'ai épuisé toutes les possibilités dans ce combat. Il faut maintenant qu'il devienne un enjeu politique, un enjeu de société.»
(interview dans Télérama)



Arnaud Montebourg, député socialiste

«Ce ne sont pas des conférences internationales et leurs communiqués en demi-teinte qui feront rapatrier les milliards exilés, mais les seules sanctions concrètes contre les paradis récalcitrants: interdiction des transactions financières à destination et en provenance de ces territoires; interdiction des sociétés de domicile; retrait de licence pour les banques exerçant sur le territoire de l'Union européenne dont le siège social est situé dans les paradis fiscaux; fermeture d'office des filiales des banques européennes dans ces territoires; redressements fiscaux sur les sociétés ayant leur siège dans les paradis fiscaux; remise en question des accords de libre-échange avec les paradis fiscaux extra-européens dans l'attente du rétablissement d'un niveau de fiscalité sur le capital acceptable. Seules ces sanctions auront raison des paradis fiscaux. Les dirigeants du monde n'échapperont pas à cette heure de vérité là.»
(Le Monde)

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